Paris Match Belgique

Pourquoi la notion de consentement s’applique (aussi) au perçage d’oreilles

consentement

Image d'illustration. | © Pexels

Société

Une ancienne employée de Claire’s dénonce, dans une lettre ouverte, la pratique de perçage d’oreilles. L’occasion de revenir sur le consentement des enfants.

Le consentement, cela s’apprend… et ce, dès le plus jeune âge. Si la notion est largement abordée dans le domaine de l’éducation sexuelle à l’ère post-#MeToo, elle est encore rare auprès des jeunes enfants. Considérée, à tort, comme une problématique d’adultes – ou du moins de personnes en âge de mener une vie sexuelle -, on oublie régulièrement les petits, qui ont, eux aussi, leur mot à dire.

Forcer les petites filles et les petits garçons à faire des câlins ou des bisous à leurs proches est probablement le contre-exemple le plus répandu. Depuis plusieurs années, de nombreuses associations recommandent aux parents d’arrêter cette pratique. « Dire à votre enfant qu’elle doit un câlin à quelqu’un juste parce qu’elle n’a pas vu cette personne depuis longtemps ou parce que cette personne lui a offert un cadeau peut lui faire intégrer l’idée qu’elle devra de l’affection physique, plus tard dans sa vie, à quiconque l’invitera à dîner ou fera quelque chose de supposément gentil », expliquaient en 2017 l’association Girls Scouts aux États-Unis. Alors que personne ne songerait à contraindre un adulte à en embrasser un autre, ce conseil ne fut pas très bien accueilli par les internautes.

Pourtant, tout le monde sait que l’enfance est une période cruciale de développement intellectuel. Les comportements et schémas qui y sont intégrés auront une influence fondamentale sur qui ils deviendront une fois adultes. C’est pourquoi il est important de veiller à ce que l’enfant ne se forge pas une idée erronée de la notion de consentement.

Pratique « cruelle »

Mais elle ne s’apprend pas seulement par le « bisou forcé ». Chez les petites filles, elle passe également par l’étape du perçage d’oreilles. Dans une lettre ouverte publiée sur Facebook, une ancienne employée de chez Claire’s, chaîne de magasins spécialisés dans les accessoires de mode et de beauté, décrit la pratique comme étant « cruelle ».

« Cela ne me dérangeait pas de percer les oreilles des enfants qui étaient enthousiastes à l’idée de porter de nouvelles boucles d’oreilles, mais nerveux à propos de la procédure », raconte Raylene Marks. Puisque ses clients étaient majoritairement mineurs, le consentement revenait aux parents. La Canadienne a pu constater les limites de cette directive. Après avoir observé plusieurs enfants résister, soumis à une pression par leurs parents, elle explique avoir atteint « un point de rupture » lorsqu’une fillette de sept ans est venue avec sa maman dans la boutique. « La jeune fille a imploré et sangloté pendant trente minutes pour ne pas être percée », se remémore l’ancienne employée. « Elle a clairement fait savoir qu’elle ne voulait plus se faire percer les oreilles. Elle a supplié, encore et encore, pour que sa maman accepte de la ramener à la maison. Le message de cet enfant était fort et clair pour moi : ‘ne touchez pas mon corps, ne me percez pas les oreilles, je ne veux pas être ici' ». Respectant le choix de l’enfant, Raylene Marks a refusé de percer ses oreilles. La mère a finalement abdiqué, laissant les oreilles de sa fille intactes.

Traumatisme pour l’enfant

Le lendemain, son chef lui a reproché ce geste, déclarant qu’elle n’avait pas d’autre choix que de percer les oreilles de cet enfant. Lorsque Raylene Marks lui a demandé ce qu’elle devrait faire, dans le cas hypothétique où un parent retiendrait physiquement son enfant qui pleure, crie et supplie de ne pas lui percer les oreilles… Sa patronne lui a répondu que oui, elle devrait tout de même procéder au perçage. Choquée, elle a préféré démissionner. « À mon avis, il s’agit d’une politique profondément imparfaite qui facilite les situations dans lesquelles les enfants peuvent être traumatisés ou autrement soumis à des formes d’intimidation et d’abus en magasin ».

Devenue virale, sa lettre ouverte a fait réagir un porte-parole de l’enseigne Claire’s. « Nous évaluons présentement les procédures spécifiques au magasin mentionné, et nous prendrons les mesures appropriées pour corriger la situation ». Contacté par Huffington Post Canada, le porte-parole a ajouté que « les mises à jour céderont à l’enfant le droit de refuser la procédure, s’il est en détresse ou s’il résiste ».

CIM Internet