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Il y a 20 ans, l’horreur au lycée de Columbine

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Le lendemain de la tuerie, les Américains ont déposé des fleurs, des ballons et des mots en l'honneur des victimes. | © MARK LEFFINGWELL / AFP

Société

Le 20 avril 1999, deux adolescents tuent 12 personnes dans leur lycée de Columbine, dans le Colorado. Retour sur la tragédie.

Il est 11h10 ce 20 avril 1999 lorsque Dylan Klebold et Eric Harris entrent dans leur lycée de Columbine, dans le Colorado. Les deux élèves sont armés. Aux alentours de l’établissement, une bombe censée mobiliser les pompiers et la police vient d’exploser. L’occasion pour les deux camarades de donner l’assaut. Au total, ils tuent 12 lycéens et un professeur, blessent 24 autres personnes et finissent par retourner leurs armes contre eux. « J’avais tellement peur, j’ai couru me cacher sous mon bureau. J’attendais juste qu’une balle me traverse. Vous savez, je fermais les yeux, je croisais les doigts, et je m’en remettais à Dieu. Je me souviens de ce jour comme si c’était hier », racontera juste après la tuerie Josh Lapp, un survivant du massacre, devant les journalistes.

Après cette tragédie, l’Amérique plonge dans le chaos. Les débats sur le terrorisme, la législation sur les armes à feu, les jeux vidéo, la sécurité dans les établissements scolaires ou encore le cinéma sont présents sur toutes les chaînes de télévision. Les questions sont nombreuses et Michael Moore consacre même un documentaire, Bowling for Columbine, à ce drame. « Il a tué parce qu’il voulait mourir », raconte en 2016 Sue Klebold, la mère de Dylan, à Paris Match.

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Comme tous les matins ce jour-là, Dylan s’apprête à partir en cours. Mais il semble pressé, tendu. « Le matin de la tragédie, il est parti plus tôt que d’habitude de la maison en disant simplement “Bye !” d’une voix aiguë, et en claquant la porte derrière lui », se souvient sa mère. Une fois arrivée au travail, elle reçoit un coup de téléphone de son mari, Tom, lui indiquant qu’il y a une urgence. Il lui explique que deux tueurs ont ouvert le feu au lycée de Columbine, que l’un des amis de Dylan lui a téléphoné pour lui faire part de ses inquiétudes. Le temps de rentrer à la maison, Sue apprend finalement que son fils est soupçonné d’être l’un des tueurs. Un peu plus tard dans la journée, on lui annonce que Dylan s’est suicidé. « Je crois qu’il a souffert de harcèlement à l’école et qu’il était sous l’influence d’un ami très dérangé, dominateur et probablement psychopathe [Eric Harris] », confie encore la mère à Match. La douleur est d’autant plus grande pour Sue, qu’elle se sent coupable de n’avoir rien vu venir, malgré tous les signes : « J’ai appris que ses pulsions suicidaires sont nées deux ans avant sa mort, et qu’il s’était même taillé le bras sans que personne ne s’en rende compte. C’est très difficile de savoir si la personne qu’on aime porte un masque pour cacher une grande souffrance. En découvrant son journal, j’ai réalisé à quel point j’étais à côté de la plaque ».

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Entourée de policiers, une étudiante de Columbine passe un coup de fil. © MARK LEFFINGWELL / BOULDER DAILY CAMERA / AFP

Inspiré par un film ?

Pourtant, à l’adolescence, l’attitude Dylan se met à changer. Bon élève, il commence à se désintéresser des cours, il devient irritable, triste. Sue ne sait alors pas que son fils garde depuis ses 15 ans des journaux intimes dans lesquels il écrit se sentir déprimé, suicidaire et seul. Ce n’est qu’après la tuerie qu’elle apprend leur existence. « Ils ont voulu imiter Tueurs nés d’Oliver Stone. En janvier 1999, trois mois avant la tragédie, Dylan écrivait dans son journal intime qu’il se sentait “misérable” et que, pour s’en sortir, il allait “faire un NBK” [en référence au titre original en anglais “Natural Born Killers” du long-métrage]. J’ai découvert ça bien après sa mort, quand le shérif m’a rendu son journal ».

Déjà épuisée par les problèmes de drogue de son fils ainé, elle pense que Dylan sera celui qui ne posera jamais de problèmes. Mais un an et demi avant le massacre de Columbine, il fait toutefois déjà parler de lui. Il est exclu trois jours pour avoir piraté des ordinateurs de l’école. Puis, Eric Harris et lui sont arrêtés pour avoir cambriolé une camionnette et volé de l’équipement électronique. L’adolescent est condamné à un an de travaux d’intérêt général. Ses parents, eux, décident de lui retirer ses « privilèges ».

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Il n’a plus non plus le droit de voir Eric Harris. « Je regrette d’être passée complètement à côté de la conséquence que cet incident a pu avoir sur son état psychique. Si j’avais su ce que je sais maintenant, j’aurais compris et pris les mesures nécessaires. Quand les gens se retrouvent ainsi sur le banc des accusés, le risque de commettre l’irréparable augmente. Je croyais que Dylan était une bonne personne et qu’il allait bien. Et tout le monde autour de moi minimisait cette énorme bêtise, sur le thème “quand j’avais son âge j’ai fait bien pire” ». Les choses semblent se calmer et, après que son fils a été accepté à l’Université, elle accepte même de ne plus fouiller sa chambre. Pourtant, il y cache des armes et des munitions. Celles qui serviront plus tard à ouvrir le feu sur ceux qu’il côtoyait tous les jours.

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Des élèves évacués après la tuerie de Columbine. © MARK LEFFINGWELL / AFP

En réalité, Dylan est resté très proche d’Eric Harris. Dans la cave du domicile de ce dernier, où il a installé sa chambre, ils enregistrent des vidéos, les « Basement Tapes ». Des vidéos où ils mettent au point leur attaque. Les analyses réalisées par les experts psychiatres ont montré que Dylan et Eric étaient très différents. Si le second est décrit comme un psychopathe, qui « dessinait des armes, écrivait sur les Nazis », le premier lui, souffrait d’une profonde dépression qui l’avait fragilisé. « Nous avions deux fils et c’était le dernier. Il était malléable. À l’époque, je trouvais ça formidable. Maintenant, je vois à quel point ce trait de caractère était potentiellement dangereux car c’est ce qui l’a amené à vivre sous la coupe d’Eric », raconte encore sa mère.

« J’ai regardé mon bras droit se faire détruire au ralenti »

« Le tireur ne bouge pas de sa position, il se tourne et me tire dessus. J’ai entendu un son et j’ai senti mon corps projeté au sol, j’ai regardé mon bras droit se faire détruire au ralenti et je n’ai rien senti. Mais je me suis mise à saigner tellement vite. C’est un miracle que je n’ai pas saigné à mort », racontera dans un livre Kacey Ruegsegger Johnson, âgée de 17 ans au moment du drame. Au total, la jeune femme a dû subir 12 interventions chirurgicales pour réparer son épaule dont elle aurait pu être amputée. Désormais, Kacey se bat pour aider les autres victimes de fusillades. « Nous n’avions pas beaucoup de gens pour nous dire : ‘Ça va être comme ça dans cinq ou dix ans’ ou ‘Voilà comment j’ai travaillé face à la culpabilité de la survivante’. Je me sens donc presque responsable d’être disponible pour ces personnes parce que je veux qu’elles sachent que le bien peut en sortir, finalement. Mais ce sera difficile », explique-t-elle aujourd’hui au News Observer.

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20 ans plus tard, les Américains rendent hommage aux victimes. © Jason Connolly / AFP

Quant à la mère de Dylan, elle aussi s’engage pour la prévention de ces drames. Fervente opposante aux armes à feu – elle avait même refusé d’en acheter une à son fils -, elle cherche, à chaque nouvelle fusillade, « à savoir si le meurtrier était suicidaire et, si oui, comment on aurait pu éviter cet état mental ». « Puis je pense aux familles de victimes, en me disant qu’elles vont avoir besoin de beaucoup d’aide et d’amour pendant des années. Quand je suis partie à la retraite en 2010, je suis devenue une activiste à plein-temps en faveur de la prévention du suicide. »

Depuis Columbine, de nombreuses tragédies similaires ont eu lieu aux États-Unis. La tuerie de Virginia Tech en 2007 a fait 32 morts, celle de Sandy Hook en 2012, 26, à Parkland en 2018, 17 personnes ont perdu la vie… « Nos pensées et prières ne suffisent pas. Ce n’est pas assez. Cela montre pas le niveau de chagrin et de colère que nous devrions ressentir et cela ne fait rien pour empêcher de tels carnages », avait déploré le président Barack Obama après la tuerie de l’Université de Umpqua, en 2015, où 9 personnes avaient été tuées.

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