Quelle flèche pour Notre-Dame ?

Quelle flèche pour Notre-Dame ?

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Les architectes s'opposent déjà sur la question de la reconstruction. | © Sadak Souici / Le Pictorium/MAXPPP

Société

Après l’incendie qui a ravagé Notre-Dame, l’heure est à la reconstruction. Et à cette question : quel visage donner à la cathédrale pour les siècles à venir ?

 

Edouard Philippe a annoncé mercredi à l’issu du conseil de ministres le lancement d’un « concours international d’architecture » pour rebâtir la flèche de Notre-Dame, faite de bois et de plomb, qui s’est effondrée lors de l’incendie. Un concours qui « permettra de trancher la question de savoir s’il faut reconstruire une flèche à l’identique ou s’il faut une nouvelle flèche adaptée aux techniques et aux enjeux de notre époque » selon le Premier ministre. Le président Macron a quant à lui évoqué son souhait de voir apporter à l’édifice « un geste architectural contemporain ». Si la charte de Venise, le texte international ratifié par la France pour la restauration des bâtiments historiques, n’impose pas de reconstruire à l’identique la cathédrale Notre-Dame, certains craignent qu’un tel concours n’amène à une surenchère de la part des stars de l’architecture. Architectes qui s’opposent déjà sur la question.

Reconstruction ou restauration

Pour Denis Valode, du prestigieux cabinet Valode & Pistre, la question est mal posée « Plutôt que de parler de reconstruction, on devrait parler de restauration du monument. Refaisons la cathédrale comme elle était auparavant, continuons ce travail de restauration qui était entamé avant l’incendie, propose l’architecte. Il faut avoir l’humilité et aussi l’audace de la faire le plus près possible du modèle, en utilisant quelques techniques d’aujourd’hui pour aller plus vite », concède-t-il toutefois. Un point de vue pas forcément partagé par tous. « Je ne suis pas pour l’idée de la mettre sous cloche, nous répond Frédéric Chartier, l’un des architectes à l’origine notamment du projet de rénovation de la Tour Montparnasse. Je pense que le bâtiment doit évoluer avec son temps… sans non plus qu’on lui mettre un nez rouge. Il faut se réapproprier ce patrimoine de manière contemporaine, tout en subtilité, en essayant de bien comprendre comment elle a été construite au fur et à mesure des siècles. L’amener vers l’avenir tout en légèreté et délicatesse ».

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Si l’on doit reconstruire à l’identique, se pose alors la question du référentiel. Car les deux versions de la cathédrale Notre-Dame, celle du XIIIe siècle et de 2019, ne sont pas exactement les mêmes. Eugène de Viollet-le-Duc, qui a restauré le monument au XIXe siècle a considérablement modifié son apparence en y ajoutant notamment, en 1859, cette fameuse flèche qui n’existait pas auparavant. « Le vrai débat selon moi : comment faire évoluer cette cathédrale, dans le respect de son histoire, de son architecture, se demande Frédéric Chartier. Viollet-le-Duc, à son époque, a remis à la mode l’art gothique, tombé en disgrâce après la Renaissance. Quand il a réinterprété la cathédrale, il a repris ces codes en les sublimant. Il s’agit là de donner de la lumière, de rechercher la légèreté avec cet élancement et ces dentelles de pierres… » Une vision à laquelle s’oppose Denis Valode. « Je ne comprends pas pourquoi on aurait besoin de poser un élément de modernité parce que ce n’est pas la question posée. On ne fait pas un pastiche. Si on fait un concours d’architecte, chacun voudra faire le projet le plus flamboyant alors que l’on doit transmettre le patrimoine que l’on a reçu et que l’on n’aurait pas dû détruire », regrette-t-il.

Une rénovation en cinq ans n’est pas impossible

Quant à la question du délai, une rénovation en cinq ans comme le veut Emmanuel Macron parait être une hypothèse bien ambitieuse pour nos architectes. Mais pas impossible. « Le fait d’être assez volontaire sur le plan des délai est intéressant, cela pousserait à mettre en place des solutions adaptées comme par exemple, si l’on veut faire des sections en bois, utiliser des lamelles collées pour retrouver des éléments moins épais et un temps de séchage moindre », juge ainsi Valode. C’est en fait la question de la matérialité qui se pose. Jean-Michel Wilmotte, qui a entre autre conçu l’église russe de Paris, a brisé un tabou mercredi en déclarant son intention de participer au concours d’architecture pour reconstruire Notre-Dame. Il faisait part de sa vision au micro de France Inter : « J’aime bien l’idée de rester à la même hauteur, en cristal ce serait absolument extraordinaire. Un verre pur, un verre blanc, avec une structure métallique qui scintillerait au milieu de cette tour ça pourrait être très intéressant. » Denis Valode préfère lui, rester sur l’idée du bois, « un élément extrêmement moderne car il stocke le CO2 » avance-t-il.

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Plus globalement, cet événement, très frappant, amène à une réflexion générale sur le patrimoine. Pour Chartier, « on a beaucoup tendance en France à restaurer à l’identique et ainsi de muséifier certains bâtiments ». L’architecte prône au contraire la nécessité de conserver plus de bâtiments tout en les réinterprétant davantage. « Finalement il y a d’un côté ceux que l’on fige dans le passé, et de l’autre ceux qui ne sont pas classés au patrimoine et que l’on peut démolir presque sans aucune contrainte. Une autre attitude consisterait à conserver davantage l’existant, et de permettre sa transformation pour lui redonner un usage contemporain. » La querelle des anciens et des modernes aura bien lieu.

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