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Pologne : Pour fêter Pâques, ils frappent et brûlent une poupée « juive »

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Un mannequin "fabriqué pour ressembler à la figure stéréotypée du juif", selon le Congrès juif mondial. | © Hubert Lewkowicz / AFP

Société

À l’occasion de la fête chrétienne du Vendredi saint, des enfants et adultes dans la ville de Pruchnik, en Pologne, ont frappé une poupée portant un chapeau noir, des papillotes et un long nez, avant de la brûler. Un rituel « ouvertement antisémite », a dénoncé le Conseil juif mondial.

Pendant que les chrétiens de Belgique chassaient des oeufs en chocolat et mangeaient de l’agneau ce week-end, la ville de Pruchnik s’adonnait à un autre rituel, bien plus controversé. Vendredi, les habitants de cette ville du sud-est de la Pologne ont procédé à « une exécution symbolique de Judas, dans le cadre d’une ancienne tradition chrétienne », rapporte Mediapart. Ce mannequin censé représenter le traître de Jésus caricaturait ouvertement les juifs, avec un long nez, des papillotes (boucles de cheveux typiques des hommes juifs orthodoxes) et un chapeau noir. Sur son torse était inscrit « Judasz 2019 Zdrajca », soit « Judas 2019 Traître ».

Sur les images diffusées sur les réseaux sociaux, on voit les enfants et adultes de la ville frappant cette poupée géante avec des bâtons, la traînent au sol sur plusieurs mètres, avant de décapiter et de la brûler. D’après des médias polonais, elle aurait également été jetée dans une rivière, selon France 24.

Survenu lors du Vendredi Saint, qui marque pour les chrétiens le jour de la crucifixion et de la mort de Jésus-Christ, ce rituel pascal, connu sous le nom de « Jugement de Judas », remonte au 18e siècle et a été pratiqué jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Il a depuis été abandonné, sauf dans quelques villages, selon AFP.

Cérémonie « ouvertement antisémite »

Le Congrès juif mondial a condamné cette cérémonie antisémite. Dimanche, son vice-président Robert Singer, a exprimé son « dégoût et [son] indignation devant cette nouvelle manifestation ouvertement antisémite », selon un communiqué cité par l’agence France-Presse, estimant que le mannequin avait été « fabriqué pour ressembler à la figure stéréotypée du juif ». « Les juifs sont profondément inquiets de cet atroce renouveau de l’antisémitisme moyenâgeux qui a conduit à une violence et des souffrances inimaginables ». 

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Comme dans bien d’autres pays, des inquiétudes se font jour sur un regain de l’antisémitisme en Pologne. En mars dernier, un hebdomadaire d’extrême droite a publié en une un article expliquant « comment reconnaître un juif » à partir de son nom, de sa personnalité et de son apparence. Une organisation juive américaine avait dénoncé le manque de réaction de la classe politique en Pologne, alors que cette publication est distribuée dans les kiosques du parlement à Varsovie. Un mois avant, la Pologne avait boycotté un sommet prévu à Jérusalem de quatre pays est-européens, ulcérée par une déclaration du ministre des Affaires étrangères israélien Yisrael Katz. Ce dernier avait dit que « de nombreux Polonais avaient collaboré avec les nazis » et assuré que « les Polonais tétaient l’antisémitisme avec le lait de leur mère ». Une vague de commentaires violents et antisémites avait alors envahi les réseaux sociaux.

Environ trois millions de juifs ont péri pendant la deuxième guerre mondiale en Pologne occupée par l’Allemagne nazie. Aujourd’hui, ils seraient entre 8 000 et 12 000 à vivre dans ce pays.

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