Au Maroc, le cauchemar touristique des chèvres perchées

Au Maroc, le cauchemar touristique des chèvres perchées

maroc chèvres

Escaladant naturellement les arganiers afin de se nourrir de leurs fruits, les "chèvres grimpeuses" seraient désormais exploitées par les fermiers de la région. | © Instagram / @exploremoroccodesert

Société

Exploitées par les fermiers du sud-ouest marocain, les chèvres perchées dans les arbres continuent de séduire les touristes, avides de selfies.

 

Le phénomène est connu depuis des années, attirant des milliers de touristes sur les terres arides d’Essaouira. Perchées sur leurs branches d’arganiers, les chèvres perchées sont devenues le stars du sud-ouest marocain, participant – malgré elles – à une vaste opération d’arnaque touristique.

C’est en tous cas ce que révèle une récente enquête réalisée par le photographe environnementaliste Aaron Gekoski. Intrigué par l’engouement général autour de ces chèvres locales, le photojournaliste britannique a découvert une réalité bien sombre. Escaladant naturellement les branchages épineux d’arganiers afin de se nourrir de leurs fruits, celles que l’on surnomment les chèvres « grimpeuses » seraient désormais exploitées par les fermiers de la région. « Depuis qu’ils ont compris l’intérêt des touristes pour ces ‘arbres à chèvres’, certains agriculteurs ont décidé de tourner la situation à leur avantage », explique-t-il. Rapporté par The Independent, son témoignage fait déjà bondir les défenseurs de la cause animale.

Grimpette forcée

D’après Aaron Gekoski, certains agriculteurs marocains feraient spécialement venir des chèvres dans les environs fréquentés par les touristes, afin de les forcer à grimper aux arbres et offrir aux visiteurs des clichés authentiques – qui se comptent déjà par centaines sur Instagram. « J’ai entendu dire qu’ils faisaient même venir des chèvres d’autres régions, qu’ils construisaient des plates-formes dans les arbres et qu’ils se mettaient à cajoler les bêtes pour attirer toujours plus de touristes, avides de selfies », affirme le photographe professionnel. « Même si les chèvres sont incroyablement agiles quand il s’agit de grimper dans les arbres, elles restent en général immobiles au même endroit et paraissent tristes et malades. »

Lire aussi > Au Maroc, des plages salies par les ordures

Sans se rendre compte de la souffrance de leurs hôtes à quatre pattes, les touristes continuent de mitrailler le paysage à coup de smartphones et d’appareils photo. « Rester percher dans un arbre toute la journée en plein soleil est un travail incroyablement difficile pour ces chèvres qui vivent dans de pauvres conditions », ajoute Aaron Gekoski.

 

View this post on Instagram

 

#champions #treeclimbinggoats #babygoat #goatsofmorroco #moroccotrip #moroccotravel

A post shared by Kathie (@kathie.weissenborn) on

Stress et insolation

Au Maroc, les chèvres domestiques parviennent généralement à trouver leur nourriture au sol. Mais dans le sud-ouest du pays, le climat est trop aride pour qu’elles puissent se nourrir à terre. Particulièrement friandes des affiaches, le fruit de l’arganier, elles ont appris à grimper aux arbres (parfois jusqu’à 9 mètres de haut) pour se délecter des fruits amers qui constituent près de 84 % de leur régime alimentaire. Une habitude, désormais forcée, devenue tout sauf naturelle.

Lire aussi > Entre le Maroc et Ceuta, le calvaire des « femmes-mulets »

Si les agriculteurs assument « tirer profit d’une opportunité commerciale disponible », souligne The Independent, les associations de protection animale dénoncent vivement cette pratique, qu’elles considèrent comme de la maltraitance. « Le fait de se servir de chèvres dans les arbres comme support photographique cause énormément de stress et de souffrances aux animaux, en particulier s’ils sont incapables de trouver de l’ombre ou d’accéder à l’eau », indique au journal britannique Ian Woodhurst, responsable au sein de la World Animal Protection. « Elles pourraient également se blesser en essayant de descendre pour échapper à la chaleur ou pour se désaltérer. Malheureusement, il s’agit d’un nouvel exemple d’attrape-touristes finançant la cruauté envers les animaux uniquement pour offrir des séances photo », déplore-t-il. Au Maroc comme ailleurs, « les touristes doivent penser au bien-être des animaux – sauvages ou domestiqués – impliqués dans tout type de divertissement ou d’attractions touristiques et doivent cesser de payer pour que les animaux soient malmenés ou maltraités », conclut-il.

CIM Internet