Notre-Dame de Paris : une générosité prodigieuse [GRAPHIQUE]

Notre-Dame de Paris : une générosité prodigieuse [GRAPHIQUE]

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Les fonds réunis pour Notre-Dame de Paris dépassent les 847,6 millions d'euros. | © AFP

Société

L’incendie de la cathédrale a déclenché un élan historique. Paris Match fait le point sur une semaine marquée par un record de dons.

D’après un article Paris Match France de Adrien GaboulaudAnne-Sophie Lechevallier et Dévrig Plichon

Les téléphones n’ont cessé de sonner après l’incendie. Des milliers d’appels, des milliers de mails. Et du courrier, une montagne de courrier. Les facteurs de la Poste, en France, en déposent chaque jour plusieurs caisses. En début de semaine, 1 500 chèques avaient été traités en tout. Il restait 10 000 enveloppes à ouvrir. À la Fondation du patrimoine, une des quatre organisations désignées par le gouvernement français pour participer à la collecte des dons destinés à financer la reconstruction de Notre-Dame de Paris, jamais on n’avait connu pareille activité. Tout comme à la Fondation de France, également submergée par la générosité. Les premiers jours, toujours cruciaux pour les collectes après des événements chargés en émotion, ont permis de constater la mobilisation des Français et pas seulement des grandes fortunes nationales, les familles Arnault et Pinault en tête.

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Du micro-don grâce à l’arrondi lors d’un paiement par carte bancaire au virement de 200 000 euros par un anonyme à la Fondation du patrimoine, les contributions s’accumulent. Caitlyn, une petite Britannique de 9 ans, a cassé sa tirelire. Un ou une de ses compatriotes a glissé dans une enveloppe six billets de 50 livres sterling accompagnés d’un mot lapidaire, sans même laisser d’adresse pour que la Fondation du patrimoine puisse lui confirmer que son don avait bien été reçu. Le don moyen, sur Internet et par chèque, s’élève à 171,5 euros, précise-t-on.

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La lettre de la petite Caitlyn. © Fondation du patrimoine.

Les fonds réunis pour Notre-Dame de Paris dépassent les 847,6 millions d’euros.

À ce stade, de nombreuses contributions n’ont pu être comptabilisées dans le décompte que nous présentons, arrêté au 22 avril. Mais il est déjà clair que l’élan pour Notre-Dame a battu les records. À titre de comparaison, la Fondation de France avait collecté 14 millions d’euros après l’ouragan Irma à la fin de l’été 2017 pour venir en aide aux Antilles. Après le tsunami dévastateur du 26 décembre 2004 dans l’océan Indien, un rapport de la Cour des comptes avait comptabilisé 371,1 millions d’euros de dons auprès de 32 associations. Selon notre pointage encore provisoire, les fonds réunis pour Notre-Dame de Paris dépassent les 847,6 millions d’euros.

 

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©Data Match

Les montants collectés depuis l’incendie du 15 avril sont sans commune mesure avec ce que d’autres opérations ont permis dans le domaine du patrimoine. La Fondation du patrimoine, qui avait collecté 15 millions d’euros de la part de particuliers sur toute l’année 2018, avait accumulé ce mercredi 163,5 millions d’euros pour Notre-Dame, dont 21,5 provenant des particuliers. C’est plus de quarante fois le coût d’un de ses plus gros projets, le chantier de la chapelle Saint-Joseph de Reims, estimé à 3,8 millions d’euros.

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Disney, producteur du « Bossu de Notre-Dame » en 1996, a mis la main au portefeuille

Outre les particuliers et les grandes fortunes, les collectivités publiques se sont engagées ; des régions, à commencer par l’Ile-de-France, des villes, des métropoles comme celle de Toulouse. Même des pays et des villes à l’étranger ont participé. La Serbie a annoncé un don d’un million d’euros et le gouvernement albanais de 100 000 dollars. La ville de Szeged en Hongrie, qui s’est dite redevable de l’aide apportée par Paris au XIXe siècle, a promis 10 000 euros. De nombreuses entreprises ont promis des dons sonnants et trébuchants, et notamment l’américain Disney (dont les studios avaient produit Le Bossu de Notre-Dame en 1996) qui va verser 5 millions de dollars.

D’autres ont choisi d’apporter une aide en nature ou du « mécénat de compétences ». Groupama a promis des chênes centenaires pour la charpente, la SNCF et la RATP ont mis à disposition des panneaux d’affichage pour appeler aux dons, Orange a promis une visite virtuelle de la cathédrale, Carrefour proposera des repas aux reconstructeurs, Air France leur offrira des vols, tandis qu’Arcelor Mittal propose de l’acier pour la reconstruction. Certaines ont mobilisé leurs collaborateurs en les incitant au don, à l’image de Total, IBM, la Société générale, General Electric ou Thales, par arrondi sur salaire. Des initiatives diverses ont été annoncées, comme le choix de la Française des Jeux d’offrir sa recette du Loto de Pâques, ou celui de reverser à la reconstruction de la cathédrale les 870 000 euros collectés pendant une vente aux enchères de coffrets de vin Mouton Rothschild, initialement destinée au château de Versailles.

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Les ouvriers sont déjà à pied d’œuvre. ©AFP

Quant aux géants de la tech, ils s’y sont mis, eux aussi : Google a offert le référencement de la page de dons de la Fondation du patrimoine, tandis que PayPal, Amazon Pay et ApplePay ont proposé à leurs utilisateurs de faire des dons à l’issue d’achats réalisés avec ces moyens de paiement. Autant d’initiatives dont l’impact financier reste encore difficile à évaluer. Apple, par la voix de Tim Cook, a aussi annoncé qu’elle participerait financièrement, sans toutefois stipuler de montant.

Les sommes vertigineuses qui vont servir à la reconstruction de Notre-Dame interpellent. Depuis qu’il est apparu que les plus grandes fortunes du pays avaient pu mobiliser de très importants moyens pour sauver l’édifice détruit par les flammes, via leurs holdings familiales ou les fondations notamment, de nombreuses critiques ont émergé. Une des polémiques a concerné les possibilités de défiscalisation. La famille Pinault, la première à annoncer un don le lendemain de l’incendie, a précisé qu’elle renonçait à la déduction d’impôt, car il était « hors de question d’en faire porter la charge aux contribuables français ». De même pour la famille Arnault, qui, elle, ne pouvait pas y recourir. Lors de l’Assemblée générale de LVMH, interrogé sur ce don, le PDG Bernard Arnault a regretté : « C’est une fausse polémique, c’est assez consternant de voir qu’en France on se fait critiquer même quand on fait quelque chose » qui est « une preuve d’intérêt général ». Ces discussions ont remis en lumière les mécanismes d’incitation fiscale au mécénat. La Cour des Comptes a consacré l’un de ses rapports, à l’automne dernier, à ce sujet, dans lequel elle a calculé qu’en 2017, les avantages fiscaux liés aux dons avaient occasionné un manque à gagner de 902 millions d’euros pour les recettes de l’État français… Un chiffre légèrement supérieur au budget de l’État pour le patrimoine.

L’accumulation des dons pour Notre-Dame de Paris contraste, en effet, avec la volonté politique habituelle de préserver le patrimoine de la France. En 2006, une mission d’information du Sénat avait estimé que 350 à 400 millions d’euros étaient nécessaires à l’entretien et à la restauration des monuments historiques. Depuis cette époque, de nombreux budgets ont prévu des dépenses inférieures à cette somme, pendant que le budget global de la mission Patrimoines du ministère de la Culture reculait. Les crédits de paiement prévus dans le projet de loi de finances pour 2019 s’élèvent à 345,8 millions d’euros pour les monuments historiques. Un montant, s’il était effectivement exécuté, qui serait supérieur aux sommes déboursées pour les années 2017 et 2018.

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Depuis 2006, le budget de la mission Patrimoines a reculé

Les sommes dépensées pour la mission Patrimoines du budget du ministère de la Culture ont fortement baissé à partir de 2011. Une partie de ce changement est liée au transfert des dépenses de personnel sur une autre mission. Néanmoins, la baisse s’est poursuivie sur les années suivantes, avec un plancher en 2014. Les montants alloués ont ensuite de nouveau augmenté. Le ministère de l’Action et des comptes publics souligne que les « autorisations d’engagement », qui sont « la limite supérieure des dépenses pouvant être engagées », ont été sensiblement augmentées dans le projet de loi de finances pour 2019, dépassant le milliard d’euros pour la première fois depuis 2010.

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Sources : Fondation du patrimoine, Fondation de France, Centre des monuments nationaux, communiqués des donateurs, ministère de l’Action et des comptes publics, AFP. Bilan au 22 avril 2019.

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