Le décès suspect d’un enfant en centre d’asile choque la Belgique

Le décès suspect d’un enfant en centre d’asile choque la Belgique

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Le drame s'est produit au centre Fedasil de Broechem, à Ranst. | © BELGA PHOTO JONAS ROOSENS

Société

Près d’un an après la mort de Mawda, un garçon de 9 ans a été retrouvé mort dans un centre Fedasil mercredi, alors qu’il avait fui la violence au Liban. Retour sur un décès jugé suspect qui secoue le pays et le gouvernement.

 

Daniel avait 9 ans. Né au Liban et d’origine palestienne, il séjournait depuis six mois au centre Fedasil de Broechem, en province anversoise. Depuis lundi soir, il était porté disparu, après avoir été aperçu pour la dernière fois en train de faire du vélo dans l’enceinte du centre. Ce fut la panique lorsque le vélo a été retrouvé sans aucune trace de l’enfant, déclenchant une opération de recherches. Mercredi soir, son corps sans vie a été retrouvé dans un fossé, sur le terrain du centre. Une découverte tragique et incompréhensible, surtout pour la maman du petit garçon, âgée de 26 ans, qui séjournait avec lui dans ce centre d’accueil pour demandeurs d’asile, sous la responsabilité de l’État belge.

Au Fédéral, les condoléances ont rapidement été prononcées. « Ce qui s’est passé est tout simplement dramatique. Je n’ai pas de mots pour cela », a déclaré la ministre de l’Asile et de la Migration Maggie De Block, abasourdie. « Je suis la situation de près en collaboration avec Fedasil (l’agence responsable de l’accueil des réfugiés) et nous nous occupons de l’accompagnement de la mère et de la famille. Perdre un enfant pour une mère, et de cette manière, est la pire des choses », confie-t-elle, ajoutant que les collaborateurs du centre sont très choqués par les évènements. L’ex-ministre de la Santé a indiqué à l’agence Belga que l’enquête était dans les mains de la police et de la Justice et qu’elle espérait que les circonstances du drame seront rapidement éclaircies. « Les coupables seront punis », clame-t-elle. Même son de cloche du côté du Premier ministre, qui promet une enquête « transparente et indépendante ». « Les coupables doivent être punis », répète-t-il sur Twitter, comme si le gouvernement s’était mis au diapason.

« Il s’agit de faits exceptionnels pour nous. Nous n’avons jamais rien vécu de tel », a déclaré Mieke Candaele, la porte-parole de Fedasil, l’agence fédérale responsable de l’accueil des réfugiés qui gère 20 des 58 centres d’accueil en Belgique. « Tout le monde est très éprouvé ».

Prise d’otage

Le parquet d’Anvers a ouvert une instruction judiciaire pour faire la lumière sur les circonstances du décès de Daniel, jugé suspect. Cinq Palestiniens ont été placés sous mandat d’arrêt par le juge d’instruction jeudi, âgés de 19, 20, 21, 24 et 34 ans. Les faits ont été qualifiés de prise d’otage et assassinat. Plus tôt dans la journée, les proches de la victime ont déclaré à plusieurs médias qu’il s’agissait d’une présumée prise d’otage en vue d’une extorsion : ils auraient reçu un SMS exigeant 100 000 euros pour revoir l’enfant vivant. Le parquet ne confirme pour l’instant pas cette version mais les faits ont été qualifiés de prise d’otage. Selon son oncle interrogé sur place par la chaîne VTM, Daniel a été retrouvé mort « les mains et les pieds attachés ».

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Selon l’ASBL L’Avenir Palestinien, les demandeurs d’asile demandent que les familles soient séparées des autres personnes ou qu’elles soient mises dans un centre privé. Dans ce centre de Broechem où séjournent 337 demandeurs d’asile, dont 98 mineurs selon RTL, le meurtre du petit garçon qu’ils ont cotoyé et activement recherché a créé un choc et des inquiétudes. Certaines familles ne se sentent plus en sécurité et veulent quitter le centre.

À qui la faute ?

Face à un crime si atroce, l’espoir que les coupables soient punis est grand. Mais le drame, aussi tragique soit-il, suscite des questions quant à la responsabilité de l’Etat. Manque de sécurité, manque de personnel, surpopulation… Pour que cela ne se reproduise plus, certains éléments doivent être étudiés et pris en compte lors de l’enquête. Un autre facteur est incontestable : on n’enferme tout simplement pas un enfant.

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