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Japon : Contre la solitude, des seniors optent pour la prison

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Une Japonaise de 80 ans, en 2011. | © EPA/HOW HWEE YOUNG

Société

Commettre un délit et terminer en prison, c’est le choix de nombreux seniors au Japon pour échapper à la solitude et à la pauvreté.

Le Japon a l’un des taux de criminalité les plus faibles au monde. Mais sa population carcérale vieillit. Le reflet de l’évolution démographique du pays du Soleil levant ? Pas seulement. Dans ce pays détenteur de l’espérance de vie la plus longue au monde, frôlant les 84 ans, la délinquance des seniors (surtout des femmes) est un phénomène apparu depuis une décennie qui va en s’aggravant, rapporte Le Monde. 30% des délits sont commis par des citoyens de plus de 65 ans, selon l’Obs. C’est deux fois plus qu’il y a dix ans.

Dans cet archipel, il n’y a pas de petit délit. Le vol à l’étalage est passible d’un ou deux ans de prison. La majorité des délinquants aux cheveux blancs sont pris la main dans le sac en train de voler des produits alimentaires afin de se nourrir. D’autres, de plus en plus nombreux, commettent ces délits pour terminer en prison. Volontairement. « Beaucoup de détenus pensent que c’est mieux d’être ici qu’à l’extérieur. Il n’y a pas de problème d’argent et on est sûrs de manger trois fois par jour », confiait un détenu septuagénaire à Fuchu, le plus grand centre pénitentiaire du Japon, à France 2. Condamné pour tentative de vol, il purge une peine de trois ans. « En prison, il a chaud, il est nourri et s’il est malade, on s’occupe de lui… Comme il est récidiviste, il en a pris pour deux ans… Un jour il faudra peut-être que je fasse comme lui », racontait un Japonais de 78 ans au Monde, à propos d’un ami du même âge derrière les barreaux. Comme ce dernier, de nombreux détenus sont des récidivistes. Sur les 2 500 personnes âgées de plus de 65 ans condamnées en 2016, plus du tiers avaient plus de cinq condamnations antérieures, indique la BBC.

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Beaucoup de femmes décident également de se faire arrêter. Après la mort de leur mari, elles sont nombreuses à profiter d’une pension insuffisante. « Même les femmes de 80 ans qui ne peuvent pas marcher correctement commettent des crimes. C’est parce qu’ils ne peuvent pas trouver de la nourriture, de l’argent », explique une détenue âgée de 70 ans. « Je ne pouvais pas m’entendre avec mon mari. Je n’avais nulle part où vivre et aucun endroit où rester. C’est donc devenu mon seul choix : voler ».

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© EPA/EVERETT KENNEDY BROWN

Une prison de retraite

« Parmi les personnes âgées qui commettent des crimes, un certain nombre ont ce tournant dans leur vie. Il y a un déclencheur. Ils perdent une femme ou des enfants et ne peuvent tout simplement pas le supporter… Habituellement, ils ne commettent pas de crime s’ils ont des gens pour s’occuper d’eux et leur fournir un soutien », assure Kanichi Yamada, le directeur du centre de réhabilitation With Hiroshima.

Très isolées, les personnes âgées optent pour une solution sinistre, mais efficace : se priver de liberté pour manger à leur faim, bénéficier des soins médicaux dont ils ont besoin et échapper à la solitude. Face au vieillissement de ses détenus, l’administration pénitentiaire a dû s’adapter en créant des unités spéciales pour les plus de 60 ans. Ces prisonniers d’un certain âge « entendent mal et tardent à exécuter les ordres ; certains sont incontinents, d’autres ont des problèmes de mobilité et il faut parfois les aider à se nourrir et à se laver ». Davantage d’aides-soignants ont ainsi dû être engagés pour procurer des soins, transformant les prisons en une maison de retraite qu’ils ne pourraient pas s’offrir.

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