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« Et si une ado avait Instagram pendant la Shoah ? » : un projet qui fascine et dérange

shoah, camp de concentration

Eva Heyman est déportée au camp de concentration d'Auschwitz en 1944, avant d'y être tuée. | © Unsplash / Alexey Soucho

Société

Un compte Instagram raconte, sous forme de « stories », le quotidien d’une jeune ado roumaine pendant la Seconde guerre mondiale. Un projet qui plaît mais qui offusque aussi de nombreux internautes.

 

Filtre, hashtag, localisation… Tout dans ces stories Instagram laisse présager qu’elles ont été publiées par un adolescent d’aujourd’hui. Pourtant, c’est le quotidien d’Eva Heyman, une jeune juive roumaine pendant l’Holocauste, qui est raconté dans ces vidéos.

Au début de l’histoire, publiée en ce jour de commémorations de la Shoah en Israël, tout semble aller pour le mieux. Nous sommes en février 1944, Eva vient de fêter ses 13 ans et a reçu sa première paire de talons en cadeau. Elle vit chez ses grands-parents à Oradea en Roumanie depuis le divorce de ses parents et rêve de devenir photographe de presse. Mais la guerre va rapidement noircir son quotidien, qu’elle prend soin de raconter dans un journal intime.

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En quelque 70 épisodes, Mia Quiney, une jeune actrice britannique, retrace l’enfer de la vie d’Eva à ses followers, depuis l’invasion de sa ville natale par les nazis jusqu’à sa déportation en train de bétail à Auschwitz, d’où elle ne reviendra jamais.

 

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Eva.Stories Official Trailer

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« Voilà en quoi les réseaux doivent servir »

Mati Kochavi, un homme d’affaires israélien et sa fille Maya sont à l’origine d’« Eva Stories ». Le projet a rapidement séduit et intrigué le public puisque le compte Instagram compte plus de 845 000 abonnés. « Voilà en quoi les réseaux doivent servir, bravo ! », « c’est un travail incroyable, continuez ! »… Les commentaires félicitant l’initiative affluent sous les publications.

Aussi novateur que provocant, le projet vise à sensibiliser les plus jeunes à la mémoire de l’Holocauste, tandis que la dernière génération de survivants est en train de mourir. Trois semaines de tournage à Kiev, plusieurs millions de dollars et près de 300 figurants ont été nécessaire pour le réaliser.

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Mais le projet n’est pas du goût de tout le monde. De nombreux internautes se sont insurgés et ont accusé les Kochavi d’avoir banalisé l’Holocauste. Beaucoup ont demandé comment Eva – qui, dans son journal, raconte qu’elle n’avait pas d’électricité la nuit dans le ghetto – aurait pu recharger son téléphone.

Dans une chronique du quotidien israélien Haaretz, Yuval Mendelson, musicien et professeur d’éducation civique, a qualifié le compte Instagram de « démonstration de mauvais goût ». Il s’est plaint de la promotion « grossière » de ce dernier. Il a également suggéré que cela pourrait conduire à des « selfies » inappropriés aux portes du camp d’Auschwitz-Birkenau.

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