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Couverture historique de L’Équipe contre l’homophobie dans le sport : Mais pourquoi tant de haine ?

l'équipe homophobie

Le superbe cliché à retrouver en Une du magazine L'Équipe. | © Capture d'écran Twitter / @lequipelemag.

Société

Ce samedi, le magazine L’Équipe publie un dossier spécial sur l’homophobie dans le sport et nous gratifie d’une couverture des plus splendides. Diffusée ce jeudi sur les réseaux sociaux du quotidien, la Une n’a pas manqué d’attiser les commentaires haineux et qu’on croyait issus d’une époque révolue, nous rappelant qu’un long chemin est encore à parcourir pour la défense des minorités sexuelles.

« Embrassez qui vous voudrez » : c’est avec cet appel puissant que le magazine L’Équipe de ce samedi titre son numéro, qui consacre exclusivement son numéro à l’homphobie dans le sport. La Une choisie par la rédaction est à bien des égards historique, le lectorat de la publication étant à 80% masculin (soit deux millions d’hommes chaque semaine) et l’homophobie restant encore un sujet bien trop tabou dans le monde du sport.

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« On ne se sent pas libre et on n’est pas soi-même »

Preuve s’il en fallait une : pas plus tard qu’hier, la joueuse de tennis belge Allison Van Uytvanck, qui avait fait son coming-out l’été dernier à Wimbledon suite à un baiser immortalisé sur le court, expliquait à nos confrères de la DH Les sports que l’homosexualité était bel et bien taboue dans le monde de la petite balle jaune. « Je sais que beaucoup de gens ont peur de l’affirmer mais ce n’est pas bon, pas sain, de vivre dans l’ombre. On ne se sent pas libre et on n’est pas soi-même ». 

Alison Van Uytvanck
Alison Van Uytvanck embrasse sa petite amie Greet Minnen après son match remporté face à Anett Kontaveit lors du troisième tour de Wimbledon, en juillet 2018. © BELGA PHOTO / VIRGINIE LEFOUR

« Ce geste d’amour ne devrait pas choquer »

Du chemin reste donc à parcourir et on ne peut que saluer l’initiative de L’Équipe afin, on l’espère, de faire bouger les lignes. Sur le magnifique cliché en Une, signé Roberto Frankenberg, on voit deux joueurs de water polo qui s’embrassent dans le bassin. Une édition spéciale entièrement dédié à l’homosexualité dans le sport et qui s’inspire du du film Les Crevettes Pailletées, actuellement dans les salles et dans lequel un homophobe est condamné à coacher une équipe de water polo gay. Pour L’Équipe, c’est une façon de dire que « ce geste d’amour ne devrait pas choquer et que l’homophobie est une infraction pénale dans la rue comme sur les terrains de sport. » Le réalisateur Yoann Lemaire est d’ailleurs l’un des intervenants de ce dossier.

Les réseaux et la haine

Diffusée en primeur ce jeudi sur les réseaux sociaux du quotidien, cette Une qui marque le coup a provoqué des réactions qui posent question. La publication Facebook recense, à titre d’exemple, plus de 1 600 réactions négatives [un petit smiley pas content]. Même si plus de 7 000 réactions positives s’y ajoutent, on est en droit d’être choqué par le pécédent chiffre. Et quand vient le moment de lire les commentaires, certains piquent aux yeux : les « Je me désabonne » et « Je me désabonne et continuerai de penser autrement » se côtoient, quand des gifs de dégôut s’immiscent également. Même son de cloche du côté de Twitter où certaines réponses à la publication laissent perplexe : « Dégueulasse », « Barbus, bouffeurs de culs » et on en passe. On évitera de s’y attarder tellement le niveau tombe au plus bas.

Il faut évidemment tempérer ce torrent de haine et rappeler la vague de réactions positives qui s’est levée : les 2 300 retweets et 5 000 like sur Twitter en attestent, même si on en veut plus.


Le community manager du quotidien a dû avoir pas mal de boulot ces dernières 24 heures et s’est fendu d’un message très bien senti sur Facebook : « On tente de faire le nécessaire pour nettoyer les commentaires et bannir les nombreux arriérés. Merci pour tous les autres commentaires positifs. Peace and love ».

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Il n’y a jamais eu autant d’agressions homophobes en Belgique

On vous rappelait hier qu’en Belgique, il n’y a jamais eu autant de cas connus d’agression et de discrimination fondées sur l’orientation sexuelle des victimes qu’en 2018. L’an dernier, ce sont près de 125 cas qui ont été traités, soit une augmentation de 38% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Des chiffres interpellants qui nous pousse à poser une question : ne faudrait-il pas multiplier les initiatives comme celle du quotidien français et diffuser encore plus, toujours plus, les messages de tolérance envers les minorités sexuelles ? À quand, par exemple, des grandes campagnes menées par les fédérations sportives au niveau local et international pour briser les tabous ?

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Le chemin sera long pour éradiquer l’intolérance, mais nous nous devons d’éduquer le public [dans les médias, institutions, fédérations, partis politiques, …], et spécialement la jeunesse, à respecter l’orientation sexuelle d’autrui. C’est un droit, un choix. Chapeau à L’Équipe, qui marque clairement le coup et pousse à réfléchir sur un sujet ô combien important pour les générations futures.

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