En Chine, une application pour surveiller les musulmans fait polémique

En Chine, une application pour surveiller les musulmans fait polémique

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Des manifestants contre la répression à l'encontre des Ouïghours en Chine. | © Kemal Aslan/Depo Photos/ABACAPRESS.COM

Société

Human Rights Watch dénonce le recours par les autorités chinoises à une application mobile pour surveiller la minorité musulmane ouïghoure dans la région du Xinjiang, dans l’ouest du pays.

La Chine fait l’objet de vives critiques pour sa politique envers les Ouïghours, ethnie musulmane apparentée aux Turcs présente dans la région Xinjiang, dans l’ouest du pays. Depuis plusieurs mois, le pays est accusé d’avoir interné jusqu’à un million de Ouïghours dans des camps de rééducation politique. Un chiffre démenti par Pékin qui parle de « centres de formation professionnelle » destinés à lutter contre la radicalisation islamiste dans cette région de plus de 20 millions d’habitants. En avril, un reportage du New York Times avait révélé le système de reconnaissance faciale mis en place pour surveiller les mouvements des Ouïghours à travers tout le pays. Ces derniers jours, le régime communiste est pointé du doigt par un nouveau rapport de Human Rights Watch pour son recours à une application mobile pour surveiller cette minorité musulmane. L’organisation de défense des droits de l’Homme a examiné la conception de cette application et identifié les comportements et personnes visés par ce qui est décrit comme un « système de surveillance de masse » dans les mains des autorités chinoises.

L’application en question est liée à la Plateforme intégrée d’opérations conjointes (« Integrated Joint Operations Platform IJOP), qui est utilisée par la police du Xinjiang pour « collecter des données personnelles et signaler les individus jugés potentiellement menaçants », rapporte HRW. En examinant la conception de cette application, qui était publiquement accessible à l’époque, l’ONG a pu identifier les types specifiques de comportements et de personnes visés par ce système de surveillance de masse.

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« Pour la première fois, nos recherches démontrent que la police du Xinjiang recueille illégalement des informations sur des habitants même quand leurs activités sont tout à fait légales, afin de prendre des mesures contre certains d’entre eux », a déclaré Maya Wang, chercheuse senior sur la Chine auprès de la division Asie de Human Rights Watch. « Le gouvernement chinois surveille tous les aspects de la vie des habitants du Xinjiang, repère ceux dont le comportement lui semble suspect, et les guette de manière encore plus intense », commente-t-elle, déplorant le régime répressif chinois devenu un cauchemar dystrophique pour les musulmans du Xinjiang.

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© Kemal Aslan/Depo Photos/ABACAPRESS.COM

Conduite scrutée

Parmi ces données sur les habitants de la région, qui compte 13 millions de musulmans turciques, se retrouve le groupe sanguin, la taille, l’affiliation politique ou religieuse. Des données biométriques, notamment des échantillons d’ADN, des empreintes digitales, des analyses de l’iris et des groupes sanguins des résidents de 12 à 65 ans, ont également été récoltées dans le cadre d’une campagne intitulée « Frapper fort contre le terrorisme violent ».

Au Xinjiang, les faits et gestes de tout un chacun sont scrutés. Selon le rapport, les autorités du Xinjiang surveillent ainsi étroitement 36 catégories de conduites, par exemple le fait de ne pas sympathiser avec ses voisins, d’éviter d’utiliser la porte principale ou un smartphone, de faire des dons à des mosquées « avec enthousiasme » ou d’utiliser des quantités « anormales » d’électricité. Les personnes scrutées sont également celles et ceux qui auraient changé de numéro ou auraient quitté le pays depuis plus de 30 jours. « Les autorités chinoises ont programmé l’IJOP de telle manière que de nombreuses activités ordinaires et légales sont traitées comme des indicateurs de comportements suspects », souligne l’ONG. Des vérifications des autorités chinoises via ce système portent notamment sur 51 applications mobiles, dont WhatsApp, Viber, Telegram et les réseaux privés virtuels (VPN), considérées « suspectes ».

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Système intrusif

L’association de défense des droits de l’Homme dénonce des systèmes « particulièrement intrusifs » au Xinjiang mais signale aussi que « leur conception de base ne diffère pas de celles que la police élabore et utilise dans toute la Chine ». Human Rights Watch estime que le gouvernement chinois devrait « immédiatement mettre fin à la plate-forme IJOP et supprimer toutes les données collectées auprès de résidents du Xinjiang » et que les gouvernements étrangers concernés devraient imposer des sanctions ciblées.

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