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États-Unis : La vidéo d’une femme escortée et camouflée pour entrer dans une clinique d’avortement glace le sang (VIDÉO)

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Dans le Kentucky, les femmes qui souhaitent avorter doivent désormais être escortées et cachées lorsqu’elles se rendent dans la dernière clinique pratiquant l’avortement. Une aberration qui s’explique par la pression des militants anti-IVG, qui profanent des menaces et font le pied de grue devant ladite clinique. Oui, nous sommes bien en 2019.

La scène se passe aux États-Unis, précisément dans l’État du Kentucky, qui détient une loi des plus restrictives en matière d’avortement, qui on le rappelle est un droit fondamental. Cette scène est gravissime :  une femme doit se cacher, le visage camouflé par un manteau, et être escortée par des volontaires pour avorter légalement dans la dernière clinique ouverte du Kentucky, sous les cris des militants anti-IVG rassemblés devant celle-ci. Les insultes fusent, la tension est palpable, on voit des pancartes où sont inscrits des appels à Jésus et des slogans du type : « L’avortement, c’est du meurtre ». Sur Twitter, la vidéo est rapidement devenue virale et se montre nécessaire : elle nous rappelle qu’une véritable guerre est en cours dans l’Amérique de Trump.


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On se croirait débarqué en plein épisode de la série The Handmaid’s Tale, les capes rouges en moins. Sauf qu’ici on ne nage pas dans une fiction mais en pleine réalité. Depuis plusieurs mois, les États-Unis sont le théâtre d’un véritable retour en arrière, les ultra-conservateurs faisant des pieds et des mains pour porter le débat sur l’avortement devant la Cour suprême. Une véritable croisade anti-IVG qui prend racine au niveau local. L’institut de statistiques Guttmacher, qui défend les droits reproductifs aux États-Unis, a recensé plus de 300 mesures restreignant l’avortement adoptées en 2019 dans 28 États américains, nous rappelle Libération.

Un objectif à long-terme : Rendre l’avortement illégal partout aux États-Unis

Et la principale menace vient des lois « heartbeat », ou « loi sur le battement de cœur ». Ces lois interdisent aux femmes l’interruption volontaire de grossesse dès que les battements de coeur du foetus peuvent être détectés. Soit une quasi-interdiction de l’avortement, puisque le cœur peut être entendu dès la sixième semaine de grossesse, stade auquel de nombreuses femmes ne savent pas encore qu’elles sont enceintes. Des lois « heartbeat » ont déjà été votées dans le Mississipi, au Kentucky, dans l’Ohio et Géorgie. Ces mesures ont rapidement été bloquées par des juges saisis par l’ACLU (Union américaine pour les libertés civiles).

(Fin du mois d’avril, Donald Trump assurait en plein meeting que des médecins « exécutent » des nouveaux-nés en faisant référence à l’avortement)

Mais c’est exactement ce qu’attendent les opposants à l’avortement, qui multiplient les fronts à travers le pays : si des juges fédéraux bloquent le texte, les États peuvent faire appel de la décision, dans l’espoir d’aller jusqu’à la Cour suprême. Et ainsi, tester la résistance de l’arrêt Roe v. Wade, qui a reconnu en 1973 le droit des femmes à avorter tant que le fœtus n’est pas viable. Depuis près de cinquante ans, la Cour a systématiquement suivi l’arrêt, qui a légalisé de fait l’avortement aux États-Unis.

Une autre ombre plane sur ce droit fondamental qu’est l’avortement : des peines de prison pour les médecins qui pratiquent celui-ci. En Géorgie on y est déjà alors que le Tennessee, le Missouri, la Caroline du Sud ou encore la Louisiane planchent sur des propositions de loi semblables.

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Les arrivées de deux juges ultra-conservateurs à la Cour suprême, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh, ont galvanisé le camp anti-IVG, qui étend sa toile d’une manière inquiétante. La cause finira par retourner tôt ou tard devant le plus haut tribunal du pays. Le risque d’une annulation de l’arrêt Roe v. Wade est réel et The Handmaid’s Tale ne serait, alors, plus seulement une fiction.

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