Marche silencieuse : faut-il attendre un nouveau féminicide pour bouger ?

Marche silencieuse : faut-il attendre un nouveau féminicide pour bouger ?

La manifestation silencieuse en hommage aux victimes de violences, et plus particulièrement en hommage à Julie Van Espen. Cette étudiante de 23 ans tuée par un violeur récidiviste. | © BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Société

Quelque 15 000 personnes ont participé, dimanche après-midi à Anvers, à la marche silencieuse contre les violences sexuelles et toutes les autres formes de violence. Dans de nombreux éditos, au nord comme au sud du pays, on espère que le monde politique et judiciaire aura capté ce signal clair…

Par L.Dp

Cet évenement était organisé suite à la mort violente de Julie Van Espen. Une étudiante de 23 ans originaire de Schilde tuée le long du canal Albert par un violeur récidiviste en aveux il y a une semaine. « Nous avons entendu ces derniers jours de nombreuses histoires horribles. Des histoires comme l’assassinat de Julie, des histoires de viol, d’inceste, de limites dépassées, de gens qui ont été abusés par une personne connue. (…) La violence sexuelle est une problématique structurelle qui va au-delà du genre, de l’origine ethnique, de la couleur de peau, de la religion et des classes sociales », a déclaré l’une des trois amies organisatrices de la marche silencieuse.

Lire aussi > Meurtre de Julie Van Espen : Pourquoi la justice est sur la sellette

Des évenements tragiques et une mobilisation qui ont inspiré les éditorialistes dans les éditions des journaux de ce lundi 13 mai. C’est la cas de La Libre Belgique dans laquelle Jean-Claude Matgen explique que le rassemblement avait pour objectif « d’interpeller nos politiques, lui qui vient après tant de cortèges du même type ». Par delà l’erreur d’appréciation d’un juge, l’éditorialiste met en avant des chiffres parus dans la presse néerlandophone. En neuf ans, le nombre de délits pour lesquels aucune enquête n’a été conduite par manque d’enquêteurs disponibles a explosé: +236% ! « Combien faudra-t-il encore de marches blanches et de cortèges silencieux ou non pour que l’Etat prenne réellement ses responsabilités ? » questionne La Libre en guise de conclusion.

Du côté du Het Laaste Nieuws, on constate que malgré les efforts, sous la précédente législature, du ministre Koen Geens d’amener la justice a plus d’efficacité encore, « il reste beaucoup de forces d’inertie au sein de cette corporation. Comme une forme de résistance à l’évolution dû à la grande indépendance de la justice ». Pour HLN, il n’y a plus de temps à perdre en terme de violences sexuelles. « Le professeur Liesbet Stevens, spécialiste du droit pénal, a lancé la proposition de nommer un commissaire royal chargé de la lutte contre les violences sexuelles après les élections. Il serait chargé de réunir tous les experts pour une réforme en profondeur. La proposition mérite toute l’attention. »

Dans la plus grande dignité, les citoyens mettent les politiciens et la Justice devant leur responsabilité. © BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Le Standaard parle, quant à lui, de deux mondes distincts dorénavant en se penchant sur la manifestation de dimanche à Anvers. « Celui du circuit professionnel des présidents de parti qui courent de studio en studio pour s’adjuger les faveurs des électeurs. Et celui de dizaines de milliers de citoyens qui descendent dans les rues sans slogan. Car leurs préoccupations sont si fondamentales que seul un défilé serein s’impose… ». Karel Verhoeven tacle sérieusement la classe politique actuelle. « Leurs propositions sont des slogans. Leurs discussions sont stériles, leurs contradictions prévisibles et mortelles… La future coalition constituant le sujet le plus important. La répartition du pouvoir est plus importante que son utilité ». 

Mais attention, le besoin fondamental de sécurité des citoyens, un thème qui peut rapidement tomber dans le plus sombre des populismes, na’ pas viré au climat insurrectionnel. « Au contraire, c’était une marche de la solidarité. Les organisateurs, citoyens ordinaires, comme les nombreuses marches du climat, ont canalisé un thème potentiellement explosif. Pas de cri populiste pour un châtiment exemplaire. Un appel vibrant pour ancrer la justice dans l’après #MeToo. Les femmes et les hommes ne tolèrent plus cette insécurité. Ils ont une mission claire pour la politique et le gouvernement: faire le nécessaire. »

Avec Belga

CIM Internet