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Take Off : L’asbl qui lutte contre l’isolement des enfants malades récompensée

Lara, jeune malade aidée par Take Off tout à gauche et Francesco Amato, président de l'ASBL au centre, ont assisté à la remise du prix "coup de cœur" des clients de la BNP Paribas Fortis. Il est entouré des représentantes de la BNP et de la Fondation Roi Baudouin ©Frank Toussaint

Société

L’asbl reçoit ce 16 mai le prix « Coup de cœur » des clients de BNP Parisbas Fortis private banking pour son action quotidienne auprès des enfants malades en Belgique francophone.

Deux ordinateurs, une connexion internet, et la vie suit son cours ! En mettant à la disposition des enfants malades et hospitalisés du matériel informatique pour suivre leur cours à distance, Take Off veut leur permettre de continuer normalement leur scolarité. Le principe est simple : avec un ordinateur branché dans l’école, relié par Skype à un autre ordinateur situé à l’hôpital où à la maison de l’enfant, ce dernier peut continuer à voir ses copains de classe sans prendre du retard sur le programme scolaire. Créée par un trio de bénévoles en 2006, l’asbl est à ce jour la seule association offrant ce service pour l’enseignement francophone.

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« J’ai pu terminer mes années scolaires grâce à Take Off »

Hospitalisée en 2016 après qu’on on lui ait diagnostiqué un cancer, Lara, aujourd’hui 16 ans, a eu recours à l’aide de l’asbl alors qu’elle ne pouvait plus assister au cours. « Sans TaKe Off, je n’aurais pas pu apprendre toute seule. C’est difficile d’étudier sans professeur. Là, l’enseignant pouvait même me poser des questions et j’interagissais avec la classe. J’ai pu terminer à chaque fois mes années scolaires grâce à cette association. » Comme elle était obligée de rester à l’hôpital pendant plusieurs mois, ses parents ont découvert l’association par le biais du corps médical. Quelques jours après avoir eu l’accord de l’école de la jeune fille, les deux ordinateurs sont branchés et la communication peut commencer. « Au début des cours, l’école se connectait, puis je les appelais par Skype. Avec la caméra, je pouvais suivre les cours comme si j’étais physiquement présente. » Aujourd’hui elle peut revenir en classe, sans avoir une seule leçon de retard.

Capture d’écran vidéo youtube : Take Off asbl – Témoignage d’Alexia ©Take Off

Outre l’aspect pédagogique, cela permet aussi de briser la solitude de l’enfant, qui du jour au lendemain perd contact avec son environnement social habituel. « Là, je pouvais voir mes amis à distance dans la classe, même en étant à la maison ou à l’hôpital. Quand je me connectais, ils me faisaient tous coucou avec la main. Ça me faisait toujours plaisir de les voir, » indique Lara.

Take Off prend en charge tous les coûts, du matériel à l’installation en passant par la mise en place des lignes internet. Un vrai plus pour les parents qui doivent déjà faire face à d’autres problèmes : « Quand on a appris que notre fille était gravement malade, c’était comme une pierre qui nous tombait sur la tête, » précise le père de Lara. « La maladie cela change le quotidien, indique la mère de la jeune fille. Ce type d’association nous a aidés à avancer malgré tout, en permettant notamment à notre fille de ne pas être à l’écart de la société. C’est magnifique d’avoir pu compter sur eux ». Pour son père, la « belle histoire humaine » qu’ils ont vécue grâce à l’ASBL a aussi permis à Lara « d’oublier un peu sa maladie ».

Capture d’écran vidéo youtube : Take Off asbl – Témoignage d’Alexia ©Take Off

Take off dans toutes les écoles ?

Grâce au Fonds Venture Philanthropy de la Fondation Roi Baudouin et à ce Prix de la BNP Parisbas Fortis Private Banking, les cinq bénévoles et les trois salariés de l’ASBL peuvent aider chaque année près de 130 enfants en Belgique francophone. « Nous pensons que socialement il est inacceptable qu’un enfant avec une maladie grave et invalidante soit déconnecté de son lieu de vie, précise Francesco Amato, le président de Take Off. La place de l’école dans la sociabilisation de l’enfant est extrêmement importante, cela fait partie de sa guérison. C’est pourquoi notre objectif est donc de garder l’enfant connecté à sa vie ‘normale’ pour éviter à la fois le décrochage scolaire et sociétal. »

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Alors qu’il existe une association équivalente en Région flamande, l’ASBL Bednet, Take Off est à ce jour la seule association de ce genre côté francophone. Et son président veut aller encore plus loin : « Aujourd’hui, nous sommes reconnus par la fédération Wallonie Bruxelles, mais il n’y a pas de décret qui fait de Takeoff un point d’appui obligatoire pour les établissements scolaires. Près de 20 % des écoles que nous sollicitons pour la mise en place du matériel informatique au sein de l’établissement, à la demande d’une famille, refuse pour diverses raisons. C’est pourquoi nous appelons à ce que la fédération Wallonie Bruxelles, comme cela a été fait en Flandre, reconnaisse Take Off comme processus incontournable et accessible à tous. »

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