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« Madame ? Monsieur ? » : Le procès de l’agresseur transphobe de Julia Boyer a mal commencé

Julia Boyer

Julia Boyer, avant le procès de son agresseur, le 22 mai à Paris. | © Philippe LOPEZ / AFP

Société

Ce mercredi 22 mai se tenait à Paris le procès d’un agresseur présumé de Julia Boyer, une femme transgenre frappée et humiliée sur la place de la République, à la fin du mois de mars. Au cours de ce procès important pour changer les mentalités, la victime a régulièrement été appelée ou désignée par un pronom masculin.

C’était le 31 mars dernier. En pleine manifestation contre l’ex-président algérien Adelaziz Bouteflika à Paris, Julia Boyer tente d’entrer dans une bouche de métro lorsqu’elle est agressée et insultée par plusieurs hommes. L’un d’eux lui assène plusieurs coups au visage, pendant que la foule chante un refrain humiliant. Filmée et diffusée sur les réseaux sociaux, la scène provoque l’indignation et permet de retrouver l’auteur présumé des coups. Placé en détention provisoire, le jeune homme de 23 ans a reconnu les faits. Presque deux mois plus tard se déroulait son procès au tribunal correctionnel de Paris.

« Ce procès c’est vraiment pour la communauté, pour toutes les personnes qui ont subi ce genre de violences et qui n’ont pas porté plainte ou dont l’agresseur n’a pas été arrêté », expliquait la femme transgenre de 31 ans, espérant une « peine exemplaire », avant le début de l’audience. « Il faut faire de ce procès un symbole pour que les gens prennent conscience de ce qu’est la transphobie et changent leur mentalité », avait ajouté son avocat Étienne Deshoulières. Si l’agresseur transphobe a finalement été condamné à dix mois de prison dont 4 avec sursis, le procès avait pourtant mal commencé. Dès les premières minutes, selon le Huffington Post, le greffier a demandé à Julia Boyer de s’approcher en l’appelant « Monsieur Boyer ». Peu après, le président du tribunal s’est adressé à elle en utilisant un pronom masculin et en utilisant son « dead name », son ancien prénom. Vu les multiples erreurs, « le juge n’est pas au point sur la transidentité », a observé la journaliste Floriane Louison présente au tribunal. Le comble pour un procès sur la transphobie.

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« No comment », a réagi froidement le président de SOS Homophobie, Joël, Deumier, sur Twitter.

« Décision historique »

Heureusement, la suite du procès est positive. L’agresseur de Julia Boyer a été reconnu coupable et condamné à 10 mois de prison, dont 6 fermes pour violences en raison de l’identité de genre. « Je pense qu’il a compris qu’il paie malheureusement un peu pour tout le monde. C’est dommage qu’il soit le seul à avoir été interpellé », a réagi la vendeuse dans une boutique de luxe, satisfaite du jugement, félicitant une « justice française qui a fait son travail ». Pour son avocat, c’est « une décision historique dans la prise en compte des discriminations transphobes ». 

Dans l’espace public, les violences les plus fortes sont commises à l’encontre des personnes transgenre.

Le dernier rapport de SOS Homophobie a défini 2018 comme « une année noire » pour les personnes LGBT (lesbiennes, gays, bis, trans): le nombre d’agressions physiques à leur encontre (231) recensées par l’association a augmenté de 66%. « Dans l’espace public, les violences les plus fortes sont commises à l’encontre des personnes transgenre », a souligné Me Deshoulières. Devenue malgré elle une personne médiatisée depuis son agression, Julia Boyer raconte continuer à être la cible d’insultes. Il y a encore du boulot.

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