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La protonthérapie bientôt en Belgique : le combat accéléré contre le cancer

Selon les derniers chiffres disponibles, plus 65 000 nouveaux cas de cancer seraient détectés chaque année en Belgique.

Société

Le cancer reste la principale cause de décès en Belgique. En moyenne, plus de 65 487 cas sont détectés par an. Trois principales options sont connues pour éradiquer le cancer : la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie. Autre alternative ? La protonthérapie.

 

Chaque année, quatorze millions de personnes sont touchées par un cancer. Et selon l’Organisation Mondiale de la Santé, les statistiques devraient augmenter de 70% d’ici les vingt prochaines années. En Belgique, le cancer du poumon reste le plus meurtrier. En 2013, cette maladie causait près d’un quart des décès.

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Actuellement, la plupart des patients sont traités par radiothérapie. Malgré les importants progrès enregistrés, ce type de traitement n’est pourtant pas sans risque. Comme les rayons X atteignent la tumeur, mais traversent également certains tissus sains, la radiothérapie entraîne des effets secondaires telles que la perte des cheveux ou des troubles cardiaques.

La protonthérapie, un traitement plus précis

Depuis une dizaine d’années, la protonthérapie offre une solution aux malades : le rayonnement par protons. Ces particules chargées positivement délivrent l’énergie du faisceau dans la tumeur, au millimètre près, tout en épargnant les tissus sains qui l’entourent. Cela permet dès lors de réduire les dommage collatéraux du traitement. Le proton propulse la dose de façon spécifique : il s’arrête dans la matière selon son énergie (plus l’énergie est élevée, plus la pénétration est profonde).

Bientôt en Belgique

À l’heure actuelle, la Belgique ne dispose d’aucun centre de protonthérapie. Quand l’indication médicale nécessite vraiment cette pratique, l’Institut National d’assurance maladie-invalidité (INAMI) possède une enveloppe budgétaire pour envoyer les patients, souvent des enfants, pour qu’ils soient traités en France, en Allemagne ou en Hollande.

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Mais d’ici 2019, l’hôpital universitaire de Louvain sera doté du premier centre de traitement et de recherche en protonthérapie. Il sera construit par la société IBA, spécialiste wallon de la protonthérapie. La Région Wallonne compte aussi débloquer un budget pour implanter un second centre à Charleroi. Bémol de ce nec plus ultra ? Son prix. La protonthérapie suppose des installations lourdes et coûteuses : entre 40 à 50 millions d’euros.

La protonthérapie au service des cancers pédiatriques

La protonthérapie est principalement efficace pour les enfants atteints d’un cancer car le bombardement par protons épargne leur corps encore en développement. Outre une meilleure protection des tissus sains, l’avantage majeur est la diminution du risque de provoquer un second cancer. Cette technique est aussi indiquée pour les cancers ORL (ceux qui touchent particulièrement le layrnx et le pharynx) : les rayons de protons, précis et rapides, n’abîmeront plus les organes. À la différence des rayons X, les patients garderont toujours certaines fonctions vitales telles que la déglutition.

Grâce aux avancées dans la protonthérapie, il y aura plus de taux de succès pour éradiquer la tumeur et moins d’effets secondaires.

Pour augmenter les effets du traitement, la protonthérapie est parfois alliée avec des inibiteurs visant mieux les altérations des cellules cancéreuses. « Ces nouvelles pratiques ne sont pas une révolution du monde médical, mais plutôt une évolution positive. Certains cancers sont tellement difficiles à traiter qu’une amélioration de 10 à 20% est déjà miraculeuse. Grâce aux avancées dans la protonthérapie, il y aura plus de taux de succès pour éradiquer la tumeur et moins d’effets secondaires » décrypte Carine Michiels, responsable d’une équipe de recherche au sein de l’URBC.

Un accélérateur de particules à Namur

Au niveau de la recherche en protonthérapie, l’unique accélérateur de particules du pays se trouve à l’Université de Namur. Les recherches de l’Unité de Recherche en Biologie cellulaire (URBC) portent sur la compréhension des mécanismes de réponses des cellules en culture à différents types de « stress ».

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Un travail minutieux puisque dans une centaine de boîtes de culture, les chercheurs alimentent ces cellules pour qu’elles se multiplient en continu. Placées ensuite devant l’accélérateur de protons, appelé cyclotron, de nombreux paramètres sont à vérifier : l’énergie, la vitesse ou encore la longinité, pour comprendre comment les cellules s’adaptent.

De haut en bas : la première boîte iradiée contient encore trop de cellules cancéreuses (pointées en mauve). L’énergie envoyée sur la deuxième boîte était plus importante, le résultat est plus efficace.

La nouvelle trouvaille du centre de recherche ? Combiner la protonthérapie à la nanotechnologie : l‘ensemble des technologies manipulant tous les objets de l’ordre du nanomètre. Les chercheurs  expérimentent l’envoi de nanoparticules ciblant de manière spécifique les cellules tumorales. Cette technique pourrait éviter au patient de subir les effets secondaires que provoque la chimiothérapie traditionnelle, confirme Carine Michiels.

Une recherche collective

En matière de protonthérapie, les recherches sont sans cesse accélérées. Et Carine Michiels insiste : les progrès en protonthérapie ne peuvent se faire qu’en équipes multidisciplinaires. Narilis, l’institut de recherche qui couvre ses études, octroie à l’URBC une collaboration avec les hôpitaux du CHU UCL Namur et leurs oncologues et radiothérapeutes. Allier les connaissances de la biologie du cancer et la physique des particules permet au centre de recherche namurois une interaction ciblée avec des cas concrets, réalistes et applicables pour rencontrer les besoins médicaux.

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