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Ces lieux saccagés par Instagram

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Les escaliers de la Médina de Chefchaouen, au Maroc. | © Unsplash / Lindsey LaMont

Société

Qu’ils soient dans dans des parcs naturels ou des lieux privés, les gens n’hésitent pas à déroger les règles pour prendre la meilleure photo à publier sur Instagram. 

 

Ils étaient des havres de paix ou des endroits paisibles jusqu’à ce qu’une personne vienne y semer la pagaille, sans le vouloir. À l’heure où la course à la plus belle photo et au « like » bat son plein, notamment sur Instagram – le réseau social dédié à la photographie –, les influenceurs cherchent sans relâche de nouveaux endroits pour se mettre en scène. Quoi de mieux que de faire un tour sur Instagram pour trouver des idées ?

D’innombrables lieux sont mitraillés chaque jour pour leur beauté singulière. Mais le mieux, c’est quand même de dénicher des sites méconnus. Et quand cela se produit, alors, tout peut changer. Votre ruelle, autrefois calme et tranquille, devient une fourmilière. Votre place de lecture favorite, située à deux pas de chez vous, se transforme en une marée humaine. La faute à qui ? À cette femme qui prend la pose devant votre porte ou ce garçon accroupi près d’une rivière. Leurs photos, aimées par des centaines de milliers d’internautes, attirent inexorablement des curieux qui, à leur tour, vont partager la beauté de l’endroit sur leur compte Instagram. C’est l’effet boule de neige.

Problème : cette suractivité abîme considérablement les lieux, à tel point que certains d’entre eux ont été fermés au public. Elle entraîne également beaucoup de désarroi aux riverains qui voient leur quotidien dérangé. Voici un tour des lieux hyper populaires sur Instagram et qui cachent une piètre réalité.

Les champs de coquelicots de Lake Elsinore (Californie)

Cette commune du comté de Riverside (Californie), peuplée d’environ 50 000 habitants, a la particularité de voir fleurir ses collines de millions de coquelicots. Au printemps, des champs de fleurs à n’en plus finir se parent d’un orange si vif qu’il est possible de les distinguer sur des images satellitaires, sublime ! Mais depuis le passage d’une Instagrammeuse, des milliers de personnes sont venues faire comme elle : se prendre en photo dans les champs. La municipalité a alors décidé de fermer l’accès au sentier principal et d’installer un système de navettes payantes. Raté. Les hordes de touristes ont trouvé d’autres endroits pour garer leur voiture et entrer dans les champs de fleurs. Face à ce phénomène, beaucoup d’habitants de Lake Elsinore se sont dits excédés.

Toute la rue Crémieux de Paris

En l’espace de quatre ans, cette petite rue aux façades colorées du 12e arrondissement parisien est devenue un lieu prisé des Instagrameurs. Tournages, shootings, performances… les riverains ont droit chaque jour à de multiples spectacles. « C’est un enfer. Nous avons compté 3 000 passages en une journée et ça commence dès 6 heures du matin avec des enterrements de vie de jeune fille », a expliqué l’un d’entre eux à Télérama. Pour immortaliser ces moments, les habitants ont créé le compte Instagram Club Crémieux, qui regroupe les situations les plus loufoques. Aujourd’hui, les élus du 12e arrondissement planchent sérieusement sur le cas de la rue Crémieux. « Nous avons déjà mis des panneaux de signalisations et nous régulons les activités dans cette rue. Nous avons également fait retirer du site de l’office de tourisme et des congrès de Paris, la promotion de cette rue et nous avons demandé au comité régional du tourisme d’Ile-de-France d’en faire autant. Maintenant, nous allons étudier le stationnement des bus de tourisme et trouver des solutions pour éventuellement un contrôle d’accès », a indiqué Catherine Baratti-Elbaz la maire PS du 12e.

Lire aussi > Les habitants de cette jolie rue parisienne n’en peuvent plus des instagrammeurs

 

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L’ombre et la lumière #ruecremieux #clubcremieux

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Les poses à… Auschwitz

« Rappelez-vous que vous vous tenez sur un site où 1 million de personnes ont été tuées. » Le 20 mars dernier, le compte officiel du mémorial d’Auschwitz a appelé ses visiteurs sur Twitter à faire preuve d’un peu plus de décence lorsqu’ils se photographient et partagent leurs portraits sur les réseaux sociaux. Les photos se comptent par centaines. Sur Instagram, il suffit de rechercher via le hashtag « Auschwitz » pour tomber sur des clichés de visiteurs se mettant en scène dans le camp d’extermination nazi de manière inappropriée. Les hashtags « travel » (voyage), « lookslikefilm » (comme dans les films), « concentrationcamp » (camp de concentration) ou « photooftheday » (photo du jour) légendent les images, visiblement retouchées pour les rendre plus jolies.

 

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Les escaliers de la Médina de Chefchaouen (Maroc)

Réputée pour ses bâtiments peints en bleu, Chaouen est une petite ville au nord du Maroc qui a été rendue célèbre par Instagram. Tous les jours se répète le même scénario : des dizaines de touristes font la queue pour poser sur les marches d’un escalier de la vieille ville, où sont soigneusement accrochés divers pots de fleurs colorés.

 

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I left my heart in the blue city.

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Les sources de Huveaune (Var)

Avant, seules une quarantaine de personnes se promenaient le week-end dans la forêt de Nans-les-Pins, un petit village niché dans le Var. Mais depuis que des photos des sources voisines de l’Huveaune sont devenues virales, ce sont des milliers de personnes qui viennent voir le lieu. À tel point que la mairie a dû intervenir. Car le deuxième week-end qui a suivi la publication des photos de ces vasques naturelles constituées de calcaire, près de 300 voitures s’étaient garées sur les bas-côtés d’une départementale. La commune a alors pris un arrêté pour interdire le stationnement près du point de départ du sentier (non balisé) vers les sources. « Si ça continue, dans six mois, ces vasques n’existent plus. On a même vu des gens en maillot de bain, et certains patauger ! », a confié à 20 Minutes Pierrette Lopez, la maire de Nans-les-Pins. Mais ces cris d’alarmes n’ont, semble-t-il, pas atteints les oreilles de certains, au vu de leurs publications Instagram.

La plage d’El Hierro de l’île de Fuerteventura (Canaries)

Voici un parfait exemple pour illustrer les phénomènes de mode sur Instagram. La plage d’El Hierro de l’île de Fuerteventura n’a tout bonnement rien d’extraordinaire, si ce n’est qu’elle est composée d’algues calcaires que l’on pourrait confondre avec du pop corn. Diffusées massivement par des influenceurs, les images de la plage ont fait de ce lieu une étape incontournable pour les touristes en passage sur l’île. Mais les autorités locales avertissent les voyageurs pour éviter un drame écologique. Car, d’après «Les Echos», de nombreux touristes s’empareraient de ces algues naturelles créées suite à un long processus. 120 kilos de ces denrées auraient disparu en 2018.

 

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Pop Corn #Fuerteventura

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Le rocher de Trolltunga (Norvège)

En Norvège, le rocher de Trolltunga, qui surplombe de 700 mètres le lac du Ringedalsvatnet, attire plus de 100 000 personnes par an, contre 500 il y a 10 ans. Pour avoir sa photo au bout de ce caillou, il faut… faire la queue.

Le compte Instagram « OUR PUBLIC LANDS HATE YOU » dénonce le comportement de ces personnes qui se rendent spécialement dans ces lieux popularisés par Instagram pour publier à leur tour des images sur le réseau social. Et cela, au détriment de la « bonne santé » de l’endroit et de sa conservation.

 

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Instagram has been called “the friendliest social network ever”, and I think that accounts on this platform are accustomed to being able to post whatever they want without any critical feedback. The prettier the picture the better, no matter what laws/rules had to be broken to create it. The few people who are willing to voice their critical feedback are usually ignored, told they are just being negative, or that they need to stop policing “art”. . If you think adults deserve to be coddled, to have their hands held, or should be ignored when they repeatedly lie and break the law, there are plenty of accounts you can follow that conform to the status quo and take that approach. @publiclandshateyou isn’t one of those accounts. I call it like I see it. Is the approach here salty, sarcastic, and snarky? Yes. Is it effective? Yes, I think it is. I understand that no one is perfect. People screw up. I screw up. And that’s ok. Life is a learning process, however when the response to a harmful mistake is excuses, ignorance, and lying rather than learning and growth, there needs to be a level of accountability. Unfortunately, IG & FB have decided that preservation of our environment is not a priority and have chosen not to provide a way to report illegal/harmful actions on our public lands. That leaves it up to us, the peers of people who post harmful actions, to voice our opinions and make it known that we don’t support illegal and harmful actions on our public lands. The goal isn’t to bully, insult, or make people feel bad, but to show with polite and educational dialogue that we don’t support illegal and harmful behavior on our public lands. The goal is to change the social norms around what is acceptable on our public lands, and that change requires a lot of voices. Change never happens by following the status quo. People have to get out there and stick their heads out. Is that going to make some people uncomfortable? Yes. But our public lands don’t have their own voice, so that means people like you and I need to step up and be that voice, speak out for what we believe in. No one is going to do it for you and our public lands are not going to protect themselves.

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