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La France adopte une « charte de l’imam », huit ans après la Belgique

Il est souvent difficile pour les gouvernements de savoir exactement ce qui est prêché à l'intérieur des lieux de culte. | © PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN

Société

La France s’apprête à adopter une « charte de l’imam » afin de mieux combattre les discours radicaux dans les mosquées. En Belgique, un tel code existe depuis 2009, sous l’égide de l’exécutif des musulmans de Belgique.

 

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a annoncé mercredi l’adoption d’ »une charte de l’imam » pour aider les mosquées à mieux lutter contre les discours radicaux. À moins d’un mois de l’élection présidentielle, dans un pays marqué par plusieurs attentats djihadistes meurtriers, la mise en oeuvre de cette charte préparée de longue date vise à proclamer « l’attachement des imams de France à l’islam du juste milieu et au pacte républicain », écrit le CFCM, qui regroupe les principales fédérations musulmanes.

Les mosquées seront invitées « à faire de la signature » de cette charte « un élément essentiel à prendre en compte lors du recrutement d’un imam », ajoute le Conseil. Cette instance avait exprimé dès l’automne 2015, peu après les attentats du 13 novembre à Paris, son intention de proposer une telle charte.

©PHOTOPQR/LE TELEGRAMME – Récemment, une enquête préliminaire avait été ouverte à l’encontre de l’imam de Brest Rachid Abou Houdeyfa, qui s’était fait connaître en publiant sur internet des vidéos polémiques. Elle a été classée sans suite par le parquet.

Au-delà des « prêcheurs de haine » directement visés, le gouvernement poussait le CFCM à réagir face à la montée des discours fondamentalistes. Mais le projet n’avait pas vraiment pris forme depuis, signe de la difficulté à faire avancer le chantier d’un « islam de France » pour des responsables musulmans souvent divisés, en mal d’image et de représentativité. La mise en place dans la douleur d’un « conseil religieux » du CFCM, qui a examiné le projet de charte, a constitué un préalable indispensable.

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La France compte environ 1.800 imams – pour partie à temps partiel non rémunéré, certains itinérants – chargés de conduire la prière dans environ 2.500 mosquées et salles de prière, selon les estimations. Trois cents sont « détachés » par l’Algérie, le Maroc et la Turquie – les principaux pays d’origine des 4 à 5 millions de musulmans en France – dans le cadre d’accords entre Paris et ces pays.

Une code de déontologie belge depuis 2009

Outre-quiévrain, il existe déjà un « code de déontologie » du ministre du culte islamique, l’imam, précisé dans une charte datant de 2009. Ce code de conduite, que les représentants de culte s’engagent à suivre, précise de manière très explicite que ses déclarations se doivent de toujours respecter et encourager le « vivre ensemble » dans la société belge.

©BELGA PHOTO DIRK WAEM – Le roi Philippe et Khalid Benhaddou (droite), le président de la plateforme des imams flamands, durant un entretien de travail sur l’intégration sociale et la prévention de la radicalisation chez les jeunes musulmans, en 2015.

On y lit notamment qu’ « il veille à transmettre les principes, les valeurs et les comportements propres à l’Islam, en s’abstenant de toute forme d’endoctrinement ou d’incitation à l’endoctrinement » et que le ministre du culte islamique s’engage à s’abstenir de toute déclaration politique ou pouvant troubler l’ordre public dans le cadre de sa mission. Il doit veiller à maintenir l’ordre dans sa mosquée, contribuer à la préservation de l’ordre public et au respect des principes d’un Etat de droit ».

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Il y est enfin rappelé les risques légaux encourus par ceux qui attaqueraient directement « le gouvernement, une loi, un arrêté royal ou tout autre acte de l’autorité publique » : un emprisonnement de huit jours à trois mois et une amende pouvant aller de 26 à 500 euros.

Avec Belga

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