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La transidentité n’est (enfin) plus considérée comme une pathologie mentale par l’OMS

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La transidentité signifie le fait qu'une personne s’identifie à un genre qui n’est pas celui qui lui avait été assigné à la naissance. | © Denis LOVROVIC / AFP

Société

L’Organisation Mondiale de la Santé a retiré la transidentité de la classification des troubles mentaux. Mais le combat pour la dépathologisation des personnes trans est loin d’être fini.

Lundi 27 mai, l’assemblée de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a adopté une nouvelle version de sa Classification internationale des maladies. Et bonne nouvelle : dans la onzième version du CIM, qui entrera en vigueur en 2022, la transidentité a été retirée du chapitre sur les troubles mentaux et comportementaux. Ce qui signifie que les identités trans* sont officiellement dépathologisées. « Il a fallu beaucoup de temps pour en arriver là », commente Genres Pluriels dans un communiqué. « Aujourd’hui, nous savons qu’une dépathologisation complète peut être réalisée et le sera prochainement », poursuit l’association, confiante.

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Amélioration imparfaite

« La suppression par l’OMS du ‘trouble de l’identité de genre’ de son manuel de diagnostic aura un effet libérateur sur les personnes transgenres du monde entier », a déclaré Graeme Reid, directeur des droits des LGBT à Human Rights Watch. « Les gouvernements devraient réformer rapidement les systèmes médicaux nationaux et les lois qui exigent ce diagnostic désormais obsolète.« 

Dans cette nouvelle version du CIM, la transidentité apparait sous le nom d’« incongruence de genre » dans le chapitre « santé sexuelle ». Un terme toujours pathologisant et stimagtisant, selon Genres Pluriels. « Avec ce mot, on donne l’impression qu’il y a toujours un problème avec la transidentité. Mais le vrai problème c’est la transphobie », dénonce de son côté Clémence Zamora-Cruz, co-présidente de Transgender Europe et porte-parole d’Inter LGBT, auprès des Inrocks. Pour la militante, cette nouvelle classification dans le chapitre « santé sexuelle » pose également problème : « regarder la transidentité simplement sous le prisme sexuel exclut les questions d’accès aux soins des personnes trans. Être trans ce n’est pas juste une question de sexualité, mais une question d’identité. »

Les militants rejettent également un autre élément de la CIM-11, à savoir le diagnostic qui concerne les enfants trans pré-pubertaire. « L’incongruence doit persister pendant environ 2 ans. Le comportement déviant de genre et les préférences seules ne sont pas une base suffisante pour déterminer un diagnostic », est-il inscrit dans le manuel, allant à l’encontre de l’autodétermination des personnes trans. Les associations, dont Genres Pluriels, exigent ainsi la suppression de cette catégorie de l’« incongruence de genre dans l’enfance » et veulent assurer aux enfants trans un accès aux systèmes de soutien dont les soins de santé sont couverts.

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Et en Belgique ?

De nombreux gouvernements à travers le monde continuent en effet de considérer les personnes transgenres comme des « malades mentaux ». Le Japon, l’Espagne et la Turquie, entre autres, ont toujours besoin d’un diagnostic de santé mentale pour changer légalement leur nom ou la lettre du « sexe » sur les cartes d’identité.

En Belgique, la nouvelle loi trans* de 2017, permet aux personnes trans de modifier l’enregistrement du sexe et prénom dans leur acte de naissance sans conditions médicales et attestations de médecins dont un psychiatre. Mais cette loi pourrait encore être améliorée à bien des niveaux. En plus d’être irréversible (ce qui réprime les identités de genre fluides et non-binaire), ce texte permet notamment aux mineurs, dès l’âge de 12 ans, de changer seulement le prénom, avec l’autorisation des deux parents ou d’un représentant légal. Il faudra attendre 16 ans pour changer également le « M » ou « F », toujours avec une autoristation ainsi qu’une attestation établie par un pédopsychiatre. Le combat pour la dépathologisation et l’autodétermination des personnes trans est encore loin d’être fini.

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