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Menacés d’expulsion, des jeunes réfugiés tombent dans un étrange coma

Ce syndrome de résignation aurait touché plus de 400 jeunes réfugiés. | © AFP PHOTO/JAN D SING

Société

Mystère en Suède. Depuis le début des années 2000, des centaines de jeunes réfugiés sont tombés dans un état proche du coma après avoir appris que leur famille allait être expulsée.

« Vous devez quitter la Suède ». Ce message reçu en décembre 2015 fut un véritable coup de massue pour Georgi, jeune réfugié d’origine russe arrivé avec sa famille en Suède lorsqu’il avait cinq ans. Après plusieurs demandes d’asile refusées, le verdict devient nettement plus réel : leur expulsion est prévue pour le mois d’avril 2016. Le journal The New Yorker raconte ce qui suivit cette mauvaise nouvelle et le ressenti du jeune réfugié âgé de 13 ans.

« Georgi lut la lettre silencieusement, la laissa tomber sur le sol, monta dans sa chambre et se coucha sur son lit. Il déclara avoir l’impression que son corps se liquéfiait. Ses membres semblaient mous et poreux. Tout ce qu’il voulait faire, c’était fermer ses yeux. Rien qu’avaler exigeait un effort qu’il ne pouvait rassembler. Il sentit une profonde pression dans son cerveau et dans ses oreilles. Il se tourna vers le mur et le frappa avec son poing ». S’en suivent plusieurs jours pendant lesquels Georgi ne bouge pas, ne mange pas, ne parle pas. Il semble plongé dans un étrange coma, inconscient tout en ayant ses réflexes intacts et son pouls normal.

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Syndrome de résignation

Ce que subit cet adolescent, des centaines d’autres jeunes réfugiés l’ont vécu en Suède depuis le début des années 2000. Les médecins évoquent un syndrome de résignation, une maladie qui existerait uniquement dans ce pays scandinave, chez les réfugiés. « Les patients n’ont aucune maladie physique ou neurologique sous-jacente, mais ils semblent avoir perdu la volonté de vivre », écrit la journaiste. Selon la médecin de Georgi, ce coma est « une forme de protection », les comparant à Blanche-Neige.

En 2005, on comptait déjà plus de 400 enfants atteints de ce syndrome. Presque tous ces enfants « sans tonus (…) pas réactifs aux stimuli extérieurs ou à la douleur », âgés de 8 à 15 ans, viennent de l’ex-URSS et de l’ex-Yougoslavie. Certains d’entre eux ont même été expulsés malgré leur état alarmant. Une situation qui ne se produit plus depuis 2005. Après de vagues protestations et une pétition signée par 160.000 citoyens, le gouvernement suédois a interdit l’expulsion forcée de ces enfants apathiques.

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« Effrayés à mort »

Ces réfugiés ne sont pas les premiers à connaître de tels phénomènes mystérieux. Des réfugiés laotiens, en bonne santé, pleuraient dans leur lit et ne se réveillaient pas. Ceci s’est produit dans les années 80 aux États-Unis. « Les docteurs avaient conclu que leurs cauchemars les avaient en quelque sorte effrayés à mort, rapporte Slate. Au même moment, en Californie, 150 femmes cambodgiennes qui avaient vu des membres de leurs familles torturés sous le régime de Pol Pot, sont devenues aveugles. Les enfants apathiques incarnent des blessures psychiques de manière également littérale : ils se sentent complètement impuissants, et ils deviennent complètement impuissants ».

Un traitement efficace

Dans un manuel publié en 2013, un comité officiel de médecins explique que le traitement le plus efficace pour guérir les enfants apathiques est l’obtention de l’asile. « Si le garçon obtient la sécurité de pouvoir vivre dans son pays d’accueil, le pronostic est bon et il pourra aller mieux au bout d’un an. Mais s’il n’a aucun sentiment de sécurité, il ne se réveillera pas, peu importe le pays où il se trouve ».

Deux semaines après que sa famille a obtenu le droit de rester en Suède, Georgi a ouvert les yeux. Il revient sur ce qu’il a ressenti avant son coma : il avait l’impression qu’ils auraient dû essayer davantage de convaincre le ministère des Migrations qu’ils appartenaient à la Suède. « Le seul pays que je connais, le seul pays dans lequel je peux avoir une vie, est ici en Suède ». Durant les six mois passés dans cet état proche du coma, le jeune garçon se sentait comme « dans une boîte de verre aux murs fragiles, tout au fond de l’océan ». S’il parlait ou bougeait, il pensait qu’il causerait une vibration et casserait ce verre. « L’eau aurait pu rentrer et me tuer », confie-t-il. « Lentement, après quelques semaines ou un mois, j’ai compris que ce n’était pas réel ».

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