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La cour suprême du Brésil criminalise l’homophobie et la transphobie

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Pendant la Gay Pride de Rio de Janeiro, le 30 septembre 2018. | © Mauro Pimentel / AFP

Société

La cour suprême du Brésil a décidé de criminaliser l’homophobie, une mesure importante pour les minorités sexuelles d’un des pays qui comptent le plus grand nombre d’assassinats de personnes LGBT.

 

Le 23 mai dernier, une majorité de juges de la Cour suprême – six sur 11 – s’était déjà prononcée pour la classification de l’homophobie et de la transphobie comme crimes spécifiques. Ce jeudi, la plus haute instance du pouvoir judiciaire brésilien a finalement décidé – par 8 voix contre 3 – de criminaliser l’homophobie, décrétée comme étant équivalente au délit de racisme, en attendant que le Congrès – actuellement à majorité conservatrice et sous forte influence des églises évangéliques – élabore une loi spécifique pour réprimer ce type de discrimination.

387 meurtres et 58 suicides dus à l’homotransphobie

« Tout préjugé est une violence », a déclaré Carmen Luzia, juge au STF, pour expliquer son vote favorable. « Toute discrimination est une cause de souffrance », mais « certains préjugés causent plus de souffrances que d’autres, parce que ce sont des blessures qui frappent la personne dans son foyer, qui séparent les parents des enfants, [qui séparent] les frères, les amis, pour le simple fait de tenter de vivre quelque chose qui se présente comme naturel », a dit cette juge.

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Selon l’ONG Grupo Gay da Bahia (GGB), qui collecte des statistiques nationales depuis quatre décennies, il y a eu en 2017 au Brésil 387 meurtres et 58 suicides dus à ce que l’association appelle « homotransphobie », c’est à dire les sentiments négatifs envers les homosexuels ou envers les transsexuels. Les chiffres donnés par GGB sont de 30% supérieurs à ceux de 2016. Ils impliquent la mort par meurtre ou suicide d’une personne LGBT toutes les 19 heures au Brésil.

Le Botswana, l’exemple africain

À l’heure où le Tribunal fédéral suprême (STF) brésilien prend cette décision, allant à l’encontre de la position du président Jair Bolsonaro, la justice du Botswana vient de dépénaliser l’homosexualité après avoir considéré comme illégales les relations entre personnes LGBTQ pendant plus de 50 ans. Ce mardi 11 juin, la Haute Cour du pays s’est prononcée sur ce sujet sensible, sur requête d’une personne anonyme qui contestait le code pénal, rapporte l’AFP. Les clauses du code pénal du Botswana relatives aux relations entre personnes du même sexe « sont annulées », a déclaré le juge Michael Leburu et d’ajouter : « La justice ordonne que les lois soient amendées ».

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Saluée par les défenseurs de la cause LGBTQ, la décision du Botswana était attendue depuis longtemps sur le continent africain où l’homosexualité reste illégale dans plus de la moitié des pays subsahariens. Ce jugement est « un signal revigorant pour la dignité humaine, la vie privée et l’égalité, a réagi Neela Ghoshal de l’organisation Human Rights Watch (HRW). « Ce n’est pas seulement une victoire pour le Botswana, mais aussi une victoire pour toute l’Afrique », a déclaré Neela Ghoshal, chercheuse auprès de la division LGBTQ de l’ONG à France 24. À l’heure actuelle, seule l’Afrique du Sud reconnaît l’homosexualité ainsi que le mariage entre deux personnes de même sexe. En Mauritanie, au Soudan et au Nigeria, les les relations entre personnes du même sexe sont encore passibles de la peine de mort.

 

Avec Belga

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