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Suisse : En pleine grève des femmes, Le Temps sort un journal « un peu spécial » (et on applaudit)

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Des femmes manifestent dans les rues de Lausanne ce 14 juin 2019, jour de grève nationale. | © FABRICE COFFRINI / AFP

Société

Ce vendredi, les femmes sont appelées à la grève nationale en Suisse. L’occasion, pour la rédaction du quotidien Le Temps, de faire passer un message fort à ses lecteurs.

« Plus de temps, plus d’argent et du respect. » En ce jour de grève nationale en Suisse, les femmes ont trouvé leur mot d’ordre. Portée par de nombreuses associations et syndicats qui appellent les femmes à ne pas se rendre au travail ou participer aux tâches ménagères ce vendredi, cette mobilisation vise à mettre en lumière les inégalités ainsi qu’à dénoncer les injustices et les violences à l’égard des femmes.

Dans leurs revendications, les associations féministes et les grévistes réclament : « un salaire égal pour un travail égal, du temps pour nous former, et des perspectives professionnelles » ainsi qu’une « meilleure conciliation entre travail et vie privée ». À l’heure où la moitié du pays manifeste dans les rues de Lausanne, Bâle, Neuchâtel ou encore Fribourg, les rédactions locales s’activent pour suivre l’événement en continu. Et si la tour Roche – le plus haut bâtiment de Suisse – a projeté sur sa façade le logo de la grève en guise de soutien, le quotidien Le Temps s’est lui-aussi joint au mouvement.

Un journal « aux côtés des femmes »

« Nous ne sommes pas le ‘journal de la grève des femmes’. Mais c’est un journal aux côtés des femmes en grève que nous allons vous proposer », écrit le quotidien suisse annonçant la publication de « trois éditions hors du commun » en cette fin de semaine. Près de 30 ans après la première grève féministe de l’histoire du pays – le 14 juin 1991, près d’un millions de personnes sont attendues dans la rue pour réclamer l’égalité des sexes et combattre le sexisme, le harcèlement et les violences domestiques. Pour l’occasion, Le Temps a souhaité illustrer cette journée historique par un choix éditorial poignant et particulièrement réussi.

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« Vendredi, nous tâcherons de refléter sur le web et dans nos éditions papier l’importance du poids des femmes au journal grâce à une mise en scène qui devrait marquer les esprits », indique le journal. La rédaction a ainsi remplacé tous les articles censés être rédigés par des journalistes (en grève) avec des contenus vierges. « Ici devrait se trouver un article de Rachel Richterich » ou « Ici devrait s’animer une vidéo d’Isabelle Boudjkhi », peut-on lire sur le site du quotidien édité à Lausanne. Une belle manière « d’illustrer l’importance des femmes dans les équipes, de la rédaction à la correction », poursuit-il. « Les femmes représentent 40% de l’effectif du Temps, tous services confondus », explique-t-on en cliquant sur ces « articles vides », accompagnés de chiffres ou autres faits concernant les différentes rubriques. « L’actualité suisse est couverte par 12 personnes, dont cinq femmes. Voilà pourquoi il manque quelque chose dans cet article, sa substance… », peut-on lire en guise d’exemple.

Chapeau bas

Dans un article intitulé « Un média sans elles », le journal suisse écrit : « La grève des femmes arrivant, et nombre de femmes dans cette rédaction ayant annoncé qu’elles défileraient ce 14 juin, l’idée d’un numéro qui vous raconterait leur absence est née. » Avec cette édition spéciale sous des airs de manifeste, la rédaction du quotidien s’engage plus que jamais en faveur de l’égalité. « On commence à comprendre que le féminisme n’est pas la vilaine chose que l’on désigne par le vilain mot d’antihominisme, mais bien la collaboration féconde et harmonieuse de ceux et de celles qui, parce qu’ils sont égaux et parce qu’ils sont différents, parviendront seulement ainsi à réaliser l’œuvre parfaite », conclut-elle. Une démarche indispensable qui, entre confrères, ne peut qu’être saluée.

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