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Expérimentation et souffrance animale : 3 choses à savoir sur le scandale des vaches à hublot

vaches à hublot

Image d'illustration. | © Unsplash

Société

Avec de nouvelles images choc, l’association L214 dénonce la pose de hublots sur l’estomac de vaches dans un centre de recherche en nutrition animale et lance une pétition pour faire cesser cette pratique.

Les images font scandale. Diffusées par l’association L214, elles dévoilent une scène digne d’un film d’horreur. Des vaches enfermées et dont l’estomac a été perforé par un hublot ; c’est le triste spectacle filmé par les caméras de l’association de défense des animaux au sein d’un centre de recherche en nutrition animale en France.

Dans cet élevage expérimental de Sourches, dans le département de la Sarthe, « on a percé un trou dans l’estomac des vaches », explique le présentateur Nagui dans une vidéo partagée sur YouTube. « Régulièrement des employés viennent ouvrir le hublot pour y déposer des échantillons d’aliments ou faire des prélèvements », poursuit-il, alertant sur les conditions de vie « déplorables » des animaux étudiés dans ce centre de recherche, qui comprend également des poules, des lapins ou encore des cochons.

Attention : les images peuvent heurter.

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« Horreur », « cauchemar » : les images font aussitôt réagir le grand public, choqué par une pratique jugée « terrifiante » et « abominable ». Alors que l’association L214 a déjà lancé une pétition pour faire cesser ce type d’expérimentations et porté plainte contre l’entreprise qui gère le laboratoire, on fait le point sur les 3 choses à retenir de ce nouveau scandale.

Une « mutilation » au service de la recherche

À quoi servent donc les hublots situés sur le flanc perforé des vaches ? Comme l’explique Nagui sur les images filmées entre entre février et mai dernier, « les vaches sont fistulées – leur estomac est perforé d’un trou de 15 cm de diamètre – pour étudier leur digestion ». Par ce hublot, détaille L214 auprès de Franceinfo, « on va déposer des sachets à l’intérieur des estomacs, dans la panse des vaches, de façon à voir comment la nourriture se dégrade, à quelle vitesse va la digestion, etc. C’est vraiment l’étude de la digestion avec un accès direct dans l’estomac ». « Le but, c’est de les rendre les plus productifs possibles, quels que soient les risques pour leur santé », commente Nagui au nom de l’association qui dénonce une « mutilation » et réclame l’interdiction de ce type de recherches.

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De leur côté, le groupe Avril – l’entreprise qui gère le laboratoire – ainsi que l’Institut national de recherche agronomique (Inra) précisent que ces expérimentations sont nécessaires à la recherche animale. « Cette analyse est essentielle à de nombreux progrès en élevage et permet notamment d’améliorer la santé digestive de millions d’animaux, de réduire l’usage d’antibiotiques en élevage et de réduire les émissions de nitrates et de méthane liées à l’élevage », indique l’entreprise. Utilisé « sur six vaches », ajoute-t-elle, ce procédé « fait l’objet de recherches devant permettre la mise en place de pratiques alternatives ».

Une pratique répandue…

Du jamais vu, se dit-on en découvrant ces images difficilement soutenables. Pourtant, rappelle le groupe Avril et l’Inra, le procédé n’est pas nouveau. Il a même été utilisé de longue date sur une trentaine de vaches en France, mais aussi en Belgique, représentant « à l’heure actuelle l’unique solution permettant d’étudier la digestion des protéines végétales », indique Avril dans un communiqué. N’empêche que de telles pratiques demeurent quasi inconnues du grand public. « Les canules [ou hublots] sont impressionnantes vu de l’extérieur, mais pour nous vétérinaires, c’est très fréquent d’utiliser cette technique pour traiter des vaches qui ont des problèmes digestifs », explique au Monde Bérénice Senez, vétérinaire dans l’Ardèche. Vivement critiquée, cette pratique viserait toutefois (dans certains cas) à améliorer la santé des vaches, assurent les experts. Car finalement, souffrent-elles vraiment ?

… et douloureuse ?

À la découverte des images, difficile d’envisager que les vaches à hublot ne souffrent pas. À la suite d’une intervention chirurgicale, accompagnée d’antidouleurs et d’antalgiques, les bêtes vivent avec un estomac béant, fermé par une sorte de couvercle et régulièrement manié par les employés du laboratoire. Rien de très confortable, peut-on s’imaginer. Or, comme l’assure Avril, le procédé « s’accompagne d’un suivi vétérinaire extrêmement rigoureux », afin d’éviter que l’animal ne souffre. « Une fois que la canule est installée, l’animal ne souffre plus parce que sinon, il ne serait pas en conditions normales et l’expérimentation n’aurait donc aucun intérêt », ajoute de son côté le député de la Creuse auprès de Franceinfo. « Le but de ces canules, c’est de voir le fonctionnement du rumen en situation normale. Or, une vache qui est en situation de stress ou de mal-être ne rumine pas », conclut-il. D’autres dénoncent cependant des risques d’inconforts digestifs ou d’infections de la plaie bien que cicatrisée, tout comme L214 qui reproche aux laboratoires de n’avoir « aucune considération pour leur santé et leur bien-être ».

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