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Les smartphones vont-ils faire de nous des monstres à cornes ?

cornes smartphones

Pas tout à fait. | © Unsplash / Mallory Johndrow

Société

Une étude australienne affirme que certains jeunes développent déjà des cornes à la base de leur crâne. En cause, l’usage excessif des smartphones.

On a failli croire à une blague en lisant la presse anglophone ce matin. « Les jeunes ont des cornes qui poussent à cause des téléphones portables », lâche le New York Post, image radiologique à l’appui. Avoir un pouce plus gros que l’autre à force de tapoter sur nos smartphones, passe encore. Mais des cornes, vraiment ?

L’information nous vient tout droit d’Australie, où des chercheurs viennent de mettre en lumière un étrange phénomène de l’évolution. D’après deux chercheurs de l’Université du Sunshine State dans le Queensland, certains jeunes âgés de 18 à 30 ans développeraient déjà une sorte de corne à la base – heureusement, pas au-dessus – de leur crâne, non loin de la nuque. Une corne parfois si grosse qu’on peut la voir et la sentir à travers la peau.

Technologies démoniaques

Observées pour la première fois en 1885, ces pointes osseuses que les scientifiques appellent « protubérance occipitale externe élargie » (EEOP) est une anomalie due à une posture bien spécifique, observée habituellement chez les personnes âgées : la tête penchée en avant. Mais d’après une nouvelle étude, le phénomène ferait progressivement son apparition sur les crânes des jeunes générations, la tête penchée… sur leurs smartphones. Publiée dans le Scientific Reports en février 2018, l’étude avance qu’à force d’avoir le cou incurvé, beaucoup de jeunes se plaignent de douleurs à la nuque ainsi qu’aux cervicales. Maintenir cette position longtemps et de façon répétitive exerce une pression supplémentaire au niveau des muscles de la nuque, estiment les scientifiques David Shahar et Mark G. L. Sayers. Afin de pouvoir soutenir suffisamment la tête, le corps compense donc en développant un nouvel os dont la fonction est de rééquilibrer le poids du crâne.

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Dans le cadre de leurs recherches, Shahar et Sayers ont étudié 1 200 personnes âgées de 18 à 86 ans et découvert que 33% d’entre elles possédaient une protubérance osseuse à l’arrière du crâne. Fait nouveau : l’anomalie concernait principalement les jeunes de 18 à 29 ans, rejetant naturellement la faute sur les nouvelles technologies. « Nous en sommes venus à l’hypothèse que ce phénomène puisse être lié à une posture exagérée et soutenue, associée à l’émergence et l’utilisation toujours plus importante de technologies que l’on tient en main, comme les smartphones ou les tablettes », expliquent-ils.

Scientific Repost
Image illustrant « protubérance occipitale externe élargie » (EEOP). © Scientific Reports

Incertitudes et contradictions

À priori sans danger, ces saillies osseuses peuvent toutefois susciter l’inquiétude. Surtout quand les scientifiques brouillent quelque peu les pistes. Comme l’ont souligné plusieurs médias dont The Guardian, rien ne peut prouver que les nouveaux engins électroniques sont la véritable cause de cette transformation du crâne humain. « Cette étude ne prouve en rien que les téléphones portables sont à l’origine du problème », écrit le journal britannique, pointant du doigt plusieurs contradictions dans l’étude. « Leurs données montrent sur un graphique que les hommes développent des cornes moins grosses que les femmes, mais indiquent le contraire dans le texte« , poursuit-on.

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Aussi, comme l’indique Forbes, la découverte de Shahar et Sayers n’a rien d’un scoop pour les bioarchéologues et paléoanthropologues qui étudient les ossements humains anciens, sur lesquels une zone plus large et rugueuse à l’arrière du crâne est connue depuis des siècles. À aucun moment, l’étude ne mentionne ce détail, souligne le magazine américain. « Les technologies démoniaques feront-elles de nos enfants des démons ? Non », conclut-il. Mais si vous avez mal au cou après des heures passées sur votre tablette, pensez à reposer votre tête sur un oreiller. Car s’ils ne feront probablement pas de nous des monstres à cornes, les smartphones peuvent avoir certaines répercussions physiologiques, telles que des problèmes de dos ou des maux de tête, liés aux cervicales. Outre la posture, les yeux et même la santé mentale souffrent de l’utilisation excessive des smartphones. Cornes ou pas, la vigilance est donc de mise.

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