Paris Match Belgique

L’École-à-vivre : Quand l’enseignement allie bienveillance et exigence

Ecole à vivre

L'Ecole à vivre, dans le cadre verdoyant du Château de Taravisée, près de Floreffe. | © Thibault Sartori

Société

Marre de voir votre enfant aller à l’école en trainant les pieds ? Ce dimanche 30 juin, les parents soucieux d’offrir un développement différent, plus adapté et moins individualiste à leur progéniture sont invités à découvrir une toute nouvelle école en Wallonie : l’École-à-vivre. Un projet pédagogique tout à fait novateur.

L’année scolaire a touché à sa fin. Pour les enfants, c’est le début des vacances. Pour leurs parents, c’est l’heure du bilan. Après avoir reçu un bulletin rassurant, mitigé ou catastrophique, il est temps pour certains de se demander si l’enseignement classique est adapté à leur progéniture. Trop rapide (ou trop lent), ce système scolaire ne convient certes pas à tout le monde. C’est normal : dans des classes surpeuplées, le corps enseignant peine à mettre en place des éléments de différenciation pédagogique.

L’aspect personnel passe alors à la trappe. Mais heureusement, il est rattrapé par d’autres écoles dont une nouvelle sur laquelle la Belgique devra compter dès la rentrée prochaine. Nichée dans le cadre verdoyant du château de Taravisée, à proximité de Namur, l’École-à-vivre propose une pédagogie alternative, respectueuse des rythmes de chacun tout en visant l’excellence. Pour cela, l’école qui formera des jeunes depuis la cinquième primaire jusqu’à la rhéto présente la particularité de répartir ses classes non pas selon l’âge, mais « en fonction des connaissances et des capacités d’abstraction de l’enfant dans chacune des matières », explique sa directrice Isabelle Delcroix. Cette démarche permet ainsi de casser une homogénéité perpétuelle et de jouer sur la qualité de leur apprentissage. « Je comprends tout à fait que ce ne soit pas possible dans une école classique, avec des grands groupes. Humainement ce n’est pas possible », souligne l’initiatrice de l’École-à-vivre, précisant que les groupes seront constitués de quatorze élèves maximum.

Docteure en philosophie, Isabelle Delcroix souhaite ouvrir une école depuis ses 17 ans, après avoir notamment remarqué les difficultés scolaires de son frère Karl alors qu’ils ont eu les mêmes professeurs. Vingt ans plus tard, nous y sommes. Pédagogue tout-terrain, elle a pu mettre en place ce projet tout à fait novateur grâce à l’enseignement reçu de tous les élèves et étudiants qu’elle a accompagnés lors de ces quinze dernières années.

Collaboration et exigence

En plus de la répartition des groupes-classes qui peut varier durant l’année, ce « projet d’une vie » fonctionne selon le principe inédit de collaboration dynamique. « Ce qui est très différent des écoles actives », précise Isabelle Delcroix. Dans cette perspective, l’enfant plus avancé dans sa compréhension du cours sera amené, pendant celui-ci, à développer des alternatives et trouver des solutions pour amener l’ensemble du groupe à intégrer la matière. « Plutôt que faire ses devoirs qui est un repli individualiste, l’enfant met ainsi la rapidité de son intelligence au service de l’avancement du groupe », explique la directrice.

Lire aussi > En Inde, le bonheur s’apprend à l’école

école à vivre
Apolline a dessiné sa prochaine école. © Facebook École-à-vivre

Selon l’approche de l’École-à-vivre, un cours n’est pas un professeur qui donne et des élèves qui reçoivent, « c’est la rencontre des deux ». Afin de s’adapter constamment au groupe et à l’élève, l’enseignant doit être créatif et s’appuyer non pas sur une, mais des méthodes, venant autant de l’enseignement classique que des pédagogies actives. Les élèves pourront ainsi suivre un cours de biologie lors d’une balade en forêt, si le temps le permet, ou un cours d’histoire de manière traditionnelle pour autant que le professeur arrive à la faire visualiser.

Si cet enseignement alternatif propose une grande flexibilité due à l’attention portée à chaque enfant, Isabelle Delcroix insiste : « ce n’est pas un enseignement souple. L’exigence est maintenue. Elle est même plus grande, je pense, que dans la plupart des enseignements classiques. Le souhait ici est d’associer exigence et bienveillance ». Son objectif sous-jacent étant de faire de ses élèves des jeunes adultes qui sont prêts à affronter des études supérieures et qui vont pouvoir occuper une place dans le monde de demain. Serait-il enfin possible qu’en sortant des secondaires l’élève sache quel type d’étude il souhaite entreprendre et surtout pourquoi ?

Lire aussi > École 19 : Quand la programmation casse les codes

Pour qui ?

Isabelle Delcroix tient également à souligner que « ce n’est pas une école exclusivement réservée aux dyslexiques, aux enfants à haut potentiel et ceux présentant un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité ». L’École-à-vivre s’adresse aussi aux enfants dont les parents veulent simplement leur donner un développement différent.

Ecole à vivre
Isabelle Delcroix © DR

Le chef du restaurant doublement étoilé bruxellois Bon Bon, Christophe Hardiquest, a bien compris le message puisqu’il y a inscrit ses deux enfants. Le chef a été sensible à cette conception alternative de l’apprentissage qui rentre fortement en résonance avec son propre fonctionnement en cuisine : asymétrique, mais pas hiérarchique, ce qui est peu fréquent dans l’horeca. « Pour l’école, nous avons pour souci commun d’installer une cuisine de qualité, qui s’inscrit dans une dynamique environnementale à la fois locale, raisonnée et biologique, et dans la volonté d’une cuisine familiale », explique Isabelle Delcroix. Le chef qui a notamment fait don de deux fours a même proposé de coacher personnellement le cuisinier qui s’en chargera et dont la directrice est toujours à la recherche.

Actuellement non subventionnée par la Communauté française, l’École-à-vivre, une ASBL porteuse d’un projet-pilote, doit fonctionner pour son démarrage avec un minerval. Une méthode qui pourrait freiner certains parents. Mais contrairement à d’autres écoles privées, elle propose deux tarifs, un normal à 11 500 €/an, et un réduit à 7500 €/an. « Même en tarif normal, on est à la moitié ou au tiers du prix d’une école privée normale, sans pédagogie alternative », souligne Isabelle Delcroix qui fait tout pour rendre son école accessible. « Ce n’est pas évident de ne pas pouvoir accueillir toux ceux qui en ont besoin. Mais, en l’état actuel des choses, si l’on veut pouvoir mettre en place un tel projet sans attendre 10 ans encore, on a sommes toutes trois possibilités : être soi-même richissime, demander un minerval ou avoir un mécène ». La première possibilité n’étant pas d’actualité, les éventuelles candidatures sont ouvertes pour la dernière.

 

Publiée par Ecole-à-vivre sur Vendredi 14 juin 2019

Malgré ses craintes quant au montant du minerval, Isabelle Delcroix dit n’avoir reçu jusqu’à présent que des critiques positives. « Même les parents qui ne peuvent malheureusement pas se permettre de payer le minerval se rendent compte qu’il a été calculé avec beaucoup de justesse et sont confiants quant à la réelle possibilité que le modèle pédagogique soit reconnu dans deux ou trois ans. » Ce qui offrira des subventions et donc diminuera drastiquement le minerval.

Ne plus diviser l’école de la vie

Les parents doivent également être conscients que ce dernier prend en compte des journées plus longues que l’enseignement classique : de 8h30 à 18h30, mercredi y compris. À première vue, cette durée semble lourde pour l’enfant, mais cela intègre également plusieurs heures d’étude qui pourront varier en fonction de chaque enfant. Sans devoir à la maison, les parents retrouvent ainsi un temps avec leur enfant qui n’est pas dédié à son accompagnement scolaire, souligne Isabelle Delcroix. « Toutes les activités qui sont vues généralement comme parascolaires » sont également comprises dans ces journées qui sont plus longues « sans être pesantes puisque ce qu’on y fait nous nourrit ».

Pour la directrice, l’organisation habituelle – cours, puis loisirs – « renforce cette division entre l’école et le moment où je m’éclate ». Avec son École-à-vivre, elle veut cesser de distinguer l’école de la vie. « Dans les deux milieux, on apprend ». Son objectif est alors de retrouver, pour l’enfant, un plaisir d’aller à l’école, mais aussi pour les professeurs d’enseigner et d’apprendre.

école à vivre
L’École-à-vivre offre également une formule en internat. © Thibault Sartori

Dernière ligne droite

Tandis que les élèves commencent seulement leurs vacances, Isabelle Delcroix pense déjà depuis longtemps à la prochaine rentrée scolaire. Si le lieu n’a pas été facile à trouver, elle admet que le plus difficile reste la période qu’elle vit pour le moment. « On a besoin d’aide de partout », confie la directrice qui remercie déjà toutes les personnes qui ont contribué à la consécration de son rêve. Heureusement, elle peut compter sur une équipe motivée, dont font partie Thibault, professeur doublement diplômé en astrophysique et en théâtre, ainsi que Patrick. Ce dernier, déjà débordé, n’a pas besoin d’un travail supplémentaire. Mais il vient prêter main-forte à Isabelle car il est tout simplement « heureux de participer à un projet qui [lui] redonne confiance en l’avenir des plus jeunes ».

CIM Internet