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« Femmes indignes » sur Facebook : Un énième groupe misogyne dans le viseur de la justice française

femmes indignes

Image d'illustration. | © Unsplash/Glen Carrie

Société

Sur le groupe secret intitulé « Femmes indignes résurrection 6.0 », des milliers d’hommes se partageaient des photos de femmes et de jeunes filles dénudées, sans leur consentement, accompagnées de commentaires humiliants, injurieux et misogynes et d’incitations à la violence envers les femmes, systématiquement qualifiées de « LV » pour « lave-verge » ou « lave-vaisselle ».

Ils ne parlent pas de femmes, mais de « chiennes », de « salopes, de « trous » ou encore de « LV » pour « lave-verge » ou « lave-vaisselle ». Ces propos misogynes et violents circulaient dans un groupe Facebook secret réunissant 56 000 hommes au début 2017. Intitulé « Femmes indignes résurrection 6.0 », ce groupe interdit aux femmes avait pour but de les insulter et de les humilier. Leur passe-temps favori consistait à partager des photos de femmes, ou de jeunes filles, dénudées. Souvent prises de dos, pendant un acte sexuel, sans le consentement de celles qui y figuraient. Dans les commentaires, des propos misogynes, humiliants, des incitations à la violence contre les femmes, réduites à des objets sexuels ou ménagers. Écoeurant.

Dans les captures d’écran diffusées par 20 Minutes, des hommes rivalisent de vulgarité et de haine sous ces images intimes, souvent jusqu’à l’appel au viol. « Les traces de ceinture que ça mérite un cul pareil putain », écrit par exemple l’un d’eux. « C’est quoi le point commun entre une LV et la loi ? Dans les deux cas, c’est plus simple de les violer que de les respecter », lance un autre. Sous une image de femme victime de violences physiques, les félicitations sont de rigueur : « l’œuvre d’un grand dresseur de LV ça »,  « LV corrigée bien comme il faut », « on ne peut qu’applaudir une si belle démonstration de dressage ».

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Dans une conservation par SMS, capturée et publiée, un des membres du groupe demande à une jeune fille de lui envoyer une photo d’elle. « J’ai 12 ans monsieur », répond l’interlocutrice. Ce à quoi l’homme réplique : « Pas grave coquine, un trou c’est un trou ».

Une enquête en cours

Le groupe secret a été supprimé par Facebook après de nombreux signalements. « Le groupe secret ne respectait pas nos standards de la communauté en matière de nudité et de pornographie », avance un responsable du réseau social auprès du site français. Aucun commentaire donc sur le caractère volé des photographies publiées ou sur la violence des propos tenus par les membres. Aujourd’hui, ce « cercle » privé est dans le viseur de la justice française, rapporte 20 Minutes.

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© Unsplash/Tyler Franta

Une première plainte avait été déposée en novembre 2017 par le Collectif féministe français contre le viol pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » et « mise en péril de mineurs ». Classée sans suite en février 2018. Persévérante, l’association avait déposé une deuxième plainte, un mois plus tard, cette fois pour « provocation à la haine ou à la violence en raison du sexe » et « injure publique en raison du sexe ».

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Le parquet de Paris ouvre alors une enquête qu’il confie à la brigade de répression de la délinquance sur la personne (BRDP) de la police judiciaire. Mais les policiers se heurtent à l’opacité de Facebook. Le réseau social refuse de communiquer l’identité des administrateurs et des membres les plus actifs. « C’est toujours un peu difficile », confie une source proche du dossier à 20 Minutes. « La plateforme ne s’est pas manifestée de façon positive. On se heurte au fait que le site soit régi par le droit américain ». Mais la donne pourrait changer. Le 25 juin dernier, le secrétaire d’Etat au numérique Cédric O a annoncé que Facebook s’engagerait désormais à fournir les adresses IP lorsqu’elles seront demandées par des magistrats français, y compris dans des dossiers liés aux cyberviolences.

Autre difficulté rencontrée dans ce dossier, la notion d’injure « publique » visée par la plainte, le groupe étant secret et accessible uniquement aux membres acceptés par les administrateurs. Pour l’une des avocates du collectif, Marine Duponcheel, « à partir du moment où ce groupe compte 56 000 membres qu’aucune communauté d’intérêts ne lie entre elles en dehors d’appartenir tous au sexe masculin, le caractère public des propos devrait être reconnu ».

Groupes immortels

Même si l’enquête débouchait sur une condamnation, rien n’empêcherait le groupe de se reformer sous un autre nom ou sur un autre réseau social. « Ils se recréent systématiquement, soupire l’avocat Eric Deprez. On le voit d’ailleurs avec le chiffre accolé au nom du groupe visé par la plainte, ‘6.0’, et le mot ‘résurrection’ qui sous-entend qu’il a été fermé à plusieurs reprises et recréé dans la foulée ». Sur Twitter, un compte créé en 2013 et repéré par le site français porte le même nom que le groupe Facebook. En description, on peut lire : « Elles ont une machine à laver et un lave vaisselle, et elles trouvent encore le moyen de nous casser les co*illes ! Toutes des bitchies. »

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Les groupes sexistes ne manquent pas sur les réseaux sociaux. Il y a deux ans, la révélation d’un groupe belge francophone similaire intitulé « Babylone 2.0 » avait suscité l’indignation. Face à la disparition de leur groupe fétiche, certains hommes s’étaient réfugiés à l’époque sur un autre « cercle » sexiste intitulé « Garde la pêche » ou, sa variante, « Partage ta Pêche maison », dont le but était de partager des images de femmes nues, sans leur consentement. Malgré le scandale qu’il avait déclenché, aucune plainte n’avait été déposée et les groupes simplement fermés par Facebook.

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