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Rencontre avec le roi de l’évasion François Besse : « Je vais sauter le mur et me suicider socialement »

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Le célèbre gangster s’est échappé à sept reprises de l’univers carcéral. Dans son livre Cavales, il revient sur une vie de traques et de fuites.

 

La chronique judiciaire s’entête à retenir que François Besse a passé près de vingt ans derrière des barreaux. Qu’il s’est évadé à sept reprises de manière spectaculaire pour ensuite cavaler et faire cavaler toutes les polices à travers l’Europe et le Maghreb où il a un temps trouvé refuge. Ses braquages audacieux et son compagnonnage avec «l’ennemi public numéro un», Jacques Mesrine, achèvent d’écrire sa légende.

Mais l’histoire que nous raconte François Besse dans Cavales ne réside pas seulement dans ses mémoires de gangster. Il revient sur les pas de son enfance, du côté de Cognac où il a grandi dans la France d’après-guerre. C’est là que ce fils de réfugié espagnol antifranquiste a forgé son goût pour l’aventure en même temps qu’il s’est très tôt épris de justice et de liberté. Il raconte ensuite ce que fut le grand basculement de son existence, l’épisode qui l’a conduit à s’affranchir définitivement de tous ses devoirs citoyens envers la République qui trahissait alors sa devise d’égalité.

Il est ici question de son arrestation pour des faits auxquels il n’avait pas pris part. De la torture infligée par un ancien d’Algérie, bourreau immunisé par sa carte de flic. Des aveux extorqués par sa fausse signature au bas d’un P.V. d’audition. De la surdité des juges qui le condamneront à sept ans de réclusion criminelle sans autre forme que celle d’un procès expéditif. Déni de justice que plus jamais Besse n’écrira avec un «J» majuscule.

À 26 ans, il entre en rébellion

©DRVient alors la suite, c’est-à-dire une vie entière d’homme traqué. Il n’a de cesse de fuir, qu’il soit hors les murs ou prisonniers de ceux-ci. En détention, les livres qu’il dévore le sauvent de tout: de l’enfermement qui rétrécit l’espace physique et mental du taulard, du QHS qui l’abrutit de solitude, de la violence carcérale omniprésente, des impasses d’une course éperdue dans le noir, du confinement de l’être et de la pensée.

A force de tout vouloir fuir à commencer par lui-même, il finit par se trouver. La lecture d’une Bible en lambeaux y contribue. Egalement celle de Spinoza, de Zweig, de Camus et bien d’autres. Lui qui s’identifie au David biblique comprend qu’au lieu de s’affronter au Goliath incarné par l’autorité qu’il défie en vain, il lui faut avant tout terrasser ses géants intérieurs. Ceux qui l’empêchent de se libérer du poids de sa révolte et d’avancer.

Sa traversée de la «vallée d’Elah» l’amène également à faire des rencontres salutaires. Une femme tout d’abord, qui lui donnera une fille. L’amour guérit de toutes les infirmités. Un homme ensuite, parmi d’autres, l’avocat Michel Graindorge qui le défendera à la suite de son arrestation à Bruxelles en 1979 et dont on fera à tort son complice à l’occasion de son évasion rocambolesque du Palais de Justice de Bruxelles la même année.

«Votre révolte, que je n’ai pas à juger, peut vous sembler totalement légitime; c’est sa mise en œuvre qui pose un problème éthique», lui dira Graindorge, homme révolté lui aussi, mais qui croyait davantage à la justice aux mains nues qu’à celle au bras armé. Ces mots-là auxquels d’autres s’ajouteront, notamment ceux de visiteurs de prison prononcés dans le huis clos de sa cellule, François Besse se les appropriera pour enfin parvenir à dompter sa colère et se défaire de sa part d’ombre.

Tout s’achève en 2006

©Bernard Demoulin.

Un dernier procès d’assises lui permettra de déposer aux pieds de ses victimes (bien qu’il n’a pas de sang sur les mains) le fardeau de son lourd passé criminel. Huit années supplémentaires d’incarcération pour solde de tout compte au cours desquelles il ne tentera plus de s’évader et il en terminera avec la justice en 2006.

A sa sortie de prison, François Besse a rejoint pour un temps la communauté Emmaüs. Sans doute a-t-il pu y méditer la parole de son fondateur, l’Abbé Pierre, disant «il n’y a de libertés, réelles, absolues, que celles qui se font libéralisatrices».

Cavales, éd. Plon, 248 pages. 

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