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Ce qui se cache vraiment derrière les Amazon Prime Day

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Les célèbres boites en carton seront envoyées massivement partout dans le monde. | © Daniel Eledut/Unsplash

Société

Pendant deux jours, Amazon casse les prix, pour le plus grand bonheur des consommateurs et la plus grande colère de ses employés. Retour sur leurs revendications.

 

Nintendo, Moulinex, Huawei, Braun et même Apple, toutes les marques passent à la moulinette des promos sur le célèbre site internet du géant du web Amazon. Des mégas soldes réservées aux abonnés « Prime » pendant seulement deux jours. Vous pouvez transformer votre maison de A à Z à moitié prix, ou presque. De quoi créer une douce folie, comparables aux promos du Black Friday. Des prix cassés réservés à ceux qui payent et un plongeon de deux jours dans la société de consommation pur jus. Mais derrière cette frénésie mercantile, des employés crient depuis des mois, voire des années, pour dénoncer leurs conditions de travail et demander des changements.

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Des contestations sociales internationales

Ce lundi, en Europe et aux États-Unis, des milliers de salariés d’Amazon ont organisé un mouvement de contestation pendant les Amazon Prime Day afin d’attirer l’attention sur leurs conditions de travail. Des grèves contre « les promos sur le dos des salaires », confie à l’AFP Orhan Akman, du syndicat Verdi, le premier syndicat allemand du secteur tertiaire. « Amazon offre ces rabais aux clients aux dépens des salaires de ses propres employés et en fuyant les négociations collectives », a-t-il ajouté alors qu’Amazon certifie que dans les centres allemands, les salaires « sont au plus haut de ce qui est payé pour des emplois comparables », rapporte encore l’AFP

Amazon offre ces rabais aux clients aux dépens des salaires de ses propres employés.

Dans le Minnesota aussi des travailleurs se sont mobilisés, tout comme en France, sur le site de Lauwin-Planque. Des rassemblements d’employés ont aussi été organisés à Madrid et au Royaume-Uni. « Nous avons reçu des informations horrifiantes sur des employés obligés d’uriner dans des bouteilles en plastique faute de pouvoir aller aux toilettes ou sur des femmes enceintes forcées de rester debout et certaines visées par des licenciements », a écrit dans un communiqué le syndicat britannique GMB, selon l’AFP.

Question de rentabilité. D’après des documents obtenus par le média américain The Verge en avril dernier, Amazon utilise un dispositif automatique pour connaître le taux de productivité de ses employés, et licencier les moins performants. Si un employé arrête trop longtemps de s’occuper des colis, le système génère un avertissement qui, dans le pire des cas, peut aboutir à un licenciement. Pour maintenir leur productivité au top, certains travailleurs décident donc d’éviter de perdre du temps en allant aux toilettes. Sans parler de la pression que subissent, au bout de la chaîne, les livreurs de colis comme le rapporte une enquête de Libération.

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Cette surveillance constante des employés, la rentabilité exigée, les cadences trop rapides ou encore la suppression des pauses et leur salaire jugé trop bas, voilà ce que dénoncent les salariés. Les syndicats réclament des conventions collectives mais peinent à se faire entendre. Depuis 2013, les syndicats européens organisent régulièrement des actions à l’occasion de journées de ventes massives comme le Prime Day ou le Black Friday. Rien qu’en 2018, une cinquantaine de grèves a été organisée par différents syndicats en Europe, d’après l’AFP. « Une rareté dans l’histoire syndicale récente, si l’on exclut le secteur du transport aérien ». Et comme l’union fait la force et qu’au sein d’un géant comme Amazon, on peut changer d’employé comme de chemise, les représentants syndicaux ont décidé de se coordonner afin de lutter contre le plan social de la société américaine. En avril dernier, des représentants syndicaux de 15 pays s’étaient rassemblés à Berlin pour définir leur lutte commune. 

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Ce dimanche 14 juillet, des activistes de Greenpeace ont pris d’assaut une dépôt allemand. ©Belgaworld

Et des préoccupations environnementales

Ce dimanche 14 juillet, en prévision de ces deux journées de mégas soldes, des militants de Greenpeace sont montés sur le toit d’un centre logistique d’Amazon en Allemagne et ont décidé d’y rester. Ce mardi matin, ils y étaient toujours. Ils protestent contre la politique de destruction des biens neufs que les acheteurs renvoient. « Nous voulons attirer l’attention sur la destruction des ressources par Amazon », a déclaré une experte de la consommation de Greenpeace. Selon l’organisation de protection de l’environnement, environ 30% de tous les retours d’Amazon ne sont pas remis en vente. Mais d’après Amazon, la grande majorité des produits retournés seraient revendus, renvoyés aux fournisseurs ou donnés à des œuvres de bienfaisance, en fonction de leur état.

L’année dernière, Amazon a réalisé des ventes pour 232 milliards de dollars en tout, selon CNN. Cette année, rien que pour les Prime Day, les ventes mondiales devraient atteindre 5,8 milliards de dollars sur deux jours d’après les estimations de Coresight Research.

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