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Transhumanisme, cryogénie, insémination… Les projets fous de Jeffrey Epstein

Epstein en 2008. | © Uma Sanghvi/Palm Beach Post/TNS/ABACAPRESS.COM

Société

Le richissime financier, accusé d’avoir été au centre d’un réseau de proxénétisme de mineures dont il abusait, fomentait des projets scientifiques étranges, selon le New York Times.

Jeffrey Epstein est passionné de sciences, et il l’a fait savoir. Le financier, actuellement visé par une procédure judiciaire à New York pour avoir organisé pendant des années un vaste trafic de mineures dont il abusait, aimait s’entourer de scientifiques renommés et partager avec ces grands esprits certains de ses projets les plus fous. Alors que les révélations se multiplient sur la vie mystérieuse de cet homme qui compta parmi ses relations Bill Clinton et Donald Trump, le New York Times lève le voile sur les ambitions grandioses de l’ancien professeur de physique et de mathématiques, devenu richissime grâce à Wall Street.

Avant son arrestation début juillet, Epstein voulait donner l’image d’un généreux mécène, toujours prêt à soutenir la recherche scientifique. Quitte à embellir la réalité : alors qu’il aimait porter des sweatshirts siglés Harvard, il n’a jamais étudié dans la prestigieuse université, mais il a généreusement contribué à son financement. Après une première condamnation en 2007, il avait non sans succès tenté de rétablir sa réputation en exhumant sur ses sites Internet des photographies le montrant aux côtés de scientifiques.

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Son intérêt pour la recherche versait parfois dans le transhumanisme, un courant de pensée qui prône l’amélioration de l’être humain grâce à la technologie. Selon le Times, trois témoins racontent que Jeffrey Epstein a partagé avec eux une de ses ambitions : utiliser son ranch du Nouveau Mexique, nommé le « Zorro Ranch », comme un centre d’insémination pour des femmes qui porteraient ses enfants. Selon un témoin cité par le quotidien new-yorkais, Epstein aurait été influencé par un projet -lancé en 1980 puis abandonné- de banque du sperme ultra-élitiste, qui aurait dû proposer la semence des plus grands intellectuels de la planète. Le journal note que rien n’indique que Jeffrey Epstein ait jamais pu concrétiser son rêve fou. Mais les rêveries eugénistes du riche financier ont marqué certains de ceux qui l’ont côtoyé. Jaron Lanier, l’un des pères de la réalité virtuelle, confie même au Times avoir eu l’impression que les fêtes organisées par Epstein, où étaient conviées de belles femmes aux parcours universitaires brillants, avaient pour but de trouver des candidates à l’insémination.

Lors d’une conférence dans les Îles Vierges des Etats-Unis consacrée à la gravité en 2006, à laquelle participaient les physiciens Stephen Hawking et Kip Thorne, Epstein avait fait part de son intérêt pour l’amélioration du génome humain. Il était fasciné par la transmission de certaines caractéristiques génétiques et y voyait la possibilité de créer des humains supérieurs.

Considéré par certains scientifiques comme un imposteur, il voulait cryogéniser son cerveau et son pénis

Jeffrey Epstein s’intéressait aussi aux tentatives de cryogénie. Selon un témoin cité par le Times, le financier avait évoqué son souhait de voir son cerveau et son pénis congelés pour être conservés et éventuellement réutilisés dans le futur.

Pour certains des scientifiques qui l’ont fréquenté, Jeffrey Epstein était un imposteur. Le psychologue Steven Pinker se souvient dans le Times de conversations avec le riche mécène : « Il changeait tout à coup de sujet, comme s’il avait un trouble du déficit de l’attention et balayait des remarques en rétorquant par des sarcasmes d’adolescent. » Sa générosité a sans nul doute contribué à son aura dans les milieux de la recherche : il n’hésitait pas à apporter son soutien aux projets les plus étranges, comme de prétendues recherches sur une hypothétique particule susceptible de déclencher chez une personne le sentiment qu’elle est observée. Toujours selon Pinker, Jeffrey Epstein considérait avec scepticisme la lutte contre la famine et contre la pauvreté, au motif que ces efforts pour améliorer les conditions de vie aggravaient la surpopulation.

Enfin, si certains scientifiques comme le Prix Nobel de physique Murray Gell-Mann ont remercié Epstein pour son soutien financier, d’autres ont nié tout lien avec lui, alors même que le mécène les citait sur un de ses sites Internet. Le physicien et Prix Nobel Kip Thorne affirme n’avoir eu aucun autre rapport avec lui que sa participation à la conférence de 2006. « Je n’ai pas de contact, de relation, d’affiliation, ou de financement de la part d’Epstein. Je condamne sans équivoque ses actes immondes impliquant des mineures », a-t-il indiqué au Times. Un porte-parole du mathématicien Eric Lander, également cité sur le site, nie lui aussi toute relation et indique que Epstein «semble avoir inventé beaucoup de choses, et ça semble en faire partie».

Jeffrey Epstein semble avoir joué de l’illusion durant toute sa carrière. Décrit comme un milliardaire, il prétendait n’accepter que des clients susceptibles d’investir au moins un milliard de dollars dans le fonds qu’il gérait. L’identité de ses clients n’a jamais été dévoilée, à l’exception de Leslie H. Wexner, qui possède notamment la marque de lingerie Victoria’s Secret et qui passe pour le principal bienfaiteur d’Epstein. Indéniablement très riche, Epstein n’a jamais accédé à la liste des milliardaires compilée par le magazine Forbes. Dans des documents récemment présentés à la justice, sa fortune est évaluée à 550 millions de dollars.

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