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Fusillades aux États-Unis : Pourquoi blâmer les jeux vidéo est trop facile (et incorrect)

El paso

Des hommages ont été rendus. | © AFP

Société

Contrairement à ce que Trump soutient.

 

Ce week-end, les États-Unis ont essuyé deux fusillades mortelles en seulement deux jours. La première, à El Paso, s’est déroulée samedi dans un supermarché Wallmart de cette ville du sud du Texas, à la frontière mexicaine. Au moins 22 personnes ont été tuées. La seconde, a eu lieu à Dayton, dans l’État de l’Ohio et a fait 10 victimes. En tout, en même pas 13 heures, ce sont 32 personnes qui sont décédées lors des deux fusillades. La semaine passée, un jeune avait déjà ouvert le feu dans un festival du nord de la Californie, à Gilroy, tuant quatre personnes.

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C’est prouvé

Lors de son allocution à la Maison Blanche, Donald Trump n’a pas hésité à condamner le suprémacisme blanc, après que le tueur d’El Paso a clairement annoncé que son acte dénonçait « une invasion hispanique du Texas » sur le forum 8chan. Le président américain a préféré blâmer les médias, la maladie mentale et les jeux vidéo comme cause première des fusillades qui se produisent dans son pays. Oubliant complètement de remettre la faute sur ce qui semblerait pourtant être la raison première des tueries de masse : les armes. Un contraste troublant avec la réponse qu’avait apportée en mars dernier la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, après les attentats de Christchurch lorsqu’elle avait annoncé durcir sa législation sur les armes, quelques heures à peine après les massacres.

« Nous devons mettre fin à la glorification de la violence dans notre société », déclarait lundi le président Trump dans son discours. « Cela inclut les jeux vidéo épouvantables et macabres qui sont maintenant monnaie courante ». Depuis les années 90 et l’apparition de jeux vidéo tels que Wolfenstein 3D et Doom qui ont été blâmés pour la tuerie qui est survenue à l’école Columbine en 1999 particulièrement, l’excuse de l’influence des jeux vidéo sur les jeunes est souvent évoquée. Pourtant des études ont déjà démontré qu’ils n’influencent pas le comportement des tueurs qui ouvrent le feu sur la foule.

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Selon une déclaration officielle de l’American Psychological Association, « il existe peu de preuves qui établissent un lien de causalité ou de corrélation entre le fait de jouer à des jeux vidéo violents et de commettre des activités violentes ». Chris Ferguson, professeur de psychologie à l’Université Stetson, souligne même que « des éléments de preuves indiquaient clairement que les jeux vidéo violents ne constituaient pas un facteur de risque pour des actes d’agression graves. Tout comme les films violents, ou d’autres formes de médias », rapporte The New York Times.

Même la cour Suprême nie les liens de cause à effet. « L’examen de ces études a été rejeté par tous les tribunaux et à juste titre : elles ne prouvent pas que les jeux vidéo violents incitent les mineurs à agir de manière agressive », explique Antonin Scalia dans son avis. « Ils montrent au mieux une corrélation entre l’exposition à des divertissements violents et de minuscules effets réels, tels que le sentiment plus agressif des enfants ou des bruits plus forts quelques minutes après avoir joué à un jeu violent plutôt qu’après un jeu non violent ».

D’après le graphique établi par Vox, si les fusillades étaient liées à la consommation de jeux vidéo, la Corée du Sud et la Chine devraient arriver en tête du nombre de tueries de masse. Or, ce n’est pas le cas. Pareil du côté du Japon, giron des fabricants de jeux vidéo tels que Nintendo, Sega ou Sony. À vrai dire, le Japon et la Corée du Sud font partie des pays où le taux de crimes violents est les plus bas du monde. L’un de leurs points communs ? Des lois très strictes concernant la possession d’armes à feu. Et bien que des études établissent un lien entre les jeux vidéo et une certaine forme de violence, elles le font de manière générale à travers le monde, alors, pourquoi les tueries de masses sont-elles si nombreuses aux États-Unis, si ce n’est que l’accessibilité aux fusils y est tellement simple ?

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Déjà 273 personnes décédées dans des fusillades aux États-Unis cette année

Les chiffres sont affolants, cette année, aux États-Unis, il y a déjà eu 255 fusillades, selon l’organisation à but non lucratif Gun Violence Archive, qui garde des traces de toutes les tueries de masse qui se produisent aux États-Unis, dont deux des trois plus mortelles sont celles qui ont eu lieu ce week-end. En tout, depuis le début de l’année, 273 personnes sont mortes et 1 067 ont été blessées. Parfois, il y a plusieurs fusillades par jour mais elles sont devenues tellement nombreuses et communes que les médias n’y accordent pas toujours autant d’importance que celle qui ont eu lieu ce week-end et qui étaient bien plus mortelles, déplore le Huffpost.

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