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Attaque chimique en Syrie : la photo du désespoir qui a fait le tour du monde

Abdel Hamid Alyousef tenant dans ses bras ses jumeaux décédés, Aya et Ahmed. | © Alaa Alyousef/AP via CP

Société

Abdel Hamid Alyousef, un Syrien de 29 ans, a perdu ses deux enfants et sa femme dans l’attaque chimique qui a eu lieu à Khan Cheikhoun, en Syrie. La photo le montrant tenant ses bébés dans ses bras a fait le tour du monde.

 

Le regard perdu dans le vide, assis à l’avant d’une voiture, tenant dans ses bras ses deux enfants morts qu’il s’apprête à enterrer. Voici l’image qui a fait le tour du monde depuis mardi et l’attaque chimique qui a eu lieu dans la ville rebelle de Khan Cheikhoun, en Syrie. Elle montre Abdel Hamid Alyousef, un jeune homme de 29 ans dont les jumeaux âgés de neuf mois ont été tués. « Dis au revoir bébé, dis au revoir », a-t-il supplié ses enfants, qui font partie des 86 personnes qui ont succombé au gaz toxique pour l’instant pas encore identifié formellement. La vidéo tournée par sa cousine Alaa montre aussi les gestes tendres du père, qui caresse la tête de ses enfants.

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« J’étais avec eux, je les ai sortis de la maison avec leur mère. Ils étaient conscients au début, mais au bout de dix minutes, on a senti l’odeur », a-t-il raconté à l’Associated Press. À partir de ce moment-là, Aya, Ahmed et leur mère Dalal sont tombés malades. Ne pensant pas de suite à une telle attaque, le jeune père de famille les a conduits à l’hôpital, les y laissant pour aller chercher le reste de sa famille. Mais à son retour, deux de ses frères et trois de ses neveux étaient déjà morts. À l’hôpital, sa femme et ses enfants ont également succombé. « Je n’ai pu sauver personne, ils sont tous morts maintenant ».

Abdel Hamid Alyousef tenant dans ses bras ses jumeaux, Aya et Ahmed. © AP via SIPA

Une vidéo publiée par le Washington Post le montre en larmes, soutenu par deux hommes, devant les tombes de sa famille, énumérant leurs prénoms. « J’ai enterré mes enfants avec mes propres mains, dit le père en pleurs. Ma femme et mes frères ».

86 victimes dont 30 enfants, et 160 blessés

Selon un bilan revu à la hausse ce jeudi, 86 personnes ont été tuées, dont 30 enfants. L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) fait également état de 160 blessés et de « personnes disparues ». Le ministère turc de la Justice a assuré que les autopsies pratiquées sur les corps de trois victimes ont démontré que des armes chimiques avaient bien été utilisées.

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Au Conseil de sécurité des Nations unies, le vote d’une résolution condamnant l’attaque et appelant à une enquête rapide a été reporté, dans l’espoir de négocier avec la Russie. Le président russe Vladimir Poutine, qui soutient le régime de Bachar el-Assad, a assuré au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou qu’il trouvait « inacceptable » la formulation « d’accusations non fondées contre qui que ce soit avant la mise en œuvre d’une enquête internationale impartiale et minutieuse ». L’attaque a été qualifiée, par le Kremlin, d’« incident avec des armes chimiques », reprenant ainsi la défense de l’armée syrienne, qui assure avoir frappé un « entrepôt terroriste » dans lequel se trouvaient des « substances toxiques ».

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