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Îles privées, ranch, appartements opulents… Le luxueux décor de l’affaire Epstein

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L'appartement parisien de Jeffrey Epstein. | © PHOTOPQR/LE PARISIEN/O.Lejeune

Société

Jeffrey Epstein, le riche financier qui s’est apparemment suicidé la semaine dernière alors qu’il était accusé de multiples crimes sexuels sur mineures, possédait de nombreux – et luxueux – biens immobiliers. Ce sont souvent ces propriétés qui ont servi de décor à ses crimes.

Jeffrey Epstein n’était qu’un multi-millionnaire. Le magazine Forbes avait rappelé à l’ordre toute la presse qui, immédiatement après son arrestation début juillet, qualifiait Epstein de « milliardaire ». La publication spécialisée dans les classements des ultra-riches n’avait pas tort : lorsque le pédophile, arrêté début juillet, a dû justifier de sa situation financière devant la justice, il n’a listé « que » 559 millions de dollars de biens. Bien loin de Jeff Bezos ou Bill Gates, mais tout de même suffisant pour accumuler un patrimoine immobilier considérable. Une maison à Manhattan, deux îles privées, une propriété à Paris, une maison en Floride, un ranch au Nouveau-Mexique… Ces propriétés luxueuses auraient servi de décor aux abus commis par le riche financier, accusé avant sa mort samedi dernier d’avoir organisé un réseau de prostitution de mineures et d’avoir commis des viols et agressions sexuelles.

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Little Saint-James, « l’île de la pédophilie »

Le surnom infamant a été donné par la presse à ce bout de terre des îles Vierges des États-Unis, un archipel caribéen situé à l’est de Porto Rico. Selon la déclaration faite à la justice américaine, sa valeur est estimée à 63,8 millions de dollars. C’est le bien immobilier le plus coté de Jeffrey Epstein. Pour s’y rendre, le multi-millionnaire et ses invités optaient la plupart du temps pour un vol en hélicoptère, six minutes seulement entre l’aéroport de Saint-Thomas et l’île privée.

Vue aérienne de l'île privée de Jeffrey Epstein, Little Saint-James, le 21 juillet.
Vue aérienne de l’île privée de Jeffrey Epstein, Little Saint-James, le 21 juillet. © Marco Bello / Reuters

Selon Virginia Roberts Giuffre, une des accusatrices d’Epstein qui s’était confiée au Miami Herald, Little Saint-James était le lieu idéal pour « organiser des grandes fêtes et d’énormes orgies sans que personne ne s’en doute ». Mineure à l’époque, la jeune femme de 35 ans avait affirmé en 2016 lors d’une déposition avoir eu des rapports sexuels avec Marvin Minsky, un brillant scientifique spécialiste de l’intelligence artificielle, lors d’un séjour sur l’île.

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Selon le New York Times, Jeffrey Epstein avait en 2006 convié de nombreux intellectuels pour une soirée sur la plage de Little Saint-James. Alan Guth, un cosmologiste qui s’était rendu sur l’île, a confié au journal qu’il avait alors, comme d’autres scientifiques invités, remarqué qu’Epstein « était toujours suivi par un groupe d’environ trois ou quatre jeunes femmes ». Plus récemment, Jeffrey Epstein s’était offert l’île voisine de Great Saint-James, estimée à 22,5 millions de dollars.

Perquisition du FBI sur l'île de Little Saint-James, le 12 août.
Perquisition du FBI sur l’île de Little Saint-James, le 12 août. © Social media via Reuters
Dans des estimations transmises à la justice, l'île privée est estimée à 63,8 millions de dollars.
Dans des estimations transmises à la justice, l’île privée est estimée à 63,8 millions de dollars. © Marco Bello / Reuters

La vaste maison de Manhattan

Jeffrey Epstein aimait laisser ses initiales sur ses biens. Les immatriculations de ses avions se terminaient par les lettres JE. Et l’entrée de son énorme – 4 700 mètres carrés – maison de Manhattan, à New York, était marquée d’un J et d’un E. Selon Vanity Fair, il s’agissait en 2003 du joyau des maisons de ville de l’île, la plus grande d’après New York Magazine. Située à quelques dizaines de mètres de Central Park, elle dispose, luxe suprême, d’un trottoir chauffant pour éviter que le maître des lieux ne glisse sur le verglas en hiver. James Stewart, un journaliste qui a raconté au New York Times sa rencontre avec Epstein en 2018 chez lui, a expliqué avoir dans un premier temps « raté le bâtiment (…) parce qu’il ressemblait plus à une ambassade ou à un musée à qu’à une maison privée ». C’est une jeune femme de 20 ans tout au plus qui l’avait accueilli, ce qui lui avait semblé flirter avec la limite, étant donné le passé d’Epstein, à l’époque déjà condamné en Floride pour avoir eu recours à une prostituée mineure.

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Selon les accusations formulées par plusieurs victimes, Epstein a eu recours à des massages sexuels de la part de mineures dans cette maison. Jennifer Araoz, une des accusatrices les plus récentes du financier, affirme avoir été violée par Epstein lors d’une séance de massage en 2002. C’est là aussi que le prince Andrew aurait posé pour une photographie avec deux victimes d’Epstein sur laquelle il touche le sein de l’une d’elles, selon des dépositions rendues publiques la semaine dernière. C’est dans cette maison, enfin, qu’Epstein recevait ses invités prestigieux, comme en 2010, après qu’il a purgé sa première peine de prison. En dépit du passé sulfureux de Jeffrey Epstein, plusieurs personnalités avaient accepté de participer à un dîner en l’honneur du prince Andrew, encore lui. Parmi les présents : Woody Allen, la comédienne Chelsea Handler, les journalistes Katie Couric et George Stephanopoulos. Ce dernier avait expliqué au Times en juillet à propos de son hôte : « Je l’ai vu pour la première et la dernière fois à ce dîner. J’aurais dû mieux me renseigner. C’était une erreur de m’y rendre. » C’est aussi à cette adresse que les enquêteurs ont saisi, après l’arrestation d’Epstein, des centaines d’images pédopornographiques, dont certaines étaient conservées dans un coffre-fort.

L'entrée de la vaste demeure de Jeffrey Epstein à New York. A gauche, sur le mur, ses initiales.
L’entrée de la vaste demeure de Jeffrey Epstein à New York. A gauche, sur le mur, ses initiales. © Scott Heins/Getty Images

La grande maison de ville de Jeffrey Epstein à Manhattan, à quelques pas de Central Park.
La grande maison de ville de Jeffrey Epstein à Manhattan, à quelques pas de Central Park. © Lucas Jackson / Reuters

De drôles de projets dans son ranch au Nouveau-Mexique

Piste d’atterrissage privée, hangar à avions et une demeure de 2500 mètres carrés : le Zorro Ranch n’a rien d’une exploitation agricole. Jeffrey Epstein avait de grandes ambitions pour cette propriété qui passe pour une des plus vastes de l’Etat. Selon des révélations du New York Times, il rêvait de transformer le ranch en centre d’inséminations pour des dizaines de femmes qui auraient ainsi porté sa descendance. L’endroit aurait aussi été le lieu d’agressions commises par Epstein. Deux photos de Virginia Roberts Giuffre attestant de sa présence dans le ranch ont été versées à l’une de ses dépositions. Annie Farmer, âgée de 16 ans à l’époque des faits, a raconté à la justice que Jeffrey Epstein s’était comporté avec elle de manière « inappropriée » lors d’un séjour au Nouveau-Mexique.

Le Zorro Ranch, au Nouveau-Mexique, aurait dû servir de centre d'insémination, selon les projets de Jeffrey Epstein.
Le Zorro Ranch, au Nouveau-Mexique, aurait dû servir de centre d’insémination, selon les projets de Jeffrey Epstein. © Drone Base / Reuters

La maison de Palm Beach

Jeffrey Epstein possédait en Floride une propriété de 3000 mètres carrés, à 2 kilomètres de Mar-a-Lago, le club dont le propriétaire Donald Trump fut un temps proche d’Epstein. C’est là, par exemple, que Virginia Roberts Giuffre a été placée au service d’Epstein alors qu’elle n’était qu’adolescente. L’acte d’accusation contre Jeffrey Epstein datant du mois de juillet décrit avec précision ce qui se déroulait dans cette résidence. « Quand une victime arrivait [dans cette maison], elle était conduite dans une pièce, parfois par un employé d’Epstein, dont dans certains cas deux assistants qui (…) étaient aussi chargés d’organiser les rapports sexuels avec les victimes mineures. Une fois à l’intérieur, la victime prodiguait un massage nu ou demi-nu à Epstein, qui en général était lui-même nu. Durant ces séances, Epstein poussait la nature et l’étendue du contact physique jusqu’à des attouchements sexuels et des contacts directs et indirects avec les parties génitales des victimes. Epstein se masturbait durant ces séances, demandait aux victimes de le toucher pendant qu’il se masturbait et touchait les parties génitales des victimes avec ses mains ou des sex toys », mentionne le document du procureur fédéral à New York. Comme à New York, Epstein et ses complices ont encouragé leurs victimes mineures à recruter d’autres jeunes filles à Palm Beach, note également l’acte d’accusation.

La maison de Jeffrey Epstein à Palm Beach, en Floride.
La maison de Jeffrey Epstein à Palm Beach, en Floride. © Michele Eve Sandberg/REX/SIPA

L’appartement parisien

Située au 22 avenue Foch, dans le XVIe arrondissement de la capitale, cette propriété cumule 2 300 mètres carrés, selon Libération. Le quotidien cite deux témoins qui évoquent la présence de « photos de jeunes femmes nues » dans un couloir. Valeur du bien déclarée à la justice américaine : 8,7 millions de dollars. Les habitudes de Jeffrey Epstein en France pourraient intéresser des enquêteurs français, qui selon Libé ont entamé une coopération judiciaire avec les autorités américaines. L’analyse des données de vol de deux avions Gulfstream appartenant à Epstein, par le site Insider, avait déjà révélé que les appareils ont effectué au moins 11 voyages en France entre 2018 et 2019.

Devant la propriété de Jeffrey Epstein à Paris, avenue Foch.
Devant la propriété de Jeffrey Epstein à Paris, avenue Foch. © JACQUES DEMARTHON
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