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Ouganda : une militante emprisonnée pour avoir traité le président de « paire de fesses »

Stella Nyanzi à la cour de justice de Kampala le 10 avril 2017. | © BELGA/AFP PHOTO/GAEL GRILHOT

Société

Stella Nyanzi a été arrêtée dans la nuit du vendredi 7 avril par la police en Ouganda. L’universitaire et militante des droits civiques est poursuivie pour outrage public à la personne du Président et son épouse.

 

Les charges contre la militante ougandaise sont tombées ce lundi 10 avril en début d’après midi. Il est notamment reproché à l’activiste d’avoir qualifié le président Musevini « de paire de fesses ». L’accusation peut porter à sourire, mais elle est bien réelle. Jugeant ces propos « obscènes et indécents« , la Cour a même ordonné un examen des facultés mentales de l’enseignante-chercheure qui serait « à l’origine de la décadence morale du pays ».

En Ouganda, comme dans beaucoup d’autres pays du continent, de nombreuses jeunes filles sont déscolarisées car victimes des moqueries de leurs camarades aux moments de leurs menstruations à l’école. Trop chères, les protections hygiéniques sont souvent inaccessibles pour les foyers modestes. Pour endiguer ces discriminations, le président Musevini s’était engagé pendant la campagne pour l’élection présidentielle de février 2016 à distribuer des protections gratuites dans les écoles du pays. Un an plus tard, la Première dame revient pour la première fois sur le sujet en tant que ministre de l’Éducation . Le 15 février 2017 devant l’assemblée ougandaise, Janet Museveni juge le projet de distribution de serviettes hygiéniques irréalisable pour des raisons financières.

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La réaction de Stella Nyanzi ne se fait pas attendre. La militante lance dès le 30 mars une collecte de fonds pour réaliser la promesse non tenue et distribuer elle-même les protections hygiéniques pour jeunes filles.

« Paire de fesses » et « truie paresseuse »

Farouche opposante au régime de Yoweri Museveni qui dirige le pays depuis 1986, Stella Nyanzi n’hésite plus à insulter le couple présidentiel sur les réseaux sociaux. Après avoir traité le président de « paire de fesses » fin janvier, elle qualifie la première dame de « truie paresseuse ». Déclarations qui ont conduit Janet Museveni à intervenir en personne sur la première chaine de télévision du pays. La Première dame y a réprouvé la « vulgarité » de Stella Nyanzi, mais lui a accordé son pardon. En retour, la militante a évoqué « la vulgarité de ceux qui volent leur pays ». Ambiance.

Le président Yoweri Museveni et son épouse la ministre de l’Éducation Janet Museveni célèbrent le cinquième mandat du Président. © BELGA/ELECTRONIC IMAGE/AFP/ODD ANDERSEN

Suspendue de l’université Makere où elle est chargée de recherche, la militante a été arrêtée vendredi 7 avril, à l’issue d’une conférence au Rotary Club destinée collecter de fonds pour financer l’achat de protections intimes pour les jeunes filles. Déclarée illégale car non enregistrée auprès des autorités ougandaises, son initiative fait partie des charges qui pèsent désormais contre elle.

#FreeStellaNyanzi

Stella Nyanzi est aujourd’hui détenue à la prison de Luzira, premier centre psychiatrique du pays, où elle sera soumise à des examens médicaux. Sa demande de liberté sous caution sera examinée à partir du 25 avril à l’issue de ses examens psychiatriques. Populaire en Ouganda, Stella Nyanzi peut compter sur de nombreux soutiens, dont « Chapter Four », une ONG de droits de défense des homosexuels à l’initiative du hashtag #FreeStellaNyanzi.

D’autres associations se sont mobilisées pour la chercheuse et dénoncent une violation de la liberté d’expression. Beaucoup se disent préoccupés par ses conditions de détention et inquiets de la manière dont pourraient être menés ses examens médicaux. De nombreux manquements aux droits de la défense ont été déjà rapportés par ses proches. Plusieurs appels à des manifestations pacifiques ont été lancés.

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