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Masque volé de Tervuren : La Fondation Sindika Dokolo acquiert le manuscrit de Lapière

La Fondation Sindika Dokolo a voulu empêcher tout risque de disparition du précieux manuscrit. | © Belga, EO.0.0.23470, collection MRAC Tervuren ; R. Asselberghs, MRAC Tervuren et Michel Bouffioux

Société

Un manuscrit qui raconte comment le masque emblématique du Musée de Tervuren fut volé dans un village congolais en 1896 devait être mis aux enchères, ce 4 octobre, à Bruxelles. In extremis, la vente a été annulée par la salle Ferraton. La fondation Sindika Dokolo a trouvé un accord avec les vendeurs dans l’après-midi. Son but est de garantir que le précieux document reste dans le domaine public. Il est probable qu’il sera prêté au Musée de Kinshasa.

Un masque luba, l’emblème officieux du Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC), a été pris lors du pillage d’un village congolais en 1896. Ces faits criminels ont été relatés dans le journal de l’officier Albert Lapière. Ce manuscrit a été récemment acheté par des chineurs bruxellois. Ce 4 octobre, en même temps qu’un album photo, il devait être vendu aux enchères à Bruxelles. Toutefois la vente a été annulée à la suite d’une plainte déposée le jeudi 3 octobre par « un collectif de juristes, d’universitaires et d’activistes ». Ceux-ci contestaient le principe même de la vente aux enchères et dénonçaient une possible « soustraction de preuves » dès lors que le document risquait de terminer dans une collection privée. « Dans ce contexte polémique, la salle de vente a  préféré renoncer à cette vente aux enchères », nous dit l’un des chineurs bruxellois qui ont déniché les précieux documents.

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Selon nos informations, la fondation Sindika Dokolo s’est portée acquéreuse du manuscrit. Et, dans l’après-midi du vendredi 4 octobre, un accord a été trouvé avec les possesseurs actuels des papiers Lapière. C’est le marchand d’art Didier Claes qui a mené cette négociation. Il nous a déclaré ceci : « J’avais déjà été mandaté par M. Dokolo pour participer aux enchères. C’est donc tout naturellement que j’ai voulu entrer en contact avec les vendeurs. Le montant de la transaction restera secret même si le prix demandé n’avait rien de prohibitif.»

Retour probable du manuscrit au Congo

« En quelque sorte, M. Dokolo a joué le rôle qui aurait du être celui du Musée de Tervuren. Il a fait cet achat pour offrir la garantie que ces documents d’une importance exceptionnelle ne disparaissent pas dans la nature. Qu’ils ne finissent pas chez un collectionneur privé qui n’aurait pas eu les préoccupations éthiques qui sont les siennes. Il veut que les manuscrits de Lapière soient accessibles aux chercheurs, qu’en aucun cas, ils n’échappent au débat public. Son but premier était donc d’empêcher tout risque de disparition de ces pièces, de les sauvegarder. Il y est arrivé. Il y aura bientôt des suites, j’en suis convaincu mais M. Dokolo en parlera lui-même, le moment venu. » D’après certaines de nos sources, il est probable que le manuscrit écrit par Lapière sera prêté aux autorités congolaises afin de pouvoir être exposé dans le Musée de Kinshasa.

Gendre de l’ex-président angolais José Eduardo Dos Santos, Sindika Dokolo est un homme d’affaire et un collectionneur d’art très fortuné. La fondation qui porte son nom est basée à Luanda. Celle-ci s’est donnée pour mission de soutenir le développement de l’art contemporain africain. Depuis 2014, M. Dokolo s’est investi dans un combat pour le retour en Afrique d’objets d’art volés qui se trouvent en Europe ou ailleurs dans le monde. Plusieurs œuvres d’art africaines classiques ont ainsi rejoint leur pays natal. On se rendra, pour plus d’information sur le site de la fondation.

On rappellera que le Musée royal de l’Afrique centrale a raté l’occasion d’acheter les « papiers Lapière » en mai 2019 alors qu’un contact avait été pris par les chineurs bruxellois qui avaient découvert les documents – lire nos précédents articles.

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