Paris Match Belgique

Viva la vulva : Pourquoi la dernière pub de Nana n’a rien de choquant

nana

Billet d'humeur. | © Capture d'écran YouTube

Société

Cachez cette vulve que je ne saurais voir… ou plutôt ce porte-monnaie ou ce cupcake.

À chaque représentation (suggestive) de l’anatomie féminine, c’est la même rengaine : les réseaux sociaux s’enflamment devant tant d’indécence et de vulgarité. Après la censure du clip de Charlotte Abramow par YouTube et des tétons de femmes interdits d’Instagram, c’est la dernière publicité de Nana qui s’attire les foudres de nombreux téléspectateurs et internautes. Avec ses représentations imagées de vulves et quelques gouttes de peinture rouge sur une serviette, la marque d’hygiène féminine devait certainement s’attendre à susciter un débat, mais probablement pas à récolter autant de critiques virulentes. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a reçu un millier de plaintes à la date de ce vendredi, selon BFMTV. Une pétition exigeant son retrait des écrans a déjà récolté plus de 8 400 signatures. Près d’un mois après la diffusion de la publicité sur YouTube, la « controverse » est toujours présente. Et quelle controverse…

Jugé dégoûtant, sale, inapproprié voire même dégradant pour les femmes, le spot intitulé « Viva la vulva » illustre pourtant tout ce qui a de plus naturel : le sexe féminin. Et ce, dans toute sa diversité, avec des origamis, des gâteaux, des coquillades ou encore des fruits, placés devant des corps non-retouchés. En montrant du sang rouge, et non le liquide bleu habituel, la marque casse un autre tabou sur la représentation des règles.

Lire aussi > #Pads4Dads : La campagne qui encourage les pères à parler des règles avec leurs filles

Un scandale paradoxal

« C’est choquant ! Avez-vous pensé aux enfants qui pourraient tomber dessus ? » est le principal argument avancé pour supprimer cette publicité audacieuse. Face aux « vulves » de Nana, les plus jeunes n’y verront qu’un porte-monnaie et des morceaux de papier. Après tout, l’appareil génital féminin est peu (re)connu, contrairement au pénis, dessiné sur les murs et sur quasi toutes les portes des toilettes publiques. Le sexe masculin est également omniprésent dans les publicités. Souvenez-vous des campagnes de Perrier ou encore d’une marque de saucisson de « 20 centimètres de bonheur ». Et bien souvent, il est davantage sous-entendu sur le plan de l’acte sexuel, et non de l’organe.

Lire aussi > BruZelle : Un collectif pour lutter contre la précarité menstruelle

Si les enfants reconnaissent ces « vulves », c’est peut-être aussi l’occasion idéale de parler sexualité et règles avec eux, avant qu’ils ne se tournent vers internet et le porno pour chercher des réponses à leurs questions. « Je pense qu’apprendre le sexe grâce au porno, c’est comme apprendre à conduire grâce à Fast & Furious… » comparait l’actrice féministe Jameela Jamil. Il est d’ailleurs naïf (et inconscient) de penser que votre adolescent n’a jamais vu des scènes pornographiques. Selon un sondage sorti en 2018, 62% des jeunes adultes déclaraient en avoir vu pour la première fois avant 15 ans, dont 11% avant l’âge de 11 ans…

Vive la différence !

De nombreux internautes, hommes et femmes, accusent également la publicité d’être « dégradante pour l’image de la femme ». C’est pourtant tout l’inverse. Enfin le sang est rouge, et non bleu. Enfin, il est lié à des vulves diverses. La dernière publicité de Nana montre la réalité, casse les codes et décomplexe. Elle n’a rien de choquant. Perpétuer le tabou, aussi ridicule soit-il, autour des menstruations ne fait qu’inciter les jeunes filles à avoir honte de leur corps, et à ne pas le connaître. Et c’est plutôt ça qui est choquant. En 2019, en France, une fille de 15 ans sur quatre ne sait pas qu’elle possède un clitoris. Ces dernières années, un nombre croissant de femmes consultent pour bénéficier d’une chirurgie plastique de la vulve ou du vagin, dans un but purement esthétique. Le mythe du sexe idéal existe à travers tous les âges, malgré les efforts des nombreux comptes Instagram qui libèrent la parole des femmes à propos de leur sexualité, de leur corps et de leur plaisir.

Lire aussi > Les activistes du plaisir

Heureusement, d’autres internautes, moins bruyants, ont applaudi la démarche de la marque, qui a répondu aux critiques : « Chez Nana, nous pensons que chaque vulve est unique, et que les différences doivent être célébrées. Des poils pubiens à la taille des lèvres, nous voulons que vous soyez fières de ce que vous avez. Après tout, la honte et la gêne vis-à-vis de cette petite (mais incroyable) partie de notre corps peuvent avoir un impact très négatif sur la confiance en soi. »

CIM Internet