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L’omniprésence du sexisme au travail en Europe (et comment y faire face)

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L'étude Ifop a été menée par questionnaire en ligne, en avril 2019. | © Unsplash/Kobu Agency

Société

Le sexisme dans le monde du travail est encore bien (trop) présent. Six Européennes sur dix disent avoir été un jour confrontées, au cours de leur carrière professionnelle, à des violences sexistes ou sexuelles.

Quelque 60% des femmes en Europe rapportent avoir déjà été victimes d’au moins une forme de violence sexiste ou sexuelle au travail, selon une étude Ifop publiée samedi. Elle a été réalisée auprès de plus de 5 000 femmes dans cinq pays de l’UE.

Pour les femmes concernées, le phénomène n’est pas forcément un lointain souvenir : 21% des femmes disent avoir subi de tels faits au cours des 12 derniers mois (et même 42% des moins de 30 ans), selon cette étude réalisée pour la Fondation Jean-Jaurès et la Fondation européenne d’études progressistes (FEPS).

Onze pour cent des sondées (9% en France, mais 15% Espagne) disent même avoir déjà eu un rapport sexuel « forcé ou non désiré » avec quelqu’un de leur milieu professionnel. Un chiffre qui met « en exergue la zone grise qui peut exister autour du consentement », lorsque celui-ci peut « être extorqué dans un contexte de subordination, d’intimidation ou de manipulation », relèvent les auteurs de cette étude réalisée en France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni et Espagne.

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Sifflements et gestes grossiers

Les violences sexistes les plus fréquentes sont les « sifflements, gestes ou commentaires grossiers ou encore regards concupiscents » (46%), un taux qui monte même à 56% en Allemagne. Et 26% disent subir de tels gestes ou mots « de façon répétée ».

En outre, 9% des femmes rapportent avoir subi au moins une fois des « pressions » de la part d’un collègue pour obtenir d’elles un « acte de nature sexuelle » (par exemple un rapport sexuel en échange d’une embauche ou d’une promotion), et 18% se sont vu imposer « au moins une fois » des contacts physiques comme une main sur les fesses, une étreinte forcée ou un baiser volé.

La violence est une réalité quasi quotidienne pour une grande partie des femmes au travail.

Si ces 5 000 femmes s’inscrivent dans des contextes culturels différents, avec des seuils de tolérance qui peuvent varier, leurs réponses sont tout de même éloquentes. « La violence est une réalité quasi quotidienne pour une grande partie des femmes au travail », résume Juliette Clavière, directrice de l’Observatoire de l’égalité femme-homme de la Fondation Jean-Jaurès, citée par Le Monde.

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© Unsplash/Delia Giandeini

Les auteurs de gestes ou mots déplacés ne sont pas forcément les supérieurs mais peuvent être des collègues de même niveau hiérarchique, voire des personnes extérieures à l’entreprise, comme des fournisseurs (notamment pour les situations où les femmes se voient offrir des cadeaux « gênants »).

Les auteurs de l’étude notent qu' »une très faible minorité de victimes de harcèlement au travail parvient à briser le mur du silence » : seules 13% des femmes ayant subi des attouchements et 16% de celles ayant fait l’objet de pressions en vue d’un rapport sexuel disent en avoir parlé à un interlocuteur susceptible de régler le problème en interne, comme un supérieur hiérarchique ou un syndicaliste.

Comment réagir aux commentaires déplacés

D’après un sondage réalisé par Moustique en 2018 sur le sexisme en Belgique, le travail est le lieu où le sexisme se constate le plus, devant le harcèlement de rue. Il est primordial de ne pas se taire face aux commentaires déplacés. Mais comment réagir lorsqu’un collègue vous coupe la parole lors d’une réunion, vous explique quelque chose sur un ton paternaliste, vous demande si vous avez vos règles ou fait une remarque sur votre décolleté ? Plusieurs pistes existent. Faire répéter les propos déplacés est une bonne façon de lui faire réaliser l’absurdité ou la maladresse de sa réflexion. Signaler immédiatement que vous ne cautionnez pas ce genre de commentaires, sans pour autant s’énerver. Définir le comportement sexiste et citer la loi. En cas de faits graves, rassembler et conserver des éléments de preuve sera utile.

En tant que témoin aussi, il est indispensable de marquer sa désapprobation directement, et ainsi soutenir la victime.

Avec Belga

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