Paris Match Belgique

Voici ce qui se passe quand une ville teste un revenu universel à 500 dollars

argent

L'argent est surtout dépensé pour des biens de première nécessité. | © Jp Valery/Unsplash

Société

La ville de Stockton, en Californie, a étudié l’impact d’un revenu universel sur une centaine de personnes. 

 

Recevoir 500 dollars par mois pendant un an et demi sans aucune condition, voilà l’expérience menée par la ville de Stockton, en Californie. Une sorte de revenu universel attribué à une poignée d’américains sélectionnés au hasard. C’est la première fois que ce genre d’expérience est menée à l’échelle locale par un maire. En février passé, Michael Tubbs, le maire de la ville a sélectionné 125 Stocktoniens vivant au niveau ou sous le revenu médian de 46 000 dollars pour leur donner une somme d’argent déterminée pendant une période précise et analyser à quoi ils le dépensaient. Il a appelé cela la Seed (Stockton Economic Empowerment Demonstration). Les premiers résultats sont tombé au début du mois.

Lire aussi > Les effets positifs du revenu universel en Finlande

Après la crise, cette ville de 300 000 habitants située à un jet de pierre de la Silicon Valley a été touchée de plein fouet par le krach financier et la crise du logement. En 2012, elle est devenue la plus grande ville des États-Unis à se déclarer en faillite. Autant dire que la pauvreté et la vulnérabilité financière des habitants de la ville en fait un terreau idéal pour ce genre d’expérience. Soutenu à hauteur d’un million de dollars par l’Economic Security Project (un réseau promouvant le revenu de base universel) et des bailleurs de fonds privés, le projet apparaissait particulièrement nécessaire dans cette ville dont le revenu médian est plus de 10 000 dollars en dessous du niveau national. Objectif : Réduire la vulnérabilité financière des habitants et améliorer leur santé physique et mentale, comme l’explique le Huffington Post. C’est en tout cas ce que les chercheurs responsables du programme, Stacia Martin-West de l’Université du Tennessee et Amy Castro Baker de l’Université de Pennsylvanie, ont déclaré vouloir mesurer au terme de l’expérience. Mais dans un premier temps, il ont relevé à quoi les citoyens sélectionnés dépensaient l’argent reçu.

Loin des préjugés

Selon une enquête de la Réserve fédérale, « de nombreux adultes sont financièrement vulnérables et ont des difficultés à gérer une dépense urgente de 400 dollars ». Une maladie, un souci avec sa voiture, des dépenses imprévues ou une augmentation des charges ou du loyer sont autant de petits tracas qui peuvent se révéler véritablement problématiques. C’est dans cette optique qu’a été lancée l’expérience de Stockton. Les personnes sélectionnée pour le revenu mensuel sont libres de dépenser leur argent comme bon leur semble. Mais pour tenter de garder une trace de leurs dépenses et d’en analyser leur contenu, la somme est versée sur une carte de débit. Les résultats préliminaires récoltés après cinq mois d’utilisation permettent de déconstruire certains préjugés même s’ils ne sont pas suffisants pour en faire une base de données scientifiquement solide ni de prendre l’exemple de cette petite ville pour reproduire le projet à l’échelle nationale. L’expérience concerne trop peu de personnes et sur une trop petite période pour en tirer des conclusions générales.

argent
Non, tout leur argent n’était pas dépensé n’imorte comment. ©sharon mccutcheon/Unsplash

Parmi les bénéficiaires, seulement 2% sont au chômage. Le reste compte 43% de travailleurs, 8% de retraités, 20% de personnes handicapées et 10% de personnes qui restent à la maison pour s’occuper de leurs enfants ou de parents âgés. La majorité du budget qui leur est alloué en plus de leurs revenus (ou pas) est consacré aux dépenses quotidiennes qui leur permettent de vivre. Ainsi, 40% est consacré à la nourriture, 24% à des marchandises, notamment dans des magasins de grande distribution, 11% était dédié aux charges et 9 % était destinés aux frais liés à la voiture. Le reste était utilisé pour les frais médicaux, les soins, les loisirs, le transport, l’éducation et les dons. « Dans ce pays, on a tendance à associer des vices comme la drogue, l’alcool, le jeu, à des personnes aux prises avec des difficultés économiques et aux personnes de couleur », a déclaré le maire de la ville. « J’ai pensé qu’il était important d’illustrer que les gens n’utilisaient pas cet argent pour de telles choses. Ils l’utilisent pour des nécessités. Littéralement », rapporte l’AP.

Lire aussi > Réquisitoires contre les « jobs à la con »

Et les résultats se font sentir sur la santé et le bien-être des bénéficiaires. « Ma santé va beaucoup mieux. J’étais stressé, mon corps était usé. Je me sens en meilleure santé, j’ai plus d’énergie, je suis capable de me détendre et de m’amuser », rapporte Tomas, l’un des bénéficiaires. Comme lui, Zohna et son mari ont pu trouver dans cette rentrée financière mensuelle une bouffée d’oxygène. Ils ont alloué leur extra au paiement des factures et ont pu oublier une partie de leurs problèmes et de leur stress. Aujourd’hui, tout leur argent ne part plus dans les factures en retard mais leur permet de vivre normalement.

CIM Internet