Paris Match Belgique

Julien de Wit, astrophysicien verviétois, prof au M.I.T. : «Trébucher sur la vie ailleurs est inévitable»

Julien de Wit, astrophysicien d'origine verviétoise, professeur au M.I.T., tient l'audience en haleine lors du symposium spatial organisé à l’abbaye de Neumünster au Grand-Duché. ©Jérôme Van Belle/Wbi/Awex

Société

« Nous allons être confrontés à la vie ailleurs, c’est inévitable. Que ce soit sous la surface de Mars, sous la croûte de glace d’Enceladus ou d’Europa, ou autour de planètes telles que Trappist-1. » Lorsque la phrase est prononcée par une référence mondiale dans la recherche hors système solaire, le public retient son souffle. Rencontre à Luxembourg avec Julien de Wit, jeune et flamboyant astrophysicien verviétois, chercheur d’exoplanètes et prof au Massachusetts Institute of Technology.

«Le rythme auquel nous prenons conscience de notre environnement correspond au rythme de notre développement technologique. Il faut absolument mobiliser les jeunes générations », rappelle-t-il régulièrement. Le chercheur formé d’abord à l’ULiège, devenu star parmi les stars des exoplanètes, occupe l’espace, entame sa matière comme on présente une thèse universitaire, montre en main. Il tient en haleine toute la salle du symposium sur l’espace organisé à Luxembourg lors de la visite d’Etat. Au centre de la journée, les synergies du secteur entre Belgique et Grand-Duché.

Lire aussi > La recherche d’extraterrestres « est bien plus crédible qu’auparavant »

L’homme est un géant. Sa prestation orale est rythmée comme un one-man-show. Elle donne les contours d’une aventure grisante. De celles qui éloignent radicalement les horizons et oxygènent l’esprit. Avec, au cœur du débat, ces questions toujours palpitantes sur les origines de la vie, sa localisation, le devenir de l’Homme. Et ce qui ressemble davantage à un constat statistique qu’à de la science fiction : il y a, c’est une réalité aujourd’hui revendiquée, cette «forte probabilité de trébucher sur la vie ailleurs.» 

La recherche progresse sur un mode hyperbolique, à une allure qui n’en finit pas de s’accélérer. « L’espace est un moteur de développements technologiques et nourrit notre imagination. Mais il questionne également l’humain. » C’est sous cet angle d’ouverture sur des disciplines et perspectives multiples – scientifiques, économiques, sociétales… – que les thèmes ont été choisis. Un impératif car le questionnement scientifique – et en l’espèce spatial -, est crucial pour la société des hommes dans toute sa variété, singulièrement, comme le martèle Julien de Wit, « à une époque où notre espèce et notre écosystème font face à des défis allant de la crise politique à la faim à grande échelle, à la surpopulation, aux espèces en voie de disparition et au changement climatique. (…) Je ne suis pas ici pour évaluer où nous en sommes ou décider d’où nous devrions aller. Je suis humblement avec vous pour signaler que nous avons peut-être à portée de main une occasion unique de changer les choses. »

Le questionnement scientifique est crucial « à une époque où notre espèce et notre écosystème font face à des défis allant de la faim à grande échelle à la surpopulation et au changement climatique. » Ici manifestation d’étudiants pour l’environnement à Montréal le 18 octobre 2019. ©Louis Baudoin/AFP

Avec ce phrasé envoûtant, aux détours philosophico-sociétaux, le chercheur poursuit sa démonstration. « Le potentiel perturbateur de l’astronomie est humiliant », lance-t-il. De quoi remettre en perspective quelques dogmes terrestres. L’exemple ultime, celui de la révolution copernicienne, est brandi en maître-argument : « Lorsque Copernic a prétendu que la Terre n’était pas le centre de l’univers, il a déclenché une révolution. Une révolution à travers laquelle la religion, la science et la société ont dû s’adapter à cette nouvelle vision du monde. »

De l’ULiège au Massachusetts Institute of Technology

Julien de Wit, la toute petite trentaine, a entamé ses études d’ingénieur à l’Université de Liège où il a obtenu un baccalauréat avant de décrocher un diplôme en ingénierie aérospatial et un Master en « Research in Astrophysics, Planetology, and Space Sciences » à l’école française d’ingénierie aéronautique et aérospatiale Supaero. Après un premier stage au M.I.T., il se plonge dans les sciences exoplanétaires et la quête d’une vie extra-terrestre. Il boucle ensuite un Master en Aerospace Engineering à l’ULIège (prix Odissea 2011 du Sénat belge) et une thèse de doctorat en sciences planétaires au M.I.T. où sa directrice de thèse le pousse à étudier l’atmosphère des planètes potentiellement habitables. Sa mission a une double vocation: déployer une méthode de cartographie d’exoplanètes et une méthode pour déterminer leur masse en sondant leur atmosphère.

Julien de Wit lors de la visite d’Etat au Grand-Duché de Luxembourg. ©Jérôme Van Belle / WBI/AWEX
Pour accomplir le travail, il reçoit une bourse d’excellence de WBI.World. Wallonie-Bruxelles nourrit moult collaborations avec ses partenaires à l’international. Notamment, en accueillant des étudiants étrangers dans ses établissements d’enseignement. À l’ULiège, le Verviétois travaille avec Michaël Gillon, l’astronome et astrophysicien liégeois, codécouvreur d’exoplanètes telles que WASP-18b2, chef du projet SPECULOOS (Search for Planet Eclipsing Ultra-Cool Stars). Ce projet de téléscope se concentre sur la recherche de traces d’exoplanètes qui gravitent autour d’étoiles ultra froides. Julien de Wit mène la première étude atmosphérique des exoplanètes terrestres pointant le télescope spatial Hubble vers les planètes Trappist-1, les premiers mondes situés au-delà de notre système solaire où nous pourrions rechercher des signes d’habitabilité et de vie.

« D’où venons-nous ? Sommes nous-seuls ? »

Les magazines et quotidiens les plus prestigieux relaient l’info dans le monde. L’équipe qui a révélé le système Trappist-1 fait la Une des grands médias. « A la suite de cette découverte, nous avons travaillé durant trois mois avec la NASA pour élaborer l’ensemble des documents de presse. Le résultat: un tiers de la population mondiale est touché par notre découverte. Pourquoi ? Comment ? Avons-nous utilisé Cambridge Analytica pour augmenter le trafic? Pas du tout ! Nous avons regardé vers le ciel pour tenter de répondre aux questions clés évoquées : D’où venons-nous ? Comment sommes-nous arrivés ici ? Sommes-nous seuls? L’Espace invite les développements technologiques et nourrit notre imagination. »

Lire aussi > La NASA découvre des nouvelles planètes d’une nature jamais vue auparavant

Une magie liée à la création, à la fantaisie, à la projection. Le champ vierge, magistral stimule les audiences. « L’annonce de notre découverte s’est répandue dans le monde entier car elle fait profondément appel à notre imagination et elle constitue un petit pas en avant vers une réponse tangible à ces questions. En fait, c’est bien plus qu’une petite étape : cela nous rappelle à quel point nous sommes proches d’une réponse. »

À l’abbaye de Neumünster, Julien de Wit, qui est, depuis 2018, professeur de sciences planétaires au vénérable M.I.T., sidère son public. Comme il le fait désormais lors de conférences aux quatre coins du globe. On lui trouve des intonations et gimmicks à l’anglo-saxonne. Il est vrai, nous dit-il plus tard, que cette conférence, qu’il l’a écrite « en américain » au départ. Et que la traduction n’en fut pas des plus simples. L’idée globale de son initiation à quelques mystères de l’univers : prendre de la hauteur. Se roder aux gageures de demain. Tenter d’anticiper les choses à l’heure où les révélations s’accélèrent de façon exponentielle.

Nous nous éveillons de plus en plus et de plus en plus vite.

Julien de Wit revient avec la même aisance tranquille sur ce constat imminent que la science ne manquera pas de faire. « Nous allons être confrontés à la vie ailleurs, c’est inévitable. Inévitable, car le rythme actuel auquel nous prenons conscience de notre environnement suit le rythme de notre développement technologique. (…) Nous nous éveillons de plus en plus et de plus en plus vite, et nous nous rapprochons rapidement de cette étape importante dans notre Odyssée… »

Lire aussi > Les sept planètes découvertes relancent l’hypothèse d’une vie extraterrestre

L’espace, leçon de modestie au potentiel inestimable

Il faut bien sûr, insiste-t-il, engager dans ces démarches et interrogations les nouvelles générations. «Ils sont l’ardoise vierge. (…) Alors que le monde se complexifie gravement, ils ont besoin d’une base solide.» Ce socle dur, il le voit ouvert sur le monde via une pléiade de disciplines. «Si l’éducation parvient à leur fournir des compétences générales ainsi qu’une capacité à appréhender la situation dans son ensemble, nous devrions être entre de bonnes mains. Et pour ce faire, quoi de mieux que l’Espace.»
L’espace, cette leçon de modestie au potentiel inestimable. L’immensité qui affole ou apaise mais permet toujours, par essence, de prendre de la distance. L’espace, écrasant, « humiliant » pour reprendre ce qualificatif récurrent dans la bouche du chercheur, requiert une brochette de compétences techniques (mathématiques, chimie, physique, ingénierie) et de connaissances générales. Pour, dit-il, « amener des milliers de personnes à travailler ensemble et nous emmener sur la Lune. »

Le couple royal belge, le grand-duc Henri et le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel au symposium spatial à l’abbaye de Neumünster. ©Violaine le Hardy.

Julien de Wit fait partie de la poignée d’élus qui discutent avec Philippe de Belgique et Henri de Luxembourg lors d’un « meet and greet spatial ». Le roi des Belges passe un long moment avec lui, lui pose des questions utiles, avec ce que le professeur du M.I.T. décrit comme « une écoute et une attention exceptionnelles ». Philippe l’a déjà dit : il a toujours rêvé d’être astronaute. Il aime la science, elle le fascine. Il reconnaît par ailleurs qu’il l’appréhende, à la lecture, comme un littéraire. On sait le Souverain notamment amateur de poésie et de philosophie et plus à l’aise, de son propre aveu, dans ces matières. Il aura apprécié sans doute les incises visionnaires et inspirées du professeur de Wit. Dans son speech comme dans ses cours, le Verviétois intègre à l’astrophysique des notions d’histoire, d’anthropologie, de sociologie ou de psychologie analytique. Une façon d’envisager l’universel en liant les concepts et en y associant les grands maîtres. « Toute forme de conscience supérieure a besoin d’une vision du monde. Toute augmentation des connaissances et de l’expérience est un pas en avant dans le développement de cette dernière », dit-il par exemple en mentionnant Carl Jung.

« L’espèce consciente et dominante »

« Je souhaite », indique par ailleurs Julien de Wit, « que nous considérions sérieusement ce que signifie être « l’espèce consciente dominante » sur cette planète. Nous avons gravi plusieurs niveaux d’émergence (de la famille aux tribus, villes, comtés, États et nations). (…) Nous confronter à la vie ailleurs peut nous aider à nous unir plus encore. (…) L’astronomie est un outil unique. Il y a 10 000 ans déjà, elle aidait nos ancêtres à comprendre, suivre et prévoir les événements liés aux saisons. Le ciel à la fois inaccessible et regorgeant de connaissances est devenu la demeure des dieux dans de nombreuses cultures. L’astronomie nous a aidés à développer notre vision du monde extérieur, du monde intérieur et des outils permettant de connecter l’un à l’autre. Elle peut jouer un rôle important pour l’humanité. »

Vers la sixième extinction de masse

« Nous vivons dans un espace limité », reprend le scientifique wallon. « La pression croissante que nous exerçons sur notre environnement mène à la fois au changement climatique et à la sixième extinction de masse. (…) Le développement rapide de l’automatisation pose un autre défi. Comment des dizaines de millions de personnes dont le sens de soi a été lié à leur travail vont-elles accomplir leur vie une fois sans emploi? En parallèle d’une crise environnementale, une crise existentielle à grande échelle s’annonce à l’horizon. »

Lire aussi > Anuna De Wever : « Dire : On va sur Mars et fuck this planet est totalement selfish »

Il évoque aussi ces progrès technologiques qui « nous permettent d’imiter Dieu » – intelligence artificielle, réalités virtuelles… – et sont utilisés avec une inconscience allègre : « Ce sont des outils qui demandent une maturité. Je crains que la nouvelle intrinsèquement bouleversante de la découverte de la vie ailleurs ne reçoive pas plus de 30 secondes d’attention entre deux tweets.  (…) Nous préférons ainsi tirer parti de petits avantages immédiats plutôt que d’envisager les grandes conséquences à long terme, comme pour le changement climatique. »

L’ingénieur astrophysicien Julien de Wit après son speech enlevé sur les exoplanètes à l’abbaye de Neumünster. ©Violaine le Hardy.
Ce thème de l’extinction de masse est récurrent dans le discours de Julien de Wit. Il est aussi omniprésent, en filigrane, dans de nombreuses initiatives de recherches spatiales, biologiques ou médicales. De l’importance de conscientiser inlassablement les humains de demain. Le professeur du MIT zoome à nouveau sur les générations de l’avenir, cette « ardoise vierge ». Et sur l’éducation, essentielle pour relever ces sacrés challenges.

Plateforme éducative sur les exoplanètes

Il mentionne enfin un «  un outil didactique innovant qui implique davantage la prochaine génération dans une vue d’ensemble et l’espace tout en leur enseignant ces compétences importantes ». Une plateforme développée par l’Awex (Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers) et WBI (Wallonie-Bruxelles International). « Plusieurs activités scolaires pour l’enseignement primaire et secondaire sont mises à la disposition des enseignants en ligne, avec des contenus éducatifs liés au thème des exoplanètes. »
« Notre humanité évolue et est confrontée en permanence à des défis nouveaux, majeurs – les plus importants sont le produit direct de nos modes de vie », enchaîne Pascale Delcomminette, maîtresse de cérémonie du symposium spatial. « Face à eux, nous n’avons qu’une option : préparer les jeunes. Notre responsabilité de décideurs est de permettre aux adultes de demain de bénéficier aujourd’hui de l’enseignement le plus performant. »

Vision artistique de l’une des nombreuses exoplanètes récemment découvertes – la « super-Earth » HD 85512 b. ©EPA/European Southern Observatory / ESO /

L’administratrice générale Awex-WBI rappelle encore « la collaboration entre nos pays et régions, notamment dans le secteur spatial et éducatif, mais aussi technologique. (…) Nous valorisons des ressources pédagogiques proposées par l’Agence spatiale européenne au travers de son réseau de bureaux éducatifs dans toute l’Europe, Esero. Les activités proposées sur cette plateforme vouée aux exoplanètes ont été développées par une jeune entreprise belge active dans le secteur de l’innovation éducative, Succy, qui gère notamment le bureau belge d’Esero. » Esero Luxembourg reçoit quant à lui l’accès à la plateforme via l’Awex et WBI. Les contenus éducatifs évoqués sont ainsi accessibles aux enseignants et élèves luxembourgeois.

Boom du secteur

Le secteur spatial est en pleine mutation, c’est une évidence – évolution des technologies, industrie spatiale 4.0, avènement du « New Space »… Une croissance massive est attendue ces prochaines années. Selon un rapport de Morgan Stanley, le chiffre d’affaires de l’industrie spatiale devrait passer de 350 milliards de dollars en 2019 à 1 100 milliards de dollars en 2040.
L’utilisation de plus en plus volumineuse des données issues du secteur (télécoms, observation de la Terre, géo-positionnement…) incite à développer de nouveaux services dans l’agriculture, l’environnement, le maritime, la logistique, la mobilité…

Lire aussi > Depuis l’espace, la viande imprimée en 3D débarque bientôt dans nos assiettes

L’activité spatiale va stimuler l’engagement de nouveaux profils liés aux télécommunications, à l’IT, l’intelligence artificielle, à l’industrie créative, etc. Former les jeunes aux fameux STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques) est vital.
La Belgique et le Grand-Duché ont investi dans des infrastructures spécifiques et se sont engagés dans des projets internationaux d’envergure. Ils ont « anticipé le développement économique du secteur pour saisir les opportunités de croissance ». Une déclaration commune a par ailleurs été signée par les deux pays en janvier dernier. Elle affirme leur volonté de développer, avec des partenaires européens, un cadre international pour l’exploration minière spatiale.

« Une même passion pour l’espace »

« (Nos pays) partagent la même passion pour l’espace », confirme lors du symposium Étienne Schneider, vice-premier ministre du Grand-Duché, ministre de l’Économie et de la Santé. « La politique spatiale qui a été menée par nos gouvernements successifs ces dernières décennies a permis de construire (en Belgique et au Luxembourg) un tissu scientifique et industriel extrêmement performant et reconnu comme tel en Europe et dans le monde. » L’industrie spatiale au Grand-Duché naît d’une volonté politique souligne-t-il. Le gouvernement crée en 1985 la Société européenne des satellites (SES), basée à Betzdorf. C’est aujourd’hui, avec plus de 2 milliards de chiffres d’affaires et plus de 2000 employés, le premier opérateur mondial de satellites de communications. Une compétence qui reste «prépondérante au Luxembourg ». S’y sont ajoutés notamment les services de géoinformation.

La Société européenne des satellites(SES), basée à Betzdorf est aujourd’hui le premier opérateur mondial de satellites de communication. ©E. Jowa

« Le Grand-Duché s’est positionné comme un acteur de l’industrie du New Space en Europe, grâce au lancement, en 2016, de son initiative SpaceResources.lu », dit encore Étienne Schneider. « Il est devenu en trois ans le pôle européen en matière d’exploration et d’utilisation commerciale des ressources qu’on trouve dans l’espace, comme l’eau ou le régolithe. (…) C’est aussi un pionnier dans la mise en place d’une cadre légal pour encadrer les activités liées à l’usage des ressources spatiales. Avec la Belgique, le Luxembourg va développer ce cadre juridique à l’international tout en encourageant les investissements, notamment du secteur privé. »

La recette Hergé

Placée sous l’autorité du ministère de l’Économie, l’agence spatiale du Luxembourg (LSA, Luxembourg Space Agency) soutient le développement économique du secteur. La création en 2018 d’une telle structure à orientation commerciale répond à la mutation de ces sphères, à ce fameux « New Space ». Elle traduit aussi la volonté du pays de « diversifier son activité économique » dans une dynamique d’anticipation et de contemporanéité.

Lire aussi > Xavier Bettel, Premier ministre du Luxembourg : « L’évolution, pas la révolution »

« Dans mon bureau au ministère de l’Économie », note Étienne Schneider, « j’ai un exemplaire de la fameuse fusée rouge et blanc avec laquelle le visionnaire Hergé avait propulsé les Belges sur la Lune, bien avant les premiers astronautes américains. Pilotage, apesanteur, description d’un moteur atomique, rien n’a été négligé dans les albums Tintin. Le New Space raconte aujourd’hui une nouvelle histoire de l’espace. Pour réussir, nous devons nous inspirer de la recette qu’avait trouvée Hergé dès les années 50: trouver le bon équilibre entre le réel et l’imaginaire, le réel et le fantastique, et surtout entre le réel et la vision futuriste. C’est grâce à cette approche que nous ferons du Luxembourg et de la Belgique, qui sont deux petits pays sur Terre, deux grandes nations dans l’espace. »

Le spatial explose en Wallonie

Le secteur spatial en Belgique relève d’une compétence fédérale gérée par Belspo, institution chargée de la politique scientifique belge. Son développement en Wallonie représente une part importante de l’ensemble national. « L’émergence d’écosystèmes locaux et le développement du marché commercial ont renforcé la compétence régionale, principalement au sud du pays », précisent les documents de Wallonie Espace. Les compétences industrielles et scientifiques wallonnes sont prisées par le secteur spatial luxembourgeois. Des liens multiples se sont tissés entre Wallonie et Grand-Duché dans le développement de stations de réception au sol (notamment sur le site Galaxia/Redu) et dans les collaborations scientifiques et industrielles. En 2017, la Wallonie signe un protocole d’accord avec le Grand-Duché dans le cadre du projet d’exploitation de données liées au programme européen Copernicus  (constellation de satellites Sentinel).

Le logo de l’ESA (European Space Agency) sur une antenne satellite. Cliché pris lors de la cérémonie du 50e anniversaire de l’ESEC (European Space Security and Education Centre) à Redu, le 3 juillet 2018. ©Benoît Doppagne/Belga

L’expertise wallonne dans l’aérospatial est par ailleurs largement reconnue. Ses investissements dans des infrastructures de pointe se poursuivent: station de l’ESA (European Space Agency), implantée à Redu (en 2019, l’ESA reconnaît le site ESEC – European Space Security and Education – de Redu comme centre de référence en services de cybersécurité); 20 ans du premier incubateur wallon de transferts des technologies issue de la recherche (ULiège, ULB, UCL), Centre d’entreprises Galaxia, accords Sentinel Copernicus, Galileo Ils Centre, Pôle Skywin (qui représente quelque 7.500 emplois et 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires – aéronautique et spatial -, dont 90% à l’exportation), etc. « Depuis plus de vingt ans, indique encore Wallonie Espace, le secteur spatial wallon a plus que triplé son chiffre d’affaires et a progressé de plus de 70% en termes d’emplois. Le secteur des drones est en forte croissance et la filière wallonne consacrée à la Défense et à la Sécurité, filière historique issue des compétences métallurgiques et mécaniques du XXe siècle, est également en hausse.»

À signaler encore sur ce palmarès régional enivrant : les entreprises aéronautiques wallonnes, qui représentent 70% du secteur pour la Belgique, fournissent en moyenne 5% de chaque Airbus.

CIM Internet