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Camion de la mort : Des familles vietnamiennes à la recherche de leurs proches

Vietnam

Une famille allume des bâtonnets d'encens devant le portrait de Bui Thi Nhung. Ils craignent qu'elle figure parmi les 39 personnes retrouvées mortes dans un camion en Grande-Bretagne. | © AFP

Société

Mercredi passé, 39 corps ont été découverts dans un camion au Royaume-Uni.

 

Mercredi dernier, 39 corps ont été découverts dans une remorque frigorifique, dans une zone industrielle de Grays, à une trentaine de kilomètres de Londres en Grande-Bretagne. Alors que les premières informations laissaient penser que les victimes, 31 hommes et huit femmes, étaient de nationalité chinoise, des doutes sont apparus quand au moins 24 familles vietnamiennes ont dit craindre que leurs proches ne figurent parmi les victimes.

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« Je meurs parce que je ne peux pas respirer »

Le journal local VnExpress rapporte que 24 familles sont à la recherche d’enfants, dont 10 sont portés disparus à Ha Tinh et 14 à Nghe An, deux provinces centrales du pays d’Asie du Sud Est. Nghe An est une des régions les plus pauvres du pays et une plaque tournante pour le trafic d’êtres humains. Samedi, le Premier ministre Nguyen Xuan Phuc a ouvert une enquête sur le trafic vers l’étranger. Des centaines de ressortissants vietnamiens sont victimes de trafic vers le Royaume-Uni chaque année, selon l’association caritative Ecpat.

Sur les réseaux sociaux, des appels à l’aide se multiplient et se partagent. Les familles vietnamiennes sans nouvelles de leurs proches cherchent désespérément des informations. Un message en particulier symbolise la détresse dans laquelle se trouvent les proches et l’enfer subit par ces jeunes qui ont décidé de fuir la misère et essayant de se rendre en Angleterre. The Guardian a partagé l’appel à l’aide d’une mère qui a reçu un message de sa fille sans donner de nouvelles depuis. Elle soupçonne qu’elle soit parmi les 39 victimes.

« Je suis désolé maman. Mon voyage à l’étranger n’a pas réussi. Maman, je t’aime tellement ! Je meurs parce que je ne peux pas respirer … Je suis de Nghen, Can Loc, Ha Tinh, Vietnam … Je suis désolé, maman ». Voilà le message reçu par la mère de Pham Tra My Thi, âgée de 26 ans, la semaine dernière, environ à l’époque de la tragédie. Le message est daté du mercredi 23 octobre à 4h28 au matin, soit 22h28, heure du Royaume-Uni, toujours d’après The Guardian, soit quelques heures seulement avant que les autorités ne soient appelées après les découvertes des corps en Angleterre.

D’autres histoires de jeunes n’ayant plus donné signe de vie depuis mercredi passé se sont multipliées. Trois familles ont notamment été prévenues que leurs enfants se rapprochaient de l’Angleterre. « Ils ont déclaré avoir reçu des informations selon lesquelles les membres de leur famille étaient sur le point d’arriver au Royaume-Uni le 23 octobre et qu’ils devraient être prêts à payer. Mais le contact a ensuite disparu », a indiqué à nos confrères Hoa Nghiem, coordinatrice de Human Rights Space, un réseau basé au Vietnam. « Elle écrit son nom et son lieu d’origine, ce qui est très important, pour indiquer aux gens où elle devrait être enterrée. Il est important que le corps soit ramené à son lieu de naissance », explique Mimi Vu, experte en matière de trafic de jeunes vietnamiens vers l’Europe et le Royaume-Uni et qui travaille au Vietnam sur les questions de traite et d’esclavage depuis sept ans.

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Itinéraire du camion, d’après l’AFP. ©AFP

La Belgique concernée

La police britannique va recevoir le soutien de policiers belges, a indiqué lundi le parquet fédéral, confirmant une information de la VRT. Le but d’une telle collaboration est de « mettre en commun les preuves et indices récoltés afin de faire avancer nos enquêtes respectives », a expliqué Eric Van der Sypt, porte-parole du parquet fédéral. « Aujourd’hui ou durant la semaine, le plus vite possible, deux ou trois policiers vont être envoyés en Angleterre », a indiqué le parquet fédéral. De cette manière, ils pourront avoir des contacts privilégiés avec leurs collègues britanniques et s’échanger mutuellement les preuves et indices récoltés jusqu’ici.

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À ce stade de l’enquête, on ignore toujours à quel endroit les victimes sont montées à bord du camion frigorifique. Les recherches ont toutefois démontré que le conteneur avait bien transité par la Belgique. Samedi, le chauffeur soupçonné d’avoir tracté la remorque jusqu’à Zeebrugge a été arrêté en Irlande. Le conducteur du camion Scania, qui a tracté par la suite cette remorque jusqu’en Grande-Bretagne, a quant à lui été inculpé pour homicides involontaires, trafic d’êtres humains, aide à l’immigration illégale et blanchiment d’argent. Il doit être présenté ce lundi devant la justice britannique. Trois autres personnes ont été interpellées dans le cadre de cette enquête, menée par la police de l’Essex, dont les anciens propriétaires du camion Scania, avant d’être remises en liberté ensuite.

Avec Belga

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