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Le président bolivien Evo Morales annonce la convocation de nouvelles élections présidentielles

Affiches accusant Evo Morales de Fraude en Bolivie

Les manifestants accusent Evo Morales de fraude lors de la dernière élection présidentielle, et réclament sa démission. | © JORGE BERNAL / AFP

Société

La Bolivie est sous haute tension depuis trois semaines. Les manifestants demandaient le départ de Evo Morales, il a annoncé ce dimanche la convocation de nouvelles élections. La vague de contestation a déjà fait trois morts et 200 blessés.

 

Le chef de l’État bolivien Evo Morales a promis ce dimanche 10 novembre de convoquer une nouvelle élection présidentielle. Plus tôt ce matin, le secrétariat général de l’Organisation des États américains (OEA) avait demandé l’annulation du premier tour de l’élection présidentielle en Bolivie, alors qu’une vague de contestation a éclaté dans ce pays d’Amérique du Sud dès le lendemain du scrutin. Le président Evo Morales avait lancé samedi un appel au dialogue aussitôt rejeté par l’opposition, et des incidents se sont poursuivis dans la nuit dans une Bolivie sous haute tension, avec des mutineries d’unités policières et l’occupation de médias d’État par des manifestants. Dans la soirée, des incidents avaient toujours lieu à El Alto, ville collée à La Paz et considérée comme un bastion d’Evo Morales, selon des médias locaux. Des groupes de manifestants pro-gouvernement bloquaient le péage sur l’autoroute reliant les deux villes, tandis que les installations d’une chaîne de télévision privée, Unitel, ont été détruites en début de soirée, a dénoncé la chaîne dans un communiqué.

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Signe de la tension croissante, M. Morales a rapporté que la maison du gouverneur d’Oruro (ouest), membre du parti au pouvoir, le Mouvement vers le socialisme (MAS), avait été incendiée, ainsi que celle de sa sœur. « Je lance un appel au dialogue avec les partis qui ont obtenu des sièges au Parlement lors des dernières élections générales, soit quatre partis », avait déclaré un peu avant Evo Morales, 60 ans, dans un discours à la nation, au cours duquel il a aussi appelé les policiers mutinés à mettre fin à leur mouvement.

Outre l’élection de nouveaux parlementaires, le scrutin du 20 octobre a abouti à la réélection à la présidence du leader indigène de gauche, au pouvoir depuis 2006, pour un quatrième mandat jusqu’en 2025. Mais l’opposition ne reconnaît pas cette élection, qu’elle estime entachée de fraude et réclame sa démission. La vague de contestation qui a éclaté dès le lendemain du scrutin a fait trois morts et 200 blessés.

La colère ne désemplit pas en Bolivie, la rue demande la démission d'Evo Morales
La colère ne désemplit pas en Bolivie. © DANIEL WALKER / AFP

Un appel au dialogue rejeté

En revanche, M. Morales n’a pas appelé au dialogue les puissants comités de la société civile qui ont lancé le mouvement de protestation contre sa réélection. Quelques minutes après cette allocution, Carlos Mesa, ancien président bolivien et principal rival de M. Morales lors du scrutin d’octobre, a rejeté sa proposition. « Je n’ai rien à négocier avec Evo Morales et avec son gouvernement », a-t-il déclaré. D’autres formations ont également décliné. Les deux autres partis concernés sont le MAS de M. Morales et le Parti démocrate chrétien, une formation d’opposition.

Nouveau signe de la montée des tensions en Bolivie, une foule de manifestants hostiles à M. Morales a occupé samedi à La Paz les sièges de deux médias d’État, Bolivia TV et Radio Patria Nueva, et a contraint leurs employés à quitter les lieux. Peu après, une radio du syndicat paysan CSUTCB à La Paz a également été envahie par des manifestants, selon un autre tweet de M. Morales qui a condamné « une attaque lâche et sauvage ».

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Vendredi, 17 jours après le début des manifestations contre la réélection de M. Morales, trois unités de la police se sont mutinées dans la ville de Cochabamba (centre), puis à Sucre (sud, capitale constitutionnelle de la Bolivie) et à Santa Cruz, une région riche de l’est du pays et un bastion de l’opposition. Les mutineries se sont étendues dans la nuit de vendredi à samedi aux autres régions, selon les médias locaux. « Notre démocratie est en danger à cause du coup d’État en cours que des groupes violents ont lancé contre l’ordre constitutionnel. Nous dénonçons devant la communauté internationale cette attaque contre l’État de droit », avait écrit M. Morales sur Twitter vendredi soir. Le ministre de la Défense Javier Zavaleta a toutefois exclu une intervention militaire contre les mutins.

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