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Lynchage en direct lors d’un match de foot en Argentine

Le jeune homme a succombé ce lundi à ses blessures | © Belga

Société

C’est une mort insupportable, qui survient au cours d’une semaine déjà marquée par des violences en série dans le football. Samedi, un jeune supporter argentin a été lynché au stade Mario Kempes alors que se déroulait le derby de Cordoba entre les clubs de Belgrano et Talleres.

Après avoir passé 48 heures en état de mort cérébrale, les autorités ont annoncé mardi qu’il avait succombé à ses blessures. Les images de sa terrible agression ont été filmées par les caméras de la télévision locale. On y voit le jeune garçon tenter d’échapper à plusieurs hommes qui viennent de le prendre violemment à partie. Il est ensuite jeté dans le vide, du haut d’une tribune sous le regard impassible de témoins. Après avoir chuté de cinq mètres, Emanuel Balbo a atterri sur la tête, provoquant non seulement une grave blessure à la tête mais également un arrêt cardiaque.

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Une famille à nouveau frappée par le drame

C’est à la mi-temps du match que le drame s’est joué. D’après le père de la victime, Emanuel Balbo venait de reconnaître le meurtrier de son frère, indique El Espectador. En novembre 2012, Agustín Balbo, le frère d’Emanuel, âgé de 14 ans, et un ami, Enrique Díaz, âgé de 15 ans, avaient été tués. Les deux se trouvaient à moto dans le calme d’une rue d’un quartier pauvre de la périphérie de Cordoue, au petit matin, lorsqu’ils ont été renversés par deux hommes en Volkswagen Golf. Agustín est mort sur le coup, son ami a succombé à ses blessures à l’hôpital. L’une des personnes à bord de la voiture a rapidement été attrapée, alors que Óscar Gómez a échappé plusieurs heures aux autorités.

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Ciblé par l’assassin de son frère

À l’époque, la police a indiqué qu’il n’était ni en état d’ébriété, ni sous l’emprise de drogue. Les deux auraient simplement conduit à toute vitesse, au milieu des passants, sans se soucier des conséquences, raconte El Diario Popular. S’en est suivie une expédition punitive au cours de laquelle la voiture d’Óscar Gómez a été brûlée, tout comme sa maison. Les deux hommes ont été poursuivis pour homicide volontaire aggravé, mais ont été relâchés au bout d’un mois dans l’attente de leur procès. C’est donc libre qu’Óscar Gómez s’est rendu au stade et a croisé le regard d’ Emanuel Balbo. Selon le père de la victime, l’homme a fait croire aux supporters présents en tribune qu’il faisait s’agissait d’un fan infiltré de l’équipe adverse de Talleres, pour déclencher une bagarre générale. Quatre personnes ont été arrêtées pour leur implication présumée dans le meurtre. Quant à Óscar Gómez, il s’est rendu à la police. Son avocat assure son client est innocent et n’a rien à voir avec la mort de Balbo. Il aurait tout au plus échangé quelques mots avec lui.

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« Emanuel aimait Belgrano autant que vous, que votre père, votre grand-père »

Enzo Balbo, l’oncle de du jeune garçon a posté un long message sur Facebook pour dénoncer les violences lâches des supporters commises au nom du soit disant amour pour leur club. «A vous qui avez regardé, insulté, craché, donné des coups de poing, frappé avec vos pieds ou vos drapeaux, vous avez entendu l’un de vos gars dire qu’un autre type était un Talleres et sans vous poser de question, sans rien savoir, vous avez déchaîné toute votre violence contre lui. Vous savez quoi ? Vous avez eu tort, vous les fous, vous avez eu tort. Emanuel aimait Belgrano autant que vous, que votre père, votre grand-père, votre cousin ou votre meilleur ami. Je vais vous dire une chose, vous n’avez aucune idée de la vie que vous venez de voler, vous ne connaissiez pas la personne merveilleuse qu’il était», a-t-il publié.

318 victimes dans le milieu du football argentin

Depuis juillet 1922, Emanuel Balbo est la 318ème victime de violences perpétrées dans le milieu du football argentin. La violence est telle que les déplacements de supporteurs sont interdits depuis plusieurs années. Des incidents violents sont recensés chaque week-end. En 2016, six supporters de clubs de football argentins sont morts dans des règlements de compte, selon l’ONG Salvemos el Futbol. De 2013 à 2015, 34 ont été tués. La Fédération argentine de football (AFA) a assuré qu’elle offrirait «toute sa collaboration avec les forces de l’ordre pour déterminer les responsables de cette agression inimaginable, en mettant en place les mesures nécessaires pour que ce genre d’événement ne se reproduise plus dans aucun stade de football argentin». Le club de Belgrano a publié un communiqué dans lequel il dit «regretter profondément la mort d’Emanuel Balbo» et appelle à une «réflexion afin que justice soit faite pour Emanuel».

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