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Aux États-Unis, une fausse Université pour piéger les étudiants étrangers

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Le faux site Internet de l'Université de Farmington. | © Capture d'écran.

Société

L’agence américaine de contrôle de l’immigration a créé une fausse Université afin de piéger des étudiants étrangers inscrits dans l’établissement.

 

Les salles de classe, le campus, les cours… Tout semblait normal dans cette Université du Michigan. Mais derrière les murs de l’établissement, les employés étaient en réalité des agents du gouvernement sous couverture. En février dernier, le Detroit Free Press a révélé que l’Université de Farmington, ouverte en 2015, était en fait un piège mis en place par l’agence américaine de contrôle de l’immigration (ICE) afin d’arrêter des étudiants étrangers. Depuis janvier dernier, 250 élèves ont été interpellés dans le cadre de cette vaste enquête, indique cette semaine le Washington Post. Le but des agents fédéraux ? Mettre la main sur ces étrangers entrés légalement aux États-Unis et qui, en s’inscrivant à l’Université, pouvaient prolonger leur visa. Une pratique qui existe depuis des années dans le pays où de fausses Université surnommées « usines à visas », permettent aux étrangers de rester dans le pays pour travailler. Les étudiants versaient ainsi des milliers de dollars à l’école, puis fournissaient aux services de l’immigration une preuve qu’ils étaient inscrits à un programme d’éducation à temps plein et qu’ils pouvaient donc ensuite continuer à vivre et à travailler aux États-Unis avec un visa d’étudiant. D’après les autorités, les élèves interpellés savaient donc parfaitement dans quoi il s’engageaient en s’inscrivant dans cette Université et n’avaient pas l’intention de suivre des cours.

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Mais pour leurs avocats, les élèves ont été dupés par les promesses faites par cette fausse Université. L’établissement figurait sur la liste des écoles agréées par le Département de la sécurité intérieure des États-Unis où les étudiants étrangers peuvent s’inscrire. Le site web de l’établissement vantait en outre les langues parlées par son président, le nombre de cours dispensés, il mettait également en avant des photos du campus, affichait de nombreux étudiants en train de travailler à la bibliothèque. Les frais de scolarité étaient estimés entre 8500 dollars et 11 000 dollars. Les agents allaient jusqu’à se faire passer pour des recruteurs par e-mail. « C’était un plaisir de vous parler », a écrit Ali Milani à un étudiant indien souhaitant s’inscrire. « Merci pour votre intérêt pour l’Université de Farmington, une faculté accréditée au niveau national et une institution spécialisée dans les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques. Nous avons créé à l’Université de Farmington un environnement d’apprentissage innovant combinant enseignement traditionnel et enseignement à plein temps. Nous proposons des horaires de cours flexibles et nous nous concentrons sur les étudiants qui ne souhaitent pas interrompre leur carrière », peut-on lire dans ce message. Une preuve selon les avocats que l’école a en réalité essayé de tromper les élèves pour les faire venir ici.

« Un stratagème visant non pas à attaquer les délinquants mais à susciter la peur dans notre système d’immigration »

« Il semble tout à fait clair que le gouvernement a mis en place un stratagème visant non pas à attaquer les délinquants mais à susciter la peur dans notre système d’immigration », affirme dans le Washington Post Amer Zahr, professeur de droit adjoint à l’université de Detroit-Mercy et porte-parole du l’un des étudiants arrêtés. « Ils s’en prennent à des étudiants qui essaient d’améliorer leur vie, car l’Amérique a la meilleure éducation. C’est à qui ils choisissent de s’adresser. C’est vraiment dérangeant. » Elizabeth Warren, sénatrice et candidate aux primaires démocrates, a dénoncé cette enquête sur Twitter. « C’est cruel et épouvantable. Ces étudiants ont simplement rêvé de bénéficier de l’enseignement supérieur de grande qualité que l’Amérique peut offrir. ICE les a trompés et piégés, juste pour les expulser ».


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« Nous nous inquiétons des conditions de détention de ces étudiants et voulons savoir s’ils sont traités avec dignité », a par ailleurs réagi le ministère indien des Affaires étrangères cité par la BBC, ajoutant craindre que parmi les élèves arrêtés figurent bel et bien des étudiants de bonne foi. Autre sujet de controverse : depuis le début de cette enquête et ce piège tendu par les autorités, l’agence ICE aurait empoché près de 200 000 dollars grâce aux frais de scolarités payés par les élèves.

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