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« Nous allons tous aller en prison » : Dans l’Ohio, un nouveau projet de loi contre l’avortement demande l’impossible

Un message contre les lois anti-avortement

Le message est passé. | © Unsplash/Claudio Schwarz

Société

Dans l’Ohio, un projet de loi a été déposé ordonnant aux médecins de réaliser l’impossible : réimplanter une grossesse extra-utérine dans l’utérus d’une femme.

 

Toujours plus loin dans la guerre contre l’arrêt Roe vs. Wade de la Cour Suprême en 1973, certains États américains ne reculent devant rien. Dernier en date ? L’Ohio. Dans cet État de l’est du pays, un projet de loi obligeant les médecins à « réimplanter une grossesse extra-utérine » dans l’utérus d’une femme a été déposé, indique vendredi dernier The Guardian. Une procédure que même les meilleurs médecins ne peuvent respecter, puisqu’elle n’existe tout simplement pas. Les législateurs de l’Ohio leur demandent ainsi de réaliser l’impossible, sous peine d’être accusés de « meurtre par avortement ».

Comme son nom l’indique, une grossesse extra-utérine signifie que l’ovule fécondé se développe en dehors de l’utérus, le plus souvent dans une des deux trompes de Fallope. Si elle n’est pas diagnostiquée rapidement, elle représente un véritable danger pour la fertilité, et surtout la vie, de la mère. La trompe dans laquelle l’œuf s’est accroché peut se rompre et provoquer une hémorragie interne. Ainsi, les grossesses extra-utérines, ectopiques, sont la première cause de mortalité féminine au premier trimestre.

« De la pure fiction »

Cette décision intervient alors que les Républicains, qui multiplient les projets de loi anti-choix, cherchent à interdire l’avortement et à obliger la Cour suprême à réviser ce droit. D’après le journal britannique, le projet de loi de l’Ohio est l’un des plus extrêmes à ce jour. Mais ce n’est pas la première fois que les législateurs de l’Ohio tentent de la faire passer. En mai dernier, les obstétriciens et gynécologues avaient déjà tenté de leur dire que cette intervention est actuellement médicalement impossible.

Daniel Grossman, chercheur américain en avortement et contraception, avait affirmé en mai dernier sur Twitter que cette technique était de la « pure science-fiction », avant d’ajouter : « Alors que nous sommes en pleine crise de mortalité maternelle, il est inacceptable d’envisager de placer des obstacles au traitement de la grossesse extra-utérine. » 

« Je ne peux pas croire que je tape encore cette phrase, mais c’est impossible », répétait en novembre le Dr David Hackney, obstétricien et gynécologue de l’Ohio, sur Twitter. « Nous allons tous aller en prison. »

Peine de mort

En plus d’ordonner aux médecins de faire l’impossible, le projet de loi interdit totalement l’avortement et définit un œuf fécondé comme un « enfant à naître ». Elle punirait également les femmes et filles âgées d’au moins 13 ans si elles « pratiquent ou subissent » un avortement. Comme les médecins, elles seraient alors accusées de « meurtre par avortement », un crime passible de prison à perpétuité. Le projet présente également la création du crime de « meurtre par avortement aggravé », auquel cas la peine de mort serait possible.

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