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La Chine épure ses bibliothèques (et bafoue encore les libertés) en brûlant des livres interdits

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Image d'illustration. | © Unsplash / Fred Kearney.

Société

Se conformant à une directive du ministère de l’éducation destinée aux écoles, une bibliothèque communale de Zhenyuan (nord du pays) a partagé une photo de ses employés brûlant des livres religieux et pro-démocratie, « illégaux » aux yeux du régime. « C’est ce que l’Allemagne nazie a fait au siècle dernier », a répondu un internaute.

C’est un débat qui met l’Empire du Milieu très mal à l’aise. Tout part d’un cliché qui a circulé sur les réseaux sociaux chinois ce week-end : des travailleurs d’une bibliothèque située dans le comté de Zhenyuan, dans la province de centre-nord du Gansu, brûlent des livres dans un acte que la bibliothèque décrit comme un filtrage « rapide » et une destruction de publications « illégales ». La bibliothèque a déclaré qu’elle souhaitait améliorer sa fonction d’outil de propagande, et ce pour promouvoir les valeurs chinoises dominantes. Le message, initialement publié le 22 octobre, a depuis été supprimé.

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Retirer les ouvrages « contraires à l’idéologie du parti »

Au total, la bibliothèque a détruit 65 livres sous la supervision de fonctionnaires du bureau des affaires culturelles de Zhenyuan, selon un quotidien local cité par le GuardianAlors que la liberté d’expression est, depuis la prise de pouvoir de Xi Jinping, toujours plus menacée, les autorités procèdent à un nettoyage à grande échelle des livres dans les bibliothèques du pays. Un grand chantier en cours depuis octobre, comme le note le quotidien britannique. Le ministère a notamment ordonné aux écoles de retirer les livres jugés « illégaux » ou « inappropriés », y compris ceux qui sont « contraires à l’idéologie du parti », « décrivent le parti, la nation ou l’armée de manière moqueuse » ou « promeuvent des doctrines, théories et règles religieuses ».

Retentissement inhabituel sur les réseaux sociaux

Cet événement a eu un retentissement inhabituel sur Weibo, le principal réseau social chinois très contrôlé par le régime, voyant beaucoup d’internautes se remémorer la douloureuse histoire du pays en matière de répression des intellectuels et de la liberté d’expression. Beaucoup ont cité l’exemple de l’empereur tyrannique Qin Shihuang, qui a unifié la Chine il y a plus de 2000 ans et dirigé un mouvement visant à « brûler les livres et enterrer les savants ». 460 scientifiques avaient été enterrés vivants pour leur opposition à la politique impériale, nous rappelle Quartz.

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« Les livres sont utilisés pour diffuser la science et la culture, pour perpétuer la civilisation humaine … Les livres ne doivent pas être brûlés ! », déclare un internaute. Beaucoup se demandent quelle sera la prochaine étape, craignant que cela ne soit le début d’une autre révolution culturelle. « C’est un cauchemar pour les gens qui lisent et écrivent des livres. D’abord, ils diabolisent les intellectuels, et maintenant ils commencent à brûler des livres », pouvait-on lire sur le réseau social. Certains se sont également empressés de comparer ces événements aux méthodes de l’Allemagne nazie. « Là où l’on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes », disait l’écrivain allemand Heinrich Heine, en 1817, dans un vers prémonitoire.

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