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« They » sacré mot de l’année aux États-Unis

le pronom neutre they

De nombreuses personnes non-binaires choisissent ainsi les pronoms "they/them". | © Flickr/Ted Eytan

Société

Un mot qui n’a pas (encore) une traduction officielle en français.

La fin de l’année approche, et, avec elle, sont lot de rétrospectives. L’heure est au bilan pour les séries, les films, l’influence mode des célébrités, mais aussi pour le langage. Après « bienveillance » en 2018, Le Robert a élu le mot de 2019 grâce aux votes des internautes. Sans surprise, c’est « féminicide » qui est sorti du lot, suivi de près par « autrice » et « planète » et défini par « le meurtre d’une femme ou d’une fille en raison de son sexe ».

Aux États-Unis, le célèbre dictionnaire Merriam-Webster a porté son choix sur un mot qui n’a pas (encore) d’équivalent officiel en français : « they ». Ce n’est pas le pronom de la troisième personne du pluriel en anglais, mais bien celui utilisé par les personnes non-binaires, qui ne se retrouvent pas dans les normes traditionnelles de la société et s’identifient ni comme homme ni femme.

De plus en plus d’Américains progressistes revendiquent leur droit de choisir par quel pronom ils souhaitent être désignés, indépendamment de leur sexe de naissance. Un combat affiché haut et fort sur leurs cartes de visites, leurs signatures d’emails et sur leurs comptes des réseaux sociaux. « Il n’y a aucun doute sur le fait que son utilisation est désormais entrée dans la langue anglaise, et c’est pourquoi nous l’avons ajouté à notre dictionnaire en septembre », a annoncé Merriam-Webster sur son site, ajoutant que les recherches pour « they » avaient bondi de 313% en un an.

Lire aussi > « They » ou « iel » : Des pronoms neutres pour un langage plus respectueux et égalitaire

S’il a gagné en reconnaissance et en popularité cette année, « they » n’est pas nouveau. Comme le rappelle le Huffington Post, il avait déjà été élu « mot de l’année » par l’American Dialect Society, organisation consacrée à l’étude de la langue anglaise, en 2015. « L’anglais manque notoirement de pronom neutre pour correspondre parfaitement aux pronoms personnels comme ‘tout le monde’ ou ‘quelqu’un’, et en conséquence, ‘they’ est utilisé à cette fin depuis plus de 600 ans », explique le dictionnaire américain Merriam-Webster. Cependant, c’est plus récemment que ce pronom est utilisé pour désigner les personnes dont l’identité de genre est non-binaire.

Et chez nous ?

Pour rendre la langue française plus égalitaire, certains revendiquent l’introduction du pronom personnel unique « iel », contraction de « il » et « elle ». Cette officialisation reflèterait l’évolution des mentalités, plus respectueuses et inclusives. Mais la généralisation de « iel » n’est pas suffisante pour s’affranchir de la dualité masculin/féminin inhérente à la langue française. Comme le fait remarquer aurpès de Libération Eliane Viennot, l’autrice de Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin !, « il faut ensuite choisir entre ‘iel est content’ ou ‘iel est contente’. Alors qu’en anglais par exemple, un pronom non genré peut fonctionner, car le reste de la phrase n’est pas affecté… » D’où l’importance de l’écriture inclusive.

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