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Testeur de vacances, le métier qui donne envie de travailler

Un "bureau" qui fait rêver | © Belga

Société

Partir en vacances dans des endroits paradisiaques et être payé pour le faire ? Cela semble trop beau pour être vrai, et pourtant, la pratique se généralise. 

 

Lorsque la campagne de recrutement lancée en 2013 par Tourism Australia a commencé à faire des vagues, certains ont cru à une blague. Baptisé Bestjobsintheworld, ce concours mondial avait pour gros lot six jobs de rêve, payés 100000 dollars chacun. La nature du boulot: tester les plus beaux spots du pays et se mettre en scène sur les réseaux sociaux. Cible visée: les jeunes de 18 à 30 ans. Finalité de cette campagne virale de 4 millions de dollars, devenue un cas d’école dans la com’: promouvoir l’Australie. Parmi les lauréats issus d’une sélection marathon de trois mois, une Française, Elisa Detrez. Sa mission: entrer dans la peau d’un Park Ranger et protéger la faune. «21 juin 2013, ma vie bascule. Je viens de gagner le concours du meilleur job du monde, sélectionnée parmi 330000 candidats de 196 pays!» exulte-t-elle.

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La vie de rêve en Australie pour Elisa Detrez – Facebook @ Bestjobintheworld

 

Globe-trotteurs professionnels

Elle s’envole pour le Queensland et ses 320 parcs nationaux avec, dans sa valise, Max, son copain photographe. Ils ont tellement bien rempli le contrat que, depuis, ils sont devenus pros, globe-trotteurs en mode digital nomads. Pour leur blog, bestjobersblog. com, et les marques pour lesquelles ils filment et photographient, le couple de trentenaires continue de parcourir le monde, de tester hôtels de rêve et petits paradis. Ils sont les héros de toute une génération, les fameux millennials, qui s’inspirent des bons plans et des adresses mis en scène par les influenceurs du voyage. Leur histoire, canon, et les retombées massives pour le tourisme australien ne cessent de faire des émules. Même si on n’est pas prêt à tout larguer pour changer de vie, comme Elisa et Max, on porte tous des rêves de rivages lointains, mais le budget, lui, suit rarement.
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Massages et baignade dans le lagon

Au panthéon des fantasmes inassouvis, on compte les vacances en Polynésie, aussi lointaines qu’inaccessibles. Justement, l’Office de tourisme est en train de «recruter» deux couples et une famille via #takemetotahiti pour sa prochaine campagne internationale «Deux histoires/Un mana». Le deal, après avoir convaincu le jury via une vidéo de quinze secondes: s’envoler, tous frais payés, pour dix jours vers Tahiti et ses îles, et être filmés pour les clips de l’Office de tourisme, qui seront diffusés via Facebook et YouTube. Si c’est gratuit, c’est vous le produit. Les chanceux devront tester quelques activités pas trop fatigantes comme un cours de tamouré sur la plage, des massages polynésiens ou la baignade dans le lagon turquoise de Moorea.

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contraint de tester le lagon de Moorea : il y a pire – Belga

Partage d’expériences

Pour Tahiti, pas besoin d’être un geek, alors que pour espérer partir à Los Angeles ou au Cap avec ESL, organisme de séjours linguistiques, il est question de «blogging» et de «digital content». Ce réseau d’écoles de langues présent dans douze pays a lancé son casting de cinq «Travel bloggers». Ouvert aux plus de 18 ans, ce concours international met en jeu des séjours de deux semaines à Berlin, Los Angeles, Kobe, Le Cap et Sydney. Au programme: la découverte d’une destination plutôt sympa tout en suivant des cours de langues. En échange: le partage de ses expériences sur les réseaux sociaux, selon un contrat précis (nombre de posts, de mentions de l’école, etc.).

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« Payé pour buller »

«Payé pour buller», c’est bien le job de rêve offert par Sejourning. Cette plateforme de location entre particuliers va plus loin en offrant 10000 euros et un CDD de trois mois pour voyager aux quatre coins de la France, tout en testant des logements du site. «J’évalue, je partage», du mobilhome à la villa-piscine, sera la mission du gagnant. «Les diplômes, l’âge ne sont pas pris en compte. Nous cherchons une personnalité prête à vivre une expérience hors du commun». Alexandre Woog, président de E-Loue et Sejourning, espère de 10000 à 15000 candidats, postulant via une vidéo, un message, un CV. «Cet après-midi, quelqu’un est même venu se présenter en personne dans nos locaux !» Tous les moyens sont bons pour décrocher le gros lot. En fonction de la taille de la maison, le veinard pourra même inviter ses potes, sa famille… Ça, c’est du job de vacances.

 

Les missions : évaluer, partager… et profiter – Belga

Tour du monde aux frais de la princesse

En 2014, la compagnie aérienne Swiss a recruté un «explorer», payé pour faire le tour du monde et «donner ses impressions». En 2015, les hôtels Mercure ont eux envoyé un internaute vérifier la «théorie des six amis». Le jackpot pour les gagnants. Sarah est quant à elle devenue stagiaire du blogueur Bruno Maltor. Ce Français, classé dans le top 10 mondial, a imaginé ce recrutement avec le soutien d’Accor. Il a sélectionné, parmi plus de 800 candidats et avec procédure RH, une étudiante en école audiovisuelle, hyper à l’aise dans la production d’images, prête à faire tandem dans le cadre de ses études. Ils seront hébergés de temps en temps dans les hôtels de la marque. Après une exploration de l’Europe en train depuis Budapest, leur camp de base, ils mettront le cap sur la Californie et enfin… Tahiti. De quoi produire un bon rapport de stage.

Des influenceurs très bien payés

La communauté des blogueurs et instagrammeurs se professionnalise et les grandes marques du tourisme ont de plus en plus recours à leur vision du monde, décalée et accrocheuse, pour communiquer. Non seulement ils sont invités et traités comme des VIP, mais ils sont rémunérés, avec contrat et engagements. Eux ne sont jamais en vacances et ont acquis, grâce à leur personnalité hors norme, une audience qu’ils monnayent cher. Au top des rémunérations, un couple glamoureux, Jack Morris, 26 ans, et Lauren Bullen, 24 (ci-contre), et leurs 2 millions d’abonnés sur Instagram. Un seul post sponsorisé leur rapporte jusqu’à 9 000 dollars. Depuis leur rencontre aux Fidji en 2016, ils ont visité vingt pays et affichent un salaire à six chiffres… Trop beau pour être vrai ? Et pourtant…

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