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Guide de survie pour affronter les fêtes de famille

dîner de famille à Noël

C'est cadeau. | © Pixabay

Société

Pour vous aider à faire face à la douce angoisse des fêtes de famille.

Les fêtes de fin d’année en famille, ce n’est pas toujours un cadeau. Si certains adorent ces retrouvailles, d’autres les redoutent. 30 ans, célibataire, sans enfant, écolo et féministe, nous vous souhaitons d’ores et déjà « bon courage ». Vous rassemblez la plupart des éléments qui feront de votre réunion familiale un véritable champ de mines.

Autour de la table, il y a l’oncle un peu éméché qui crache sur Greta, « cette jeune manipulée qui devrait retourner à l’école au lieu de donner des leçons à tout le monde ». La grand-mère qui utilise encore le mot « nègre ». Le demi-frère qui se dit pour l’égalité des genres, mais n’aime pas le mot « féminisme ». La cousine qui s’indigne face à cette époque où l’on ne peut plus rien dire. Ou encore la tante qui n’a « rien contre les gays, même si c’est contre nature ». Reste plus qu’à savoir qui va ouvrir les hostilités.

Au sein d’une même famille, comme en société, il est tout à fait normal (et sain) d’avoir des divergences d’opinion. Mais du débat constructif aux remarques sexistes, racistes, homophobes et autre, il n’y a qu’un pas. Un pas que plusieurs membres franchissent allègrement, parfois dès la première coupe de champagne.

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« Alors, les enfants, c’est pour quand ? »

Si vous avez entre 25 et 40 ans, que vous êtes en couple depuis quelques années, cette phrase est inévitable. D’apparence anodine, cette question extrêmement privée est en réalité essentiellement posée aux femmes. Plusieurs réponses cinglantes sont possibles : « Et tu as posé la même question aux hommes dans cette pièce ? » « Depuis quand t’intéresses-tu à mon utérus comme ça ? » À votre cousine du même âge qui est enceinte de son troisième : « Et toi tu t’arrêtes quand ? »

S’il n’y a certainement pas de malveillance dans la bouche de la personne qui fait cette remarque trop indiscrète, cette injonction sexiste peut être mal vécue par celle qui la reçoit : le couple tente peut-être d’avoir un bébé depuis deux ans sans succès ou vient peut-être de faire une fausse couche. Parfois, la personne visée ne veut tout simplement pas d’enfant et n’a pas à se justifier. Et là, vous partez alors dans un tout autre débat que vous préférez peut-être éviter, avant d’être comparée à la dinde fourrée.

 

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Alerte : PAS de bébé à bord. 😉⁠⠀ —⁠⠀ 📣 Et toi, tu lui aurais répondu quoi à ta pote ?⁠⠀ —⁠⠀ ⚡️Est-ce vraiment du sexisme ordinaire ? ⚡️⁠ Oui : Une 👩🏽 qui ne souhaite pas procréer est automatiquement poussée à la culpabilité car elle existe par son statut de mère depuis des millénaires. Du côté des 🧔🏽, une telle décision passe davantage inaperçue et reste moins stigmatisée car le schéma traditionnel sociétal privilégie davantage la vie professionnelle au statut de père. Pourtant selon l’INED, 5% des français.es ne souhaitent pas avoir d’enfant et se rebellent contre cette convention en revendiquant leur liberté. —⁠⠀ Pour aller plus loin sur le sujet : ⁠⠀ 👉🏽 Le compte @bordel.de.meres pour les témoignages sur la charge maternelles ainsi que toutes les injonctions liées à la maternité qu pèsent sur les femmes. #conditionnement #injonctionmaternité #bordeldemeres #pasdenfant #lacheznousluterus

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Célibataires ? Une série de questions vous sont également réservées. « Quand est-ce que tu nous ramènes une copine ? » va entendre probablement le cousin de 22 ans qui n’est jamais venu accompagner. Au-delà de la vie privée, ces questions sont souvent hétérocentrées. « Et toi, alors, tu en es où ? » À la troisième coupe de champagne.

La technique du « pourquoi »

Dans son guide de survie féministe pour les fêtes publié en 2018, le magazine Roseaux conseille cette technique qui consiste à répéter « pourquoi » à chaque affirmation « x-phobe ». Jouissive, cette méthode permet de voir la personne s’enfoncer petit à petit et parfois de l’amener jusqu’à la contradiction. Mais cette technique a aussi ses limites. Aidée par l’alcool, la personne peut rapidement s’énerver.

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Avec l’aide de militant·e·s, associations et collectifs, le magazine féministe a dressé une liste de remarques oppressives, et les punchlines pour y répondre.

 

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🎄SPÉCIAL : FÊTES EN FAMILLE 🎄⁠⠀ Pour vous aider à faire face à la douce angoisse du réveillon en famille, tout au long de la semaine nous vous concoctons une sélection de punchlines à réutiliser SANS modération entre l’apéro et la bûche au chocolat !⁠ 😋⁠⠀ —⁠⠀ ⚠️ Cette punchline ne fonctionne que si la personne en face ne porte pas de jupe ni de robe. Si elle en portait une, qu’aurais-tu répondu ? —⁠ ⚡️Votre kit d’arguments sur les injonctions aux vêtements : ⚡️⁠⠀ 👉🏽 L’ordonnance du préfet de Paris de 1800 interdisant le port du pantalon pour les femmes a été abolie depuis 2013.⁠⠀ 👉🏽 Coco Chanel est celle qui a modernisé le pantalon pour les femmes, pensé pour sublimer leur corps sans l’entraver : elle a lancé le style de la Française éternelle, moderne, élégante sans ne jamais renier son ultra-féminité.⁠⠀ 👉🏽 Le vêtement est une façon de lutter contre les codes et est vecteur de nouvelles normes (Alice Pfeiffer, @wondher).⁠ #sexismeordinaire #jupe #pantalon #injonctions #vetements #repasdefamille ⁠#moncorpsmonchoix.

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Cinq cas récurrents

Trois podcasts, Les Couilles sur la table, Camille et Kiffe ta Race, se sont également associés cette année pour offrir un guide de survie aux fêtes de famille. Dans cet épisode spécial, Victoire Tuaillon, Camille Regache, Grace Ly et Rokhaya Diallo identifient cinq arguments récurrents et proposent les techniques et parades pour éviter que ces discussions s’enveniment : « Non, mais c’est pas comme ça autour de moi, perso je n’ai jamais vu ça », « Non mais c’est bon, chacun est libre de faire ce qu’il veut », « C’est la nature. Un moment, il faut arrêter de dire n’importe quoi : il y a des hommes, des femmes, des Blancs, des Noirs. Un point c’est tout », « Féminisme, racisé, noir, LGBT… ça complique tout, ça veut rien dire, ça me gêne moi » et enfin le fameux « non mais ça va, on peut en débattre, on ne peut plus rien dire aujourd’hui ».

Quelques astuces à emprunter absolument. Sortir directement du discours biologique, par exemple pour l’homosexualité. « Au-delà de la nature ou pas, ces personnes-là existent, on en fait quoi ? Des enfants vivent dans des familles homoparentales, on en fait quoi ? » Concernant le choix des mots, Rokhaya Diallo du podcast Kiffe ta Race veut se concentrer sur les discriminations vécues. « Si la personne est capable d’investir plus d’énergie dans le mot que dans la lutte contre les discriminations, j’ai un souci. »

Répondre ou non ?

Avant de foncer tête baissée dans une conversation qui va mal se terminer, il est bon de réfléchir deux secondes pour savoir si on a envie de dépenser cette énergie dans un cadre familial, si on a envie de devenir « la militante de service ».

Le magazine féministe Roseaux recommande de choisir ses combats : ne relever que les propos discriminants qui vous concernent directement ou, à l’inverse, ne relever que les propos discriminants qui ne vous concernent pas. Selon les tempéraments, il sera plus facile de ne pas s’emporter en choisissant la deuxième option car elle ne porte pas sur le vécu. Le Guide de survie des trois podcasts de Binge Audio rappelle de son côté qu' »on a toujours le choix de rentrer dans une conversation ».

Mots-clés:
famille débat Noël fête
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