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Thomas Pesquet : « Il faut renvoyer des hommes sur la Lune »

Thomas Pesquet revient sur une décennie riche pour l'astronomie

Thomas Pesquet, le 12 novembre 2015, juste avant de partir pour une mission de 6 mois dans l'espace. | © ESA / Stephane Corvaja

Société

Notre grand témoin, Thomas Pesquet, revient sur la décennie 2010, riche en métamorphoses pour lui comme pour la planète.

 

Pour moi, la décennie 2010 a commencé en trombe par ma sélection en tant qu’astronaute. Mais c’est au cours de ma mission en 2016 que tout a basculé. Je suis parti dans l’espace comme un inconnu. Je suis revenu sur Terre avec le statut du type qu’on reconnaissait dans la rue… Et « de là-haut », je n’avais rien vu venir. Mes collègues de l’ESA [Agence spatiale européenne] me disaient que j’avais un million et demi de followers sur Facebook ! Plus que les astronautes américains. De retour en France, je pensais devoir raconter mon expérience dans des écoles, mais il fallait des Zéniths de 5 000 places ! Cette période intense, que j’ai un peu vécue comme un chanteur en tournée, se termine seulement maintenant.

La décennie a apporté plein de choses positives : la COP21, le phénomène #MeToo… Mais il y a eu aussi le terrorisme, les drames de l’immigration, un retour vers le populisme, des inégalités croissantes… J’ai senti les gens saturés de négatif. À travers moi, ils pouvaient parler d’un truc sympa, positif, exaltant, où se mêlaient éducation, recherche, exploration. Il n’y a pas tant de grands mouvements qui nous emportent.

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Pour l’exploration spatiale, la décennie aura été celle de la transition

Sur le plan de l’environnement, les années 2010 avaient bien commencé, mais elles se terminent dans la difficulté. Dans un premier temps, le monde a pris conscience que le climat devait devenir une préoccupation majeure et les politiques suivre. Depuis l’espace, j’ai essayé d’apporter ma petite pierre. En envoyant des images de notre Terre, si belle, et que l’on endommage tant. La question semblait alors prise à bras-le-corps mais accepter des sacrifices au début, pour des bénéfices plus grands sur le long terme, c’est difficile. Et aujourd’hui, ça coince un peu. On l’a vu avec les gilets jaunes, un mouvement qui commence à la suite d’une taxe sur le diesel, mesure destinée à aller dans le sens de l’environnement. Et comme l’opinion se braque, les politiques reculent. On en est là.

Pour l’exploration spatiale, la décennie aura été celle de la transition. La navette spatiale a été arrêtée, l’ISS a achevé sa construction suivie de sa phase active d’expérimentation, de nouveaux acteurs privés sont apparus, des pays comme l’Inde et la Chine sont désormais des acteurs majeurs. Cela insuffle une compétition dans le bon sens du terme. Et c’est très bien. Car il faut renvoyer des hommes sur la Lune. Cette perspective rend les gens enthousiastes. En Chine, aux États-Unis, en Europe. J’ai bon espoir qu’un Européen foulera le sol lunaire avant 2030. Moi, je retourne dans l’espace en 2021…

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