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« La littérature passait avant la morale » : Bernard Pivot réagit à l’affaire Gabriel Matzneff

Bernard Pivot

Bernard Pivot. | © MAXPPP/Alexandre MARCHI

Société

Alors que des internautes lui reprochent de ne pas avoir réagi en 1990 lorsque l’écrivain Gabriel Matzneff parlait ouvertement de son attirance pour les jeunes filles mineures sur le plateau de son émission « Apostrophe », Bernard Pivot s’est défendu sur Twitter vendredi. 

Avant même sa sortie le 2 janvier, Le consentement secoue déjà le monde littéraire. Dans cet ouvrage, l’éditrice Vanessa Springora raconte comment elle a été séduite à 14 ans par le presque quinquagénaire Gabriel Matzneff (elle le nomme G.) au milieu des années 1980 et décrit son emprise sur elle. « J’espère apporter une petite pierre à l’édifice qu’on est en train de construire autour des questions de domination et de consentement », explique à l’Obs Vanessa Springora, qui précise avoir commencé à écrire son livre « bien avant l’affaire Weinstein » fin 2017.

L’écrivain de 83 ans n’a jamais caché son attirance pour les mineurs des deux sexes et en a parlé dans certains de ses livres, notamment dans son essai Les moins de seize ans ou encore Mes amours décomposés. C’est pour parler de ce dernier qu’il avait été invité en 1990 sur le plateau d’« Apostrophe » de Bernard Pivot. L’ancien président de l’Académie Goncourt avait interrogé le lauréat du Renaudot sur ses préférences sexuelles pour les « lycéennes et les minettes ». « Au-dessus de 20 ans, on voit que ça ne vous intéresse plus », notait-il. « Une fille très jeune est plutôt plus gentille, même si elle devient très très vite hystérique et aussi folle que quand elle sera plus âgée », avait répondu l’écrivain.

Durant l’émission, seule l’écrivaine canadienne Denise Bombardier avait contredit Gabriel Matzneff, et l’avait comparé aux « vieux messieurs » qui attirent les enfants avec des bonbons. Elle estimait aussi que « la littérature ne peut pas servir d’alibi » pour justifier des relations avec des mineures.

Gabriel Matzneff n’a jamais été condamné

Après l’exhumation de ces images, Bernard Pivot – critiqué par des internautes pour son manque de réaction face aux propos de son invité – a réagi sur son compte Twitter vendredi. « Dans les années 70 et 80, la littérature passait avant la morale; aujourd’hui, la morale passe avant la littérature. Moralement, c’est un progrès. Nous sommes plus ou moins les produits intellectuels et moraux d’un pays et, surtout, d’une époque », a-t-il écrit.

Gabriel Matzneff, aujourd’hui chroniqueur au site du Point sur la spiritualité et les religions, n’a jamais été condamné par la justice, rappelle Le Monde. Dans un message transmis à l’Obs, il a fait part jeudi de sa « tristesse » au sujet du livre de Vanessa Springora, qu’il considère comme un « ouvrage hostile, méchant, dénigrant, destiné à (lui) nuire ».

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