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#BoycottCyprus : La justice chypriote sous le feu des critiques après une sordide affaire de viol collectif

une jeune femme qui dit être victime de viol collectif

De victime à accusée, la jeune étudiante peut enfin rentrer au Royaume-Uni. | © Iakovos HATZISTAVROU / AFP

Société

Après avoir porté plainte pour « viol en réunion » contre un groupe de jeunes touristes israéliens, une Britannique de 19 ans a été reconnue coupable de « méfaits publics » par la justice chypriote. Retour sur le scandale qui secoue le Royaume-Uni, la Chypre et l’Israël depuis plusieurs mois.

Les faits remontent à l’été dernier, et sont tout droit sortis de la série Unbelievable. Le 17 juillet 2019, une jeune Britannique raconte avoir eu un rapport sexuel consenti avec un Israélien dans sa chambre d’hôtel de la station balnéaire chypriote d’Ayia Napa, avant que celui-ci ne devienne « plus agressif ». D’autres garçons – entre sept et douze selon les médias britanniques – seraient ensuite entrés dans la chambre et l’auraient violée.

Après un examen médical probant, la jeune femme âgée de 19 ans porte plainte auprès du commissariat local pour « viol en réunion ». Dès le lendemain, une douzaine d’hommes, âgés de 15 à 22 ans, sont placés en détention pendant huit jours. Le 25 juillet, cinq d’entre eux sont libérés au motif qu’aucune preuve par ADN n’a été retrouvée. Mais 10 jours après cette nuit traumatisante, la victime présumée retire sa plainte.

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De victime à coupable

Convoquée au commissariat pour donner des « informations complémentaires », l’étudiante affirme que les policiers l’ont poussée à se rétracter après un interrogatoire de huit heures, sans pouvoir consulter d’avocat, sans traducteur et sans être autorisée à appeler sa famille. La voilà désormais accusée de « fausse déposition sur délit fictif ». Le lendemain, tous les autres suspects sont relâchés et peuvent rentrer en Israël où ils seront accueillis en héros. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent le groupe blanchi, à peine sorti de l’avion, chantant « La Brit’ est une pute, la Brit’ est une pute, la Brit’ taille des pipes à tout le quartier », avant de faire sauter le bouchon de champagne.

Placée en détention provisoire durant plus d’un mois, la Britannique plaide non coupable, est remise en liberté, mais elle doit rester sur le sol chypriote en attendant son procès. Le 30 décembre dernier, elle est reconnue coupable de « méfaits publics ». Un délit qui, selon Le Figaro, consiste à faire entreprendre une enquête avec l’intention d’induire en erreur. Mardi, un tribunal chypriote l’a condamnée à quatre mois de prison avec sursis et à 140€ d’amende.

« Un procès non équitable »

Six mois après les faits, elle peut enfin rentrer au Royaume-Uni. Mais le traitement de son affaire et son verdict ont indigné des groupes de défense des droits dans son pays d’origine et à Chypre.

Selon le juge Michalis Papathanasiou, qui l’avait reconnue coupable fin décembre, les explications de la jeune femme lors du procès étaient marquées par des « contradictions, de la confusion, un manque de logique et de l’exagération ».

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De leur côté, ses avocats, qui ont depuis fourni des éléments de preuve du viol présumé – dont des textos et images échangées entre les Israéliens – dénoncent un « procès non équitable » et plusieurs « violations » lors de la procédure judiciaire. La défense affirme ainsi que la police n’a pas pris la peine de collecter des preuves dans la chambre d’hôtel ni de sécuriser la scène de crime, ni d’enregistrer l’interrogatoire de la jeune femme et que les enquêteurs n’ont pas pris en compte son stress post-traumatique qui entraîne des troubles de la mémoire.

« Si nous nous félicitons aujourd’hui du fait que la peine prononcée lui permette de rentrer chez elle, nous contestons fermement cette condamnation et la lutte pour son innocence se poursuivra malgré tout », a déclaré son avocat Lewis Power QC à la sortie du tribunal, indique The Guardian, avant d’affirmer qu’ils allaient faire appel et porter cette affaire devant la Cour suprême de Chypre.

Vifs remous dans les trois pays

Alors qu’elle n’est pas finie, l’affaire a déjà secoué le Royaume-Uni, Chypre, Israël, et bien au-delà. Ces derniers mois, les médias britanniques qui l’ont largement relayée ont questionné le système judiciaire chypriote et son respect des normes judiciaires européennes. Après le verdict en décembre, des appels au boycott touristique de Chypre sont apparus sur les réseaux sociaux. « Cette affaire montre à quel point les victimes de viol sont facilement abandonnées et remises en question », regrette un internaute.

En Israël, l’affaire divise, observe le correspondant à Tel-Aviv de Libération. Certains dénoncent la « masculinité toxique » et la « culture du viol » empoisonnant la jeunesse. D’autres critiquent un « emballement antisémite » exacerbé par la presse internationale. L’affaire déchire également l’île méditerranéenne. Alors que certains soutiennent la décision de la justice et regrettent les pressions de Londres sur Chypre, y voyant des relents de colonialisme, d’autres apportent leur soutien à la jeune Britannique.

« Tu n’es pas seule »

À l’extérieur du tribunal chypriote, ils étaient d’ailleurs des dizaines dont un groupe de femmes venues d’Israël à scander « Justice chypriote, honte à vous ! », « Tu n’es pas seule » ou encore « Arrêtez d’accuser les victimes », portant des pancartes sur lesquelles était écrit « On te croit ».

des femmes soutiennent la britannique victime de viol collectif
© Iakovos HATZISTAVROU / AFP

Un soutien inestimable pour la mère de la jeune femme. « Au nom de la famille, je voudrais dire que nous sommes très soulagés de la peine qui a été prononcée aujourd’hui. Je voudrais également vous remercier pour tout le soutien que nous avons reçu à travers le monde », a-t-elle déclaré après le verdict mardi. S’adressant aux personnes qui applaudissaient, elle a ajouté : « Je tiens à remercier chacun d’entre vous d’être venu aujourd’hui, d’avoir des convictions, d’avoir la foi et de faire en sorte que nous obtenons justice. »

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